Claude Grison - #monANR

Claude Grison, directrice de recherche, laboratoire de chimie bio-inspirée et d’innovation écologique - CNRS

 

Claude Grison, directrice de recherche au CNRS : Aux origines de la chimie verte

Utiliser des plantes pour restaurer les sites miniers. En 2011, assure Claude Grison, « on y croyait peu ». À cette époque, seule l’ANR lui fait confiance. Cette chimiste, directrice de recherche au CNRS, à la tête du laboratoire de chimie bio-inspirée et d’innovation écologique, ne le sait pas encore, mais elle vient de s’engager dans un projet de recherche fondamental pour l’avenir écologique. Aujourd’hui, une trentaine de brevets protègent cette technologie et plusieurs entreprises l’utilisent.

En quoi consiste votre projet de recherche ?

En 2011, « Opportunity E⁴ » proposait de progresser dans la restauration écologique des sites miniers en apportant, pour la première fois, une dimension économique à ces efforts de restauration. Nous avons démontré que des espèces végétales pouvaient être implantées sur ces sites et survivre en accumulant les éléments métalliques polluants. Véritables éco-catalyseurs, ces espèces dépolluantes ont été pionnières dans la recherche en matière de chimie durable.

Qu’a permis le financement de l’ANR ?

Cette solution n’existait pas auparavant. J’ai émis cette idée en 2011 après un an de réflexion et une preuve de concept, mais on y croyait peu dans le milieu de la recherche.  L’ANR a été déterminante pour révéler le potentiel de cette technique. Malgré le scepticisme initial, elle a validé ma demande de financement, ouvrant ainsi ma recherche à un immense champ d’investigation.

Quel a été l’épisode marquant de ce projet ?

Nous avons notamment travaillé sur la restauration des sites en Nouvelle-Calédonie et montré qu’il fallait d’abord installer des espèces grégaires, résistantes à la dégradation des sols, qui accumulent à haute concentration soit le nickel, soit le manganèse. Aujourd’hui, les espèces plantées sont devenues des arbres, la nature a repris ses droits et de nouvelles espèces se sont développées. Nous avons également démontré que ces feuilles très chargées pouvaient constituer des ressources minérales pour développer une chimie verte et durable telle qu’on la conçoit à présent. Mais pour l’époque, c’était révolutionnaire.

Quel impact a-t-il eu sur la société ?

Ce projet a été pionnier dans les solutions fondées sur la nature : l’adaptation extraordinaire du vivant s’est révélée être la meilleure solution pour restaurer des espaces que l’homme avait dégradés. Aujourd’hui, une trentaine de brevets ont été déposés pour protéger la technologie d’éco-catalyseurs. Cela a également conduit au développement et à la création d’entreprises pour valoriser ces innovations, ainsi qu’à une nouvelle manière de réfléchir grâce à l’interdisciplinarité entre écologie et chimie.

L’ANR a 20 ans. Que lui souhaitez-vous pour les 20 ans à venir ?

De continuer à soutenir les projets qui remettent en cause les idées toutes faites et les préjugés en matière de recherche. Son rôle a été fondamental pour révéler tout le potentiel de solutions innovantes. C’est un levier essentiel, notamment pour les jeunes chercheurs et les jeunes chercheuses ; qu’elle reste, elle aussi, un véritable « catalyseur » de la recherche.

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