DS0504 -

Transition Nutritionnelle aux Antilles Françaises : Interactions entre offre et comportements alimentaires – NuTWInd

NuTWInd

Transition Nutritionnelle aux Antilles Françaises : Interactions entre offre et comportements alimentaires

Objectifs

Les rares études disponibles sur les Caraïbes, notamment les Antilles Françaises, montrent des problèmes urgents de santé publique : une forte augmentation des prévalences d'obésité et maladies chroniques au cours des dernières décennies, signes d’un stade avancé de transition nutritionnelle, impactant la sécurité nutritionnelle. Une caractéristique de la transition nutritionnelle est l'effet rapide des changements d’offre et de comportements des populations liés au commerce international et à la dépendance croissante aux importations alimentaires. Une connaissance approfondie des déterminants individuels et environnementaux des comportements alimentaires aux Antilles Françaises est nécessaire pour comprendre l’impact sur la santé et guider les mesures de santé publique. <br />Le projet NuTWInd impliquant nutritionnistes, épidémiologistes, économistes, sociologues, chercheurs en sciences sensorielles, institut technique, industriels de l’agro-alimentaire et ministère de l'Agriculture, a pour objectif la caractérisation de l’évolution de l’offre et des comportements alimentaires et leurs déterminants en Martinique et Guadeloupe afin de comprendre les mécanismes de transition nutritionnelle et proposer un répertoire d’actions à la fois sur l'offre et sur les comportements pour améliorer la sécurité nutritionnelle aux Antilles Françaises. Plus spécifiquement, NuTWInd se décline en 4 objectifs : <br />1) Évaluer la situation nutritionnelle sous l’angle des consommations et de l’offre et son évolution dans le temps en Martinique et Guadeloupe <br />2) Comprendre les déterminants des comportements alimentaires des consommateurs, avec différentes approches (sensoriels, sociaux, économiques, culturels…) <br />3) Comprendre les déterminants de l’offre alimentaire (stratégies des acteurs, accords commerciaux, politiques réglementaires, fiscales…) <br />4) Évaluer l’impact potentiel d’actions spécifiques, au niveau des consommateurs et au niveau de l’offre, les plus pertinentes aux Antilles

Concernant la situation nutritionnelle, nous caractérisons de façon précise l’alimentation et l’état nutritionnel des adultes et enfants, leur évolution et les facteurs sociodémographiques et économiques associés, à partir d’études épidémiologiques représentatives menées en Martinique et Guadeloupe. Nous étudions également comment l’alimentation contribue aux inégalités sociales de santé par des modèles de médiation. En regard des consommations, nous construisons une base de données pour étudier les dynamiques de l’offre sur 20 ans (importations et production locale) en termes de qualité nutritionnelle. Pour l’étude des déterminants individuels, nous évaluons leurs effets (prix, goût, qualité nutritionnelle) sur les choix d’achats par l’économie expérimentale. De plus, nous nous focalisons spécifiquement sur les préférences sensorielles pour le gras, le salé et le sucré en développant des tests sensoriels (n=200) et un questionnaire sur les préférences auto-déclarées (n=1500), adaptés à la population antillaise. Nous étudions aussi qualitativement l’influence de l’environnement alimentaire sur les pratiques alimentaires. Concernant les déterminants de l’offre, pour déterminer dans quelle mesure une alimentation saine est accessible aux consommateurs, nous évaluons la variabilité des caractéristiques nutritionnelles et des prix des aliments contributeurs aux apports en sel, sucre ou lipides, en fonction des lieux de vente et des marques locales ou importées. Ceci nous permettra d’évaluer les marges de manœuvre d'amélioration nutritionnelle réalisables pour les entreprises locales. Nous étudions aussi les déterminants des importations alimentaires par l’analyse économétrique en données de panel. Nourris de l’ensemble des résultats, nous explorerons les pistes d’actions pertinentes au niveau du consommateur et de l’offre alimentaire pour améliorer la sécurité nutritionnelle, en utilisant des approches de modélisation et de recherche participative avec les acteurs.

Les apports en macronutriments des adultes et des enfants sont en adéquation avec les recommandations alors que les apports en fruits, légumes et produits laitiers et par conséquent en fibres et calcium étaient très inférieurs. Pourtant, les scores de qualité globale du régime sont équivalents à ceux retrouvés en métropole et sont peu associés aux facteurs socioéconomiques. Comme attendu, les adultes antillais présentent un profil de santé préoccupant : les prévalences de déficience en folate et d’anémie sont de 22% et 16%. Parallèlement, 21 % sont obèses, 11% diabétiques, 40% hypertendus et 23% présentent un syndrome métabolique. De plus, la qualité de l’alimentation contribue peu à expliquer les inégalités socioéconomiques associées à la prévalence du syndrome métabolique. Pour les déterminants sensoriels, le questionnaire de préférences est en cours d’administration en Martinique depuis décembre 2018 via un site internet (https://etudenutriparm.fr). Les sujets sont ensuite invités à participer à l’étude Nutrinet-Santé pour évaluer leurs consommations individuelles et leur état de santé (www.etude-nutrinet-sante). Concernant l’offre actuelle, nous avons constitué une base de données de composition nutritionnelle, prix, lieux de vente et marques de milliers de références pour les charcuteries, boissons sucrées, produits laitiers et biscuits. Les premiers résultats montrent une dispersion des teneurs en sodium très importante pour les charcuteries, suggérant une marge de manœuvre pour améliorer la qualité nutritionnelle de ces produits. Nos résultats sur les dynamiques de l’offre montrent une baisse des importations en volume de 3% en Guadeloupe entre 1995-2016, alors qu’en Martinique, elles ont augmenté de 14%. Elles ont augmenté en valeur de 15%, tenant compte de l’évolution de l’indice des prix. Depuis 1995, les produits frais ou peu transformés représentent la part la plus importante des importations en volume et valeur, suivis des produits ultra-transformés.

Nous poursuivons la caractérisation de l’alimentation en étudiant les relations entre la part des aliments ultra-transformés dans le régime et la qualité nutritionnelle et les indicateurs de santé et leur évolution sur 10 ans et en explorant des dimensions plus comportementales (structure des journées alimentaires, le snacking et les pratiques d’approvisionnement). Concernant les déterminants de l’alimentation, une expérience de choix sera réalisée pour comprendre si les consommateurs antillais sont prêts à accepter une amélioration nutritionnelle compte tenu du prix, du goût et de la marque. En 2019, la collecte et l’analyse des préférences sensorielles déclarées s’étendra en Guadeloupe. Les tests sensoriels seront validés puis administrés aux 200 consommateurs pour être analysés en 2020. L’étude sur les perceptions de l’évolution de l’environnement alimentaire sera réalisée en 2020. Pour l’offre alimentaire, la collecte des données se poursuit pour couvrir la diversité de circuits de distribution et des territoires et cerner comment l’accessibilité aux produits sains et leurs prix varient selon les bassins de consommation et en comparaison avec la métropole. A partir des données sur la variabilité de l’offre, nous évaluerons dans quelle mesure des déplacements de consommation vers des aliments plus sains au sein des familles de produits affectent les apports nutritionnels des populations et leurs dépenses alimentaires. Concernant les dynamiques de l’offre, nous attribuons une valeur nutritionnelle à tous les aliments de notre base pour analyser l’évolution de la qualité nutritionnelle des importations et de production locale et leurs déterminants. Pour identifier les pistes d’actions pertinentes, nous évaluerons par modélisation les changements de consommations alimentaires nécessaires pour couvrir les besoins nutritionnels à partir de l’offre actuelle et d’une offre reformulée. Puis, nous évaluerons les actions par la recherche participative avec les acteurs

Colombet Z, Perignon M, Salanave B, Landais E, Martin-Prevel Y, Allès B, Drogue S, Amiot MJ, Méjean C. Does diet quality mediate socioeconomic differences in metabolic syndrome in the French West Indies? Soumis à JAHA le 21/12/2018
Colombet Z, Perig

Les rares études disponibles sur les Caraïbes, notamment les Antilles Françaises, montrent des problèmes urgents de santé publique : un changement profond de l’alimentation et une forte augmentation des prévalences d'obésité et maladies chroniques au cours des dernières décennies, signes d’un stade avancé de transition nutritionnelle, impactant la sécurité nutritionnelle. Une caractéristique de la transition nutritionnelle est l'effet rapide des changements d’offre et de comportements des populations liés au commerce international et à la dépendance croissante aux importations alimentaires. Une connaissance approfondie des déterminants individuels et environnementaux des comportements alimentaires aux Antilles Françaises est nécessaire pour comprendre l’impact sur la santé et guider les mesures de santé publique. Notre projet multidisciplinaire, impliquant nutritionnistes, épidémiologistes, économistes, sociologues, chercheurs en sciences sensorielles, institut technique, industriels de l’agro-alimentaire et ministère de l'Agriculture, vise à comprendre les interactions entre l'offre alimentaire et les comportements des populations et à proposer des stratégies pour améliorer la sécurité nutritionnelle aux Antilles Françaises. Notre projet a pour objectifs de:
- caractériser les apports alimentaires, le statut nutritionnel et les pratiques d’approvisionnement (WP1). A partir d’études épidémiologiques représentatives menées en 2004 auprès de 1113 adultes Martiniquais et en 2014 auprès de 1273 adultes Martiniquais et Guadeloupéens et 153 enfants, nous caractériserons l’alimentation, les prévalences d’obésité et de déficiences en folates et fer, et aussi leurs déterminants sociaux et leur évolution sur 11 ans.
- comprendre les déterminants des choix alimentaires des consommateurs (WP2). Nous évaluerons les relations entre consommations alimentaires et préférences sensorielles pour le sucré, le gras et le salé des adultes Martiniquais, en développant des tests sensoriels et un questionnaire de préférence. Nous évaluerons également la façon dont les consommateurs arbitrent leurs choix selon différentes motivations (prix, préférences, caractéristiques du produit, production locale) en menant une étude d'économie expérimentale. Nous explorerons comment l'environnement alimentaire influencent les perceptions des consommateurs, en utilisant l'approche qualitative.
- caractériser l'évolution de l’offre alimentaire et les marges de manœuvre pour améliorer la qualité nutritionnelle de l’offre (WP3). Nous décrirons la chaîne d’approvisionnement et les stratégies des acteurs aux Antilles. Nous étudierons les dynamiques d’évolution des importations d’aliments et de production locale en termes de prix, quantité, qualité nutritionnelle, sur deux décennies, à partir de données douanières et de production existantes. Nous évaluerons aussi les marges de manœuvre réalisables pour les entreprises locales en termes d'amélioration nutritionnelle des aliments.
- explorer les stratégies au niveau du consommateur et de l’offre alimentaire pour améliorer la sécurité nutritionnelle (WP4). A partir des résultats sur les marges de manœuvre, nous simulerons l’impact des reformulations sur la qualité nutritionnelle de l’alimentation individuelle. A partir des résultats sur l’alimentation des consommateurs, nous modéliserons les changements alimentaires permettant d’atteindre les recommandations nutritionnelles, sans coût supplémentaire. Puis, l’impact potentiel sur la sécurité nutritionnelle sera exploré en combinant les améliorations de l’offre alimentaire et des choix individuels par des approches quantitatives et qualitatives, pour proposer des recommandations aux acteurs publics et privés.
En proposant des moyens d'améliorer la sécurité nutritionnelle au travers des comportements alimentaires et de l’offre locale, notre projet contribuera à identifier et à promouvoir des stratégies qui répondent aux besoins nutritionnels et hédoniques des consommateurs.

Coordinateur du projet

Madame Caroline Méjean (Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

MOISA UMR1110 Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs
U1153 Inserm, U1125 Inra, Université Par Centre de recherche en épidémiologie et statistiques Paris Sorbonne Cité / Equippe de recherche en épdémiologie nutritionnelle
DAAF Martinique Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de Martinique
ALISS U1303 Alimentation et Sciences Sociales
PARM LE POLE AGROALIM REGION MARTINIQUE
CSGA INRA Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation
DAAF Guadeloupe Direction de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Forêt de Guadeloupe
IRD - UMR NUTRIPASS Institut de Recherche pour le Développement

Aide de l'ANR 725 999 euros
Début et durée du projet scientifique : août 2017 - 48 Mois

Liens utiles