CE27 - Culture, créations, patrimoine

Socio-anthropologie de l'imaginaire du temps. Le cas des loisirs alternatifs – Aion

Socio-anthropologie de l'imaginaire du temps. Le cas des loisirs alternatifs

Aiôn vise à questionner et mettre en dialogue les catégories anthropologiques du temps et de l’imaginaire, à travers l’exemple des loisirs alternatifs. Grâce à cet objet d’étude, l’enjeu théorique de la recherche est d’appréhender l’imaginaire du temps que les pratiquants de ces activités mobilisent (à travers leurs discours et leurs pratiques), de délimiter la notion d’imaginaire afin de la rendre opératoire pour l’analyse du réel et, enfin, de proposer une définition des loisirs alternatifs.

Temps, imaginaire et loisirs alternatifs

Aiôn est un terme issu de la philosophie antique, désignant le temps cyclique, par opposition à Chronos (le temps physique) et Kairos (le temps métaphysique). Alors que nos sociétés contemporaines fonctionnent selon le modèle d’un temps unidirectionnel (Chronos), le cas des loisirs dits « alternatifs » permet de porter une attention spécifique au temps d’Aiôn. Ces loisirs montrent que la conception physique et linéaire du temps n’est pas la seule en vigueur dans nos sociétés occidentales modernes. Il s’agit, en effet, de penser la construction symbolique d’un temps circulaire que les pratiquants de ces activités alternatives mobilisent au moment de l’expérience ludique. <br />À partir d’une approche pluridisciplinaire, l’objectif d’Aiôn est de produire une réflexion scientifique autour des mécanismes de création et d’utilisation de l’imaginaire par les acteurs sociaux lors de diverses situations ludiques. Plus encore, il s’agit de faire dialoguer cette notion avec celles de temps et de temporalités, en prenant pour étude de cas les loisirs alternatifs. Le but de ce projet est ainsi de montrer que les pratiques de loisirs alternatifs traduisent un rapport au temps cyclique qui s’articule avec diverses formes d’imaginaire. Les travaux issus d’Aiôn permettront de renouveler les approches de l’imaginaire afin de rendre cette notion opératoire pour l’analyse du social, en particulier concernant les loisirs alternatifs et les cultures de résistance.

Aiôn étant pluridisciplinaire, les méthodes utilisées le sont aussi, empruntant aussi bien à la sociologie (entretiens, questionnaires), à l’ethnologie (ethnographie, monographie), qu’aux sciences de l’information et de la communication ou encore à la littérature. Plus précisément, quelques exemples principaux forment la base d’une approche exploratoire : le roller derby, l’histoire vivante, le quidditch et les concerts de punk-rock. Ils sont enrichis par d’autres objets et thématiques de recherche sur lesquels travaillent les membres de l’équipe Aiôn. Les analyses menées s’appuient ainsi sur le sens émique, celui que les acteurs donnent à leurs pratiques. Ces études de cas serviront à questionner les deux grandes catégories anthropologiques du temps et de l’imaginaire, ainsi que leur articulation.

Un temps effervescent.

Partant d’exemples de terrain, il s’agit de montrer que l’expérience ludique « alternative » conduit à la production symbolique d’un temps circulaire. L’imaginaire en jeu dans les activités étudiées apparaît comme un « bricolage » permettant l’expression du loisir et sa diffusion. L’une des caractéristiques de cet imaginaire est le rapport au temps que les enquêtés expriment dans leurs discours. Suite aux enquêtes exploratoires, il est possible d’appréhender l’imaginaire du temps dans les loisirs alternatifs selon trois axes : une valorisation du temps de l’enfance, un temps présent festif et ritualisé (le moment de l’expérience ludique) et un futur perçu comme incertain. Alors que nos sociétés contemporaines fonctionnent selon un modèle temporel linéaire, les pratiquants de ces loisirs mobilisent un imaginaire du temps pensé sous forme de « bulles » dans lesquelles s’entremêlent passé, présent et futur.

Les perspectives ouvertes par ce projet permettront de développer un champ de recherche innovant sur les loisirs alternatifs. Véritables phénomènes de société, les pratiques ludiques étudiées sont des exemples à partir desquels comprendre le développement de nouveaux loisirs ou d’activités renouvelées. Loin de simplement les décrire et les indexer, il s’agit de pouvoir les caractériser. De plus, s’intéresser à la dimension « alternative » permet de travailler sur les cultures de résistance et sur les « marges ». Les travaux menés au sein d’Aiôn doivent conduire à un ouvrir un champ de recherche portant sur les pratiques méconnues et « hors normes », révélatrices de réponses à un ordre social institué (celui des loisirs mainstream). Au-delà, le champ de l’imaginaire en sciences sociales étant peu balayé, il mérite un approfondissement que l’étude des loisirs alternatifs pourra amener. Les travaux issus d’Aiôn devraient contribuer à appréhender, délimiter et illustrer le fonctionnement de l’imaginaire du temps en jeu dans un cadre ludique.

Les productions scientifiques du programme Aiôn sont constituées de colloques, journées d’études et séminaires, mais aussi de publications académiques en français et à l’international. Des ouvrages sous forme de monographies seront également édités. Enfin, la thèse conduite dans le cadre d’Aiôn sur le roller derby constitue une réalisation majeure dans l’approche des loisirs alternatifs. Au-delà de la production académique, une attention spécifique est accordée aux publications de médiation scientifique. Ainsi, des rencontres grand public permettant de présenter les travaux en cours ponctuent l’avancée de la recherche, et d’autres formats de médiation (notamment à travers le conte) sont actuellement en phase de réalisation.

Le projet Aiôn prend pour objet d’étude les loisirs alternatifs. Souvent pensés sous l’angle sportif, ces loisirs se retrouvent pourtant dans les sphères musicales ou patrimoniales. Ils se différencient de ceux dits mainstream en ce qu’ils proposent d’autres activités ludiques en réponse à une pratique dominante qui devient peu satisfaisante au sein de l’offre de loisir globale. Ils sont portés par des communautés (pouvant être appréhendées comme des sous-cultures, voire des contre-cultures), reposent sur des revendications idéologiques fortes (liées à l’indépendance, à la participation, etc.) et se caractérisent par un imaginaire associé à une symbolique du temps non linéaire. L’objectif de la recherche est de questionner l’imaginaire du temps que les enquêtés mobilisent (à travers leurs discours et leurs pratiques), de délimiter la notion d’imaginaire afin de la rendre opératoire pour l’analyse du réel et, enfin, de proposer une définition des loisirs alternatifs.Trois études de cas (l’histoire vivante, le quidditch et les concerts de punk-rock dans une salle en territoire rural) permettent de saisir la dimension alternative selon trois axes : patrimoine, sport, musique. Des approches exploratoires menées sur ces terrains ont déjà permis d’initier le travail en amont. Partant de ces trois exemples, il convient donc de comprendre comment l’expérience ludique « alternative » conduit à la production symbolique d’un temps circulaire. Alors que nos sociétés contemporaines fonctionnent selon un modèle temporel linéaire, les pratiquants de ces loisirs mobilisent un imaginaire du temps pensé sous forme de « bulles » dans lesquelles s’entremêlent passé (un âge d’or révolu), présent (un temps festif et rituel) et futur (entre idéal à construire et avenir incertain). Afin de mener à bien le projet, il convient, en premier lieu, de poursuivre le terrain ethnographique pour enrichir le premier corpus constitué. En parallèle, la constitution d’une équipe de recherche pluridisciplinaire vise à lever le verrou scientifique de la caractérisation de la notion d’imaginaire. Enfin, trois actions de vulgarisation scientifique serviront à communiquer sur les travaux réalisés auprès d’un large public : des "Rencontres universitaires" (hors les murs), la réalisation d’un documentaire ethnographique et une exposition photographique (qui viendra clore le projet).

Coordinateur du projet

Madame Audrey Tuaillon Demésy (CULTURE, SPORT, SANTÉ, SOCIÉTÉ)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

C3S CULTURE, SPORT, SANTÉ, SOCIÉTÉ

Aide de l'ANR 172 800 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2019 - 42 Mois

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