Le projet ASTER fait le point sur les terres rares
Le projet ASTER avait pour objectif de cartographier le flux et les stocks des terres rares, ces 14 métaux et quasi-métaux précieux, chimiquement proches, exploités dans certaines technologies vertes : les moteurs et aimants permanents qui alimentent respectivement les véhicules électriques et les éoliennes par exemple. ASTER visait à une meilleure compréhension des stocks et des flux au sein de l’Europe, à cerner les opportunités de recyclage et à rendre compte de la valeur stratégique des terres rares individuelles dans un contexte de marché international ayant subi de fortes tensions ces dernières années.
La Chine, l’Europe : une chaîne de valeur multipolaire
ASTER a permis d’importantes observations d’ordre géopolitique. Si la Chine est en position de monopole (elle produit actuellement 85-95% des terres rares), elle a adopté des restrictions à l’exportation. Cette pénurie imposée ou artificielle vient se rajouter à d’autres facteurs influant sur la valeur stratégique d’une terre donnée. Malgré sa dispersion dans la croûte terrestre, le terbium par exemple subit une baisse de la demande et dispose d’un potentiel de recyclage contrebalançant son insuffisance d’approvisionnement. S’agissant d’autres terres rares pour lesquelles le recyclage ne peut pallier complètement les besoins, il faudrait développer des solutions telles que des mines dites « responsables » (des exploitations qui cherchent activement à minimiser les risques environnementaux associés) ou des procédés de récupération à partir des résidus miniers.
Le projet a aussi montré le rôle que peut jouer l’Europe dans la production de terres rares : savoir-faire des grands industriels européens, dimension mondiale de la chaîne de valeur de ces matériaux - la chaîne qui va de leur extraction jusqu'à leur utilisation. ASTER a cependant montré que la France et l’Union européenne devaient susciter et investir dans la transition énergétique et les technologies au bout de cette chaîne, afin de prévoir et maitriser ses aléas et assurer à long terme les emplois associés à la filière métallurgique historique de l’Europe. Cette approche intégrée, associant la prospection de ses propres sous-sols et la réutilisation des produits en fin de vie, pourraient garantir aux Européens un meilleur approvisionnement en ressources, tout en préservant l’environnement.
Une coopération publique-privée d’envergure
Un tel projet sous-tend des enjeux à la fois industriels et d’intérêt public aux niveaux national et européen. ASTER, qui a débuté en janvier 2012 et s’est achevé en juin 2015 dans le cadre du programme de l’ANR « Ecotech » (Production durable et technologies de l’environnement), a bénéficié d’une aide à hauteur de 558 k€. Il a été mené par le groupe de chimie Solvay, le cabinet BIO by Deloitte, le BRGM, l’université Paul-Sabatier à Toulouse et l’Institut polytechnique LaSalle Beauvais. Les compétences de ces organismes couvrent plusieurs disciplines y compris la gestion des ressources du sous-sol, la fabrication de produits chimiques et le développement durable. Les équipes du projet européen EURARE (European RARe Earth) coordonné par le Service géologique britannique (British Geological Survey) ont également contribué au projet aux côtés de l’équipe d’ASTER.
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