CE26 - Innovation, Travail

Migration et offre de travail quand la culture compte – MALYNES

MALYNES

L'immigration a fortement crû en Europe ces dernières décennies. La littérature conclut que les migrants peuvent être bénéfiques à l'offre de travail dans les pays de destination. Afin d'améliorer la mesure de la contribution des migrants à l'offre de travail, MALYNES propose de prendre en compte la simultanéité des comportements d'offre de travail et des comportements familiaux tels que le mariage, la fécondité, les investissements éducatifs et la répartition des tâches au sein des familles.

L'objectif du projet est de proposer un cadre d'analyse unifié qui permette de prédire les effets des migrations sur le futur de l'offre de travail en Europe.

Le projet poursuit trois objectifs principaux. Notre premier objectif est de créer des scénarios robustes pour le futur de la mobilité du travail et des migrations en Europe. Ces scénarios dépendent et de la perception de la valeur de la migration par les natifs et par le support politique à l'ouverture aux migrations. <br /> <br />Notre second objectif consiste à implémenter les techniques éprouvées de l'économie culturelle (approche épidémiologique) aux bases de données très détaillées tel que European Time Use Survey et les données de registre. De la sorte, nous pourrons extraire une carte des traits culturels attachés au travail et à la famille à travers les différents pays de provenance des migrants <br /> <br />Notre troisième objectif est de développer une théorie quantitative de l'impact des migrations sur l'offre de travail en Europe. Notre modèle aura pour ingrédients principaux les scénarios et les cartes culturelles produites lors des deux étapes précédentes. Ces différences culturelles concernent la fécondité, le mariage et l'utilisation du temps des migrants et des natifs. Les paramètres résiduels du modèle seront estimés via la méthode des moments simulés.

Tâche 1. Créer des scénarios robustes quant au futur des migrations et des politiques migratoires en Europe. Nous analysons ici l'impact des migrants sur les attitudes politiques des natifs européens, attitudes mesurées par la «salience« du thème migratoire dans les débats politiques et les préférences révélées des natifs concernant les politiques migratoires. Les méthodes utilisées sont celles propres à la littérature économique dédiée à l'impact des migrations et à l'économie politique.

De manière générale, l'avancement du projet est satisfaisante. La tache 1 a d'hors et déjà livré des résultats notables. Ces résultats ont été obtenus en analysant les effets de la migration sur le vote (lors d'élections nationales) pour des parties ayant des vues opposées sur le processus d'intégration européenne et l'internationalisation en général. Les résultats sur la tache 1 peuvent se résumer ainsi:
(1) L'exposition à la migration peu qualifiée et très qualifiée affecte fortement les comportements de vote des natifs européens mais dans des sens opposés: la migration des peu qualifiés incite les natifs européens à soutenir les partis nationalistes euro-sceptiques, favorables à la fermeture des frontières. Au contraire, l'immigration des très éduqués incite les natifs à voter plus en faveur des parties favorables à l'intégration européenne.
(2) Les immigrants eux-mêmes votent plus majoritairement pour des partis favorables à la construction européenne et à l'ouverture mondiale que les natifs. Le différentiel de vote entre migrants et natifs trouve une part de ses origines dans les différences culturelles entre ces deux populations. Nous nous concentrons ici sur les migrants de seconde génération, le plus souvent autorisés à prendre part au processus de vote.

Ces deux résultats importants montrent que la question migratoire est une des clés du futur de la construction européenne et de ses mouvements de population.

Parmi les scénarios que nous avons élaborés pour la Tache 3, nous en avons dérivé un à l'intérêt particulier. Dans ce scenario les flux de migration qualifiée et non qualifiée respectent un certain équilibre. La balance des deux flux détermine alors le support électoral aux partis pro-Européens et ouverts à l'international. Nous démontrons qu'un tel support est susceptible d'engendrer des décisions politiques en faveur d'une mobilité accrue des individus et des travailleurs entre les pays européens.

Au cours des 18 premiers mois du projets, bon nombre d'objectifs ont été remplis, que ce soit en terme de production académique ou en terme de dissémination. Nous avons atteints les principaux objectifs de la tache 1. Nous sommes actuellement en train de travailler intensément sur la tache 2 et obtenons déjà des résultats significatifs en terme de production de papiers de recherche et en terme de collection de données nouvelles. Ce travail sera poursuivi au cours de mois à venir et servira de base à la réalisation de la tache 3 du projet.

Moriconi, S., Peri, G., and Pozzoli, D. (2020). The Role of Institutions and Immigrant Networks in Firms' Offshoring Decisions. Canadian Journal of Economics (forthcoming).
Iga Magda & Jan Gromadzki & Simone Moriconi, (2020). «Firms and wage inequality in Central and Eastern Europe,« Journal of Comparative Economics (forthcoming).
Moriconi S., Peri g. and R. Turati (2019),«Immigration and Voting for Redistribution: Evidence from European Elections«, Labour Economics 61 (2019) 101765.
Moriconi S. and G. Peri (2019),«Country-Specific Preferences and Employment Rates in Europe«, European Economic Review Volume 116, July 2019, Pages 1-27.
Baudin T., de la Croix D. and Gobbi P. (2020), Endogenous childlessness and stages of development.
T. Baudin and R. Stelter (2020), The rural exodus and the rise of Europe,
T. Baudin and Koyel Sarkar (2020), Education and childlessness in India,
C. Senik and N. Friedman-Sokuler (2020) From Pink-Collar to Lab Coat: Cultural Persistence and Diffusion of Socialist Gender Norms, IZA DP No. 13385.

N’ayant jamais cessé de croître en Europe ces dernières décennies, l’immigration peut être moteur d’enrichissement de l’offre de travail des pays d’accueil. Elle accroit, par exemple, la diversité des compétences sur le marché du travail, augmentant en cela la productivité moyenne des travailleurs et créant de nouvelles opportunités d’emplois pour les natifs. Offrir son travail est une décision concomitante à d’autres grandes décisions familiales tel que se marier, avoir des enfants et si oui combien, mais aussi comment éduquer ces enfants et comment se partager les tâches domestiques. Cette concomitance façonne immanquablement la contribution des migrants à leur économie de destination puisque chacun des choix qui la construisent s’enracine dans les valeurs, les croyances et les préférences des populations migrantes. Ces valeurs, ces croyances et ces préférences émergent de la "culture" des individus qui, en accord avec la définition de Fernández (2009), comprend l’ensemble du savoir commun, de la compréhension et des pratiques d’une population. L’importance de la culture dans les décisions économiques n’est plus aujourd’hui un sujet de polémique. Les préférences pour le loisir en opposition au travail ou la consommation, l’altruisme ainsi que les croyances quant aux rôles des hommes et des femmes au sein de la famille et le marché du travail sont admis comme des déterminants essentiels de l’offre de travail. Cependant, la manière dont ces facteurs culturels sont pris en compte dans les modèles estimant l’effet de long terme de l’immigration sur l’offre de travail en Europe demeure largement insatisfaisante.

L’objectif du projet “Migration And Labor supplY wheN culturE matterS” (MALYNES) est de proposer un cadre général qui permette de prédire les futurs effets de l’immigration sur l’offre de travail au sein de l’Union Européenne. Afin d’y parvenir, nous modéliserons les décisions d’offre de travail d’individus dont les préférences et les valeurs sont façonnées par leur culture d’origine et de destination. Nous définissons ici un migrant comme un individu dont le pays de résidence diffère de son pays d’origine et par symétrie, un natif sera résidant dans son pays d’origine. En accord avec la littérature récente, nous identifions le pays d’origine d’un migrant par le pays de naissance de la première génération de ses ancêtres qu’il nous est possible d’observer (ses parents, grand-parents,…).

MALYNES poursuivra son objectif général à l’aide d’une stratégie en trois étapes. Nous chercherons d’abord à déterminer les scénarios futurs quant à la mobilité des travailleurs et la migration en Europe, deux phénomènes qui dépendent grandement du support politique que recevront les politiques migratoires. Ensuite, nous appliquerons les techniques empiriques de l’économie de la culture (approche épidémiologique) aux données d’enquêtes sur l’utilisation des temps des ménages Européens (Time Use Surveys) ainsi qu’aux données de registre. De cette manière, nous parviendrons à dériver une cartographie interculturelle des préférences et valeurs qui affectent l’offre de travail des individus, la plupart d’entre elles étant attachées aux comportement familiaux. Enfin, nous développerons une théorie quantitative de l’impact des migrations sur l’offre de travail. Ce modèle incorporera les différences culturelles comme un des ingrédients majeurs des comportements de mariage, de fécondité et d’utilisation des temps des familles migrantes et natives. Nous estimerons les paramètres de ce modèle dans un grand nombre de pays Européens à l’aide de l’économétrie structurelle (Méthode des Moments Simulés).

Coordinateur du projet

Monsieur Simone Moriconi (INSTITUT ECONOMIE SCIENTIFIQUE GEST)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

IESEG INSTITUT ECONOMIE SCIENTIFIQUE GEST

Aide de l'ANR 250 796 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2019 - 48 Mois

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