Jean-Marie Tarascon - #monANR

Jean-Marie Tarascon, Chimiste, Professeur au Collège de France
© Frédérique Plas / CSE / CNRS Images

 

Jean-Marie Tarascon : utiliser le sodium comme alternative au lithium et au cobalt

Professeur au Collège de France, Jean-Marie Tarascon est l’un des pionniers de la recherche sur les batteries et le stockage électrochimique. Depuis plus de dix ans, ses travaux sont soutenus par l’ANR. Ses projets visent à explorer de nouveaux matériaux et mécanismes pour des batteries plus performantes, plus durables et plus respectueuses de l’environnement. À l’occasion des 20 ans de l’ANR, il revient sur son parcours, l’apport de ces financements et partage ses réflexions sur les évolutions souhaitables pour les prochaines années.

« L’ANR joue un rôle crucial de catalyseur : elle favorise l’émergence de concepts qui, sans elle, resteraient peut-être au stade de l’intuition. » Jean-Marie TARASCON, Chimiste, Professeur au Collège de France.

En quoi consistent vos travaux de recherche ?

Mes recherches portent sur les batteries et le stockage électrochimique, avec un accent particulier sur les nouveaux matériaux, concepts et mécanismes susceptibles d’améliorer les performances tout en renforçant l’écocompatibilité des dispositifs. Nous travaillons notamment sur le diagnostic des batteries pour mieux comprendre leur comportement et prolonger leur durée de vie.

Ces travaux, menés au Collège de France et dans le cadre du Réseau sur le stockage électrochimique de l'énergie (RS2E), s’inscrivent dans une approche à la fois fondamentale et appliquée : il s’agit autant de faire avancer la compréhension scientifique que d’imaginer les technologies de stockage du futur. La recherche fondamentale est nécessaire afin de pouvoir mener des projets de rupture plus ambitieux au niveau Européen.

Quelle a été la genèse de vos projets ?

Les projets menés grâce à l’ANR s’étendent sur une dizaine d’années. L’objectif initial était d’explorer de nouvelles pistes, de “défricher des sujets” encore peu étudiés, souvent à la frontière entre plusieurs disciplines. Ces recherches ont souvent servi de tremplin vers des projets européens plus ambitieux. L’ANR a joué un rôle clé en fédérant différentes équipes aux expertises complémentaires : par exemple, dans l’un de nos projets récents (ANR "REPiB") auquel nous participons rassemble un groupe de Diderot et un autre de Phoenix sur un sujet purement fondamental remettant en cause des croyances électrochimiques bien établies - une collaboration qui n’aurait pas été possible sans ce soutien.

Qu’a permis ce financement de l’ANR, notamment celui du projet SODIUM ?

Le financement de l’ANR est certes plus modeste (environ 500 000 euros en moyenne) que celui des grands programmes européens, mais il est d’une grande souplesse. Ce soutien permet de lancer des collaborations, de tester des idées nouvelles et de constituer des équipes. Grâce à ces moyens, nous avons pu engager un doctorant sur trois ans et amorcer des recherches fondamentales sur des problématiques d’électrodes, d’électrolytes et d’interfaces ayant permis de lever les verrous technologiques liées à la technologie Na-ion. Ces avancées ont permis de décrocher des financements européens et afin d’avancer la TRL de la technologie. Ainsi, L’ANR joue un rôle crucial de catalyseur : elle favorise l’émergence de concepts qui, sans elle, resteraient peut-être au stade de l’intuition.

Quel impact ce projet de recherche peut-il avoir sur la société ?

Les retombées sont multiples. D’un côté, certains projets visent des applications concrètes à court terme, comme les batteries Sodium-ion, qui pourraient offrir une alternative plus durable et plus accessible aux technologies actuelles. De l’autre, nous développons des projets plus fondamentaux, qui ne déboucheront peut-être pas immédiatement sur des produits, mais qui posent les bases de futures révolutions scientifiques. L’ANR a le mérite de soutenir ces deux approches, complémentaires et nécessaires à l’équilibre de la recherche.

A-t-il eu un impact sur le plan professionnel ?

Oui, indéniablement. Ces projets ont permis d’enrichir nos collaborations et d’élargir nos horizons scientifiques. Travailler avec des équipes aux expertises variées crée une dynamique stimulante. Sur le plan personnel, cela m’a offert l’occasion de partager ma vision de la recherche avec de jeunes chercheurs, d’encadrer de nouveaux talents et de participer à des initiatives que je n’aurais pas pu entreprendre seul.

L’ANR fête ses 20 ans : que lui souhaitez-vous pour les 20 prochaines années ?

Je lui souhaite de continuer à jouer ce rôle de moteur de la recherche française, tout en renforçant son exigence scientifique. Je crois aussi à la nécessité de diversifier les montants alloués, en introduisant des “packages” plus ambitieux pour les projets déjà solides et les chercheurs très prometteurs - des projets “superstar”, en quelque sorte. Enfin, je souhaite que les bilans de projets puissent devenir de véritables outils d’évaluation scientifique, et non de simples formalités administratives.

 

En savoir plus : 

Page ANR du projet SODIUM 

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