Projet ANTHROPEN - Les frontières des données anthropologiques

3 questions sur ce projet lauréat de l’appel Flash science ouverte

En quoi l’application des principes de la science ouverte, à propos des données de la recherche, constitue un enjeu dans votre domaine, discipline ou spécialité ? 

Les données de la recherche en anthropologie sont issues de la relation ethnographique entre l’enquêteur et la communauté au sein de laquelle elle ou il mène ses recherches. Les données appartiennent donc aussi à ces communautés, souvent situées à l’étranger, autant qu’à la science. Pouvoir les partager avec elles est donc une nécessité, mais leur situation à cheval entre des contextes scientifiques, socio-politiques, légaux et économiques parfois radicalement différents génère des enjeux difficiles à concilier. Cela soulève de nouvelles questions techniques, légales, éthiques, auxquelles les principes de la science ouverte ne répondent pas encore.

Quels sont les objectifs du projet et les approches envisagées pour y répondre ?

Le but de ce projet est de tester les limites d’ouverture des données anthropologiques, qu’elles soient passives ou en cours de production, de nature écrite, iconographique, sonore ou audiovisuelle, au regard des injonctions européennes actuelles et des exigences éthiques propres au contexte interculturel de production et de gestion des données anthropologiques. En s’appuyant sur de bonnes pratiques archivistiques, il cherche à déterminer le coût réel d’une ouverture des données qui préserve ces acquis. Pour ce faire, il met en dialogue des experts chercheurs et des documentalistes provenant d’horizons thématiques complémentaires, autour de différentes données de terrain, inédites ou éditées, issues des fonds photographiques, sonores et audiovisuels de chercheurs. Il s’axe sur les situations problématiques, les cas limites qui « résistent » aux principes de la science ouverte.

Quelles sont les perspectives en termes d’applications potentielles pour la communauté scientifique du domaine, des autres champs disciplinaires, ou encore pour la société ?

Les leçons apprises au cours du projet seront diffusées par les formations proposées aux chercheurs et permettront de dresser les futures lignes de l’anthropologie comme science ouverte : en conciliant la philosophie occidentale de la science ouverte et la relativité culturelle dans l’attitude envers les données de recherche et en respectant les demandes de protection des données, les revendications patrimoniales et les dénonciations d’appropriation culturelle dans un monde où le numérique dépasse les frontières. Penser l’ouverture des données dans une science basée sur la rencontre interculturelle, qui a traversé les deux derniers siècles dans des conditions géopolitiques qui ont déterminé fortement sa production et sa diffusion, c’est penser la possibilité d’une science ouverte au-delà des frontières, à l’échelle globale à laquelle le désir de partage des savoirs aspire.

Le projet ANTHROPEN est coordonné par Monica Heintz, au sein du Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative – LESC (UPN/CNRS). Il regroupe deux partenaires : le LESC et la maison Archéologie et Ethnologie René-Ginouvès – MAE, et est financé pour une durée de 24 mois.