Julie Mendret - #monANR
Julie Mendret : “L’ANR a été un tournant majeur dans ma carrière de chercheuse”
En quoi consiste votre projet de recherche ?
SAWARE vise à tester des filières de traitement complémentaires pour la réutilisation des eaux usées traitées. L’idée est d’éliminer les micropolluants, comme les résidus de médicaments et de pesticides, qui subsistent après le traitement classique. Pour cela, nous combinons différents procédés intensifs, comme la filtration membranaire et l’ozonation. À terme, ces approches pourraient permettre de produire une eau de qualité suffisante pour un usage agricole, industriel, voire potable, selon les besoins et les réglementations.
Quelle a été la genèse de ce projet ?
Ce projet a vu le jour en 2016, dans le cadre du dispositif “Jeunes Chercheuses et Jeunes Chercheurs” de l’ANR. Obtenir ce financement a été, pour moi, un véritable “graal” : il m’a permis de lancer ma propre thématique de recherche et de m’établir dans le domaine du traitement des eaux usées. C’était une étape fondatrice, car ce type de projet offre une grande autonomie scientifique. Ce financement m’a donné l’opportunité d’explorer des pistes nouvelles par la mise en place de collaborations et d’apporter ma contribution à une problématique environnementale cruciale.
Ce projet a-t-il eu un impact sur le plan professionnel et personnel ?
Le soutien de l’ANR a été déterminant, à la fois sur le plan scientifique et humain. D’abord, il a permis au projet de se déployer dans la durée, notamment grâce à des prolongations accordées pendant la pandémie de COVID-19 et mes congés maternité. Cette flexibilité a été essentielle pour aller au bout de nos expérimentations. Ensuite, ce financement a ouvert la voie à des collaborations interdisciplinaires et à la formation de jeunes chercheurs. Il a véritablement structuré une thématique de recherche qui, sans ce soutien, rare et précieux, n’aurait sans doute pas émergé avec la même ampleur. Cela m’a confortée dans mon engagement pour une recherche à la fois rigoureuse et humaine.
Quel impact ce projet peut-il avoir sur la société ?
Les enjeux sont considérables. Avec la raréfaction des ressources en eau et le renforcement des réglementations, la réutilisation des eaux usées traitées devient une nécessité. Notre projet propose des solutions concrètes pour rendre cette réutilisation plus sûre en éliminant une grande partie de la pollution organique. Au-delà des aspects techniques, ces recherches contribuent aussi à la sensibilisation du grand public : j’accorde beaucoup d’importance à la médiation scientifique, car expliquer ces enjeux environnementaux est indispensable pour favoriser leur acceptation et leur mise en œuvre. Dans le cadre d'une chaire de médiation scientifique de l'Institut Universitaire de France (IUF), j’ai justement conçu un jeu pédagogique, « Drop Odyssey », pour que petits et grands puissent mieux comprendre le cycle de l’eau, de son captage à son retour dans le milieu naturel. On y suit les aventures d'une goutte d'eau, Lézia !
L’ANR fête ses 20 ans : que lui souhaitez-vous pour les 20 prochaines années ?
Je souhaite à l’ANR de continuer à jouer son rôle central dans le financement de la recherche publique française, tout en renforçant ses moyens. Il serait souhaitable d’augmenter les enveloppes pour permettre à davantage de projets de voir le jour, mais aussi de financer plus de postes doctoraux, qui restent difficiles à soutenir en dehors des contrats ANR. L’ANR est un levier essentiel : elle mérite les moyens nécessaires pour continuer à porter l’excellence scientifique française dans toutes ses dimensions.