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05/11/2014

Un projet de vaccin contre les hépatites C et B primé par l’Académie Nationale de Médecine

Le projet Hepatibivax, financé par l’ANR dans le cadre de l’édition 2011 du programme Emergence, est lauréat du prix Drieu-Cholet de l’Académie Nationale de Médecine pour ses avancées dans la mise au point d’un vaccin ciblant à la fois les virus des hépatites B et C. Ce prix sera remis à son coordinateur, Philippe Roingeard, le 16 décembre prochain.

L’hépatite C est une maladie virale du foie. Elle peut à la fois entraîner une infection aiguë et une infection chronique, dont la gravité est variable, pouvant aller d’une forme bénigne qui dure quelques semaines à une maladie grave qui s’installe à vie.

D’après l’organisation mondiale de la santé, 130 à 150 millions d’individus seraient porteurs chroniques de l’hépatite C à l’échelle mondiale. Pour un nombre important des personnes atteintes par la forme chronique de la maladie, l’infection évolue vers la cirrhose ou le cancer du foie. Chaque année, 350 000 à 500 000 personnes meurent ainsi de pathologies hépatiques liées à ce virus.

Un projet porteur d’espoir

D’importants progrès ont été réalisés ces dernières années dans le traitement du virus de l’hépatite C, notamment avec le développement d’antiviraux à action directe. Ces traitements restent néanmoins coûteux et les effets secondaires qu’ils induisent sont importants. Ils ne suffisent donc pas au traitement des personnes souffrant de forme chronique. Par ailleurs, quatre millions de nouvelles infections surviendraient chaque année selon l’OMS. La plupart de ces nouvelles infections étant asymptomatiques, les personnes touchées ignorent qu’elles ont contracté le virus. Elles ne sont donc pas traitées médicalement et risquent de le transmettre à des sujets sains. C’est pour toutes ces raisons que le projet Hepatibivax a vu le jour. La mise au point d’un vaccin préventif contre ce virus permettrait de contrôler l’épidémie à l’échelle mondiale et de diminuer ainsi les dépenses de santé liées aux traitements des infections chroniques.

Un concept de vaccin innovant 

Les protéines d’enveloppe du virus de l’hépatite C représenteraient théoriquement de bonnes cibles pour développer un vaccin. Malheureusement, elles sont techniquement très difficiles à produire car elles sont retenues dans les compartiments intracellulaires. Afin de contourner cet obstacle, l’équipe d’Hepatibivax compte mettre à profit la spécificité d’une des protéines d’enveloppe du virus de l’hépatite B. La protéine majeure d’enveloppe de ce virus présente en effet la capacité de former spontanément des petites particules sous-virales non infectieuses mais très immunogènes. Ce phénomène a d’ailleurs été utilisé pour développer le vaccin contre l’hépatite B, employé avec succès depuis vingt ans.

La stratégie développée dans le cadre du projet Hepativax est ainsi développer un vaccin qui permettrait d’associer les protéines d’enveloppe des deux virus, pour concevoir un vaccin bivalent. Les particules chimères d’enveloppe combinant les protéines d’enveloppe des deux virus ressemblent ainsi à celles du vaccin contre l’hépatite B mais ont l’intérêt, par ailleurs, de contenir la totalité des protéines d’enveloppe E1 et E2 du virus de l’hépatite C.

Le projet a donné lieu à des essais sur modèles animaux qui ont montré que les particules chimères produites pouvaient être à l’origine de la formation d’anticorps qui neutralisent in vitro différents génotypes du virus de l’hépatite C. Les essais montrent également que ces particules induisent une réponse contre le virus de l’hépatite B, équivalente à celle induite par un vaccin commercial. Ces résultats encouragent ainsi à penser que ces particules pourront se substituer aux vaccins actuels contre le virus de l’hépatite B, tout en protégeant contre le virus de l’hépatite C. Comme elles peuvent être produites comme celles d’un vaccin contre le virus de l’hépatite B, elles permettront également de réduire les délais et les coûts de mise au point industrielle du vaccin.

Les résultats du projet Hépatibivax doivent encore être testés sur l’homme, mais ils indiquent que la mise au point d’un vaccin bivalent est crédible et porteuse de nombreux avantages. Le concept est breveté et devrait mener à un partenariat industriel. Le projet Hepatibivax est coordonné par Philippe Roingeard de l’Université François Rabelais à Tours (U966) et associe l’Institut Pasteur (U668) et le Service Partenariat, Valorisation, Contrats (SPVC) de l’Université de Tours.

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Mis à jour le 21 mars 2019
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