Julien Leclaire - #monANR

Julien Leclaire, chercheur en biochimie

 

Julien Leclaire : le CO₂ pour recycler les métaux

Peut-on imaginer un CO₂ vertueux ? C’est au détour d’un orage et d’une discussion entre scientifiques que l’idée germe dans l’esprit de Julien Leclaire. Dans le prolongement de la COP21, ce professeur de chimie à l'université de Lyon imagine une technologie capable de recycler les métaux en utilisant le CO₂ généré par l’activité industrielle. Tremplin d’une innovation aujourd’hui reconnue, l’ANR est la première à avoir fait confiance au chercheur et fondateur de la société Mecaware.

En quoi consiste votre projet de recherche, MA2RCO2SCARE ?

Mon projet consiste à montrer qu’on peut utiliser le CO₂ capté dans les fumées industrielles afin de recycler les métaux. Par un concours de circonstances, j'étais au bon endroit, au bon moment en proposant un projet qui répondait à un contexte géopolitique très particulier : celui de la crise d’approvisionnement en métaux. Ce projet de recherche a permis de constituer un premier socle de résultats : il a apporté ce qu’on appelle une preuve de concept, c’est-à-dire des résultats expérimentaux validant l’idée et permettant ensuite de convaincre des financeurs d’investir pour transformer la science en technologie.

Un souvenir marquant autour de ce projet ?

Je me souviens d’un déplacement marquant, après la COP21 (2015) lors d’un rassemblement de scientifiques intitulé Mission Innovation, à Houston. Il réunissait des chercheurs de tous les pays signataires pour définir les axes de recherche prioritaires liés à ses objectifs. Nous nous sommes retrouvés réfugiés dans un hôtel après le passage de l’ouragan Harvey en 2017. C’est au fil de ces discussions entre scientifiques qu’est née l’idée de valoriser le CO₂, de lui donner un sens économique en l’utilisant pour quelque chose de vertueux : le recyclage des métaux.

Qu’a permis ce financement ANR ?

Ce premier projet de recherche, une ANR “Jeunes chercheuses Jeunes chercheurs”, a été un véritable tremplin. Il a permis d’initier d’autres financements après la preuve de concept : un financement régional pour créer une plateforme d’analyse de ces systèmes, puis un soutien des Sociétés d’accélération du transfert de technologie (SATT) afin d’identifier des marchés, des partenaires industriels, déposer des brevets et créer une start-up : Mecaware. Nous sommes ainsi passés d’une science fondamentale à une technologie appliquée, destinée à être mise sur le marché.

Quel impact votre projet de recherche peut-il avoir sur la société ?

L’extraction des métaux reste une activité à forte empreinte environnementale. Par ailleurs, le captage du CO₂ atmosphérique, responsable du réchauffement climatique, est coûteux. Nous avons donc voulu relever ces deux défis en un seul : montrer que le CO₂ pouvait rendre l’extraction des métaux plus vertueuse d’un point de vue environnemental, et qu’en retour, son utilisation pouvait avoir de la valeur et du sens sur le plan économique.

L’objectif à long terme est de proposer des solutions pour créer des biens et des services à partir de déchets, en s’inscrivant dans une économie circulaire fondée sur des modes de production vertueux et compétitifs à l’échelle internationale. C’est important, surtout quand, dans mon cas, on devient père de famille, de pouvoir offrir des solutions durables aux générations futures.

L’ANR fête ses 20 ans : que lui souhaitez-vous pour les 20 prochaines années ?

Je lui souhaite de poursuivre son rôle de tremplin pour les nouveaux concepts portés par les chercheurs, notamment les plus jeunes, bouillonnants d’idées. L’ANR leur permet de valider leurs intuitions et de prouver qu’en France, nous disposons d’une véritable richesse en matière de créativité scientifique. Il faut donner les moyens à cette créativité de faire naître de nouvelles technologies, afin de rester dans la course internationale, et même d’en devenir les leaders.

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