L’ANR présente ses dispositifs de recherche partenariale à BIG 2026
Sur le stand ANR, visite d’Anne Le Hénanff, ministre chargée de l’Intelligence artificielle et du Numérique (à gauche) en compagnie de Pascale Ribon, directrice DeepTech chez Bpifrance (au centre) et de Thibault Cantat, Directeur général délégué à la science (ANR).
Dans une ambiance tumultueuse mais chaleureuse, l’ANR est venue s’adresser aux entrepreneurs, créateurs de start-up, dirigeants de PME, tentés par le rapprochement avec le monde scientifique. L’occasion de rappeler son engagement en faveur de la recherche partenariale à travers une offre de financement adaptée aux différents types de structures (start-up, PME, ETI…) et aux différents moments du parcours de l’innovation. L’ANR consacre aujourd’hui 20% de son budget à la recherche en partenariat avec les entreprises pour un total de 172 projets et un montant de 210 M d’euros (chiffres de 2025).

Inauguration en collaboration avec le CNRS du LabCom T4T- Jumeaux numériques pour l’apprentissage sélectionné par l’ANR en 2025, le laboratoire commun virtuel est constitué de l’Institut Pprime ici représenté par Jean-Pierre Gazeau (coordinateur du projet, 2e droite) et par la PME Goupil Technology, ici représentée par Tristan Gassié (au centre), PDG et fondateur, en compagnie de Mehdi Gmar, directeur de CNRS Innovation et Le LabCom T4T vise à mobiliser les jumeaux numériques pour représenter des systèmes réels et les utiliser comme supports d’apprentissage, d’expérimentation et de formation.
Le soutien à la recherche, un tremplin vers l’innovation pour les entreprises. Retour sur 3 histoires entrepreneuriales
La collaboration entre entreprises et laboratoires constitue un levier essentiel pour transformer les avancées scientifiques en innovations concrètes. C’est ce qu’a montré la conférence Le soutien à la recherche : un tremplin vers l’innovation pour les entreprises, réunissant Thibault Cantat, directeur général délégué à la science (ANR) et 3 entrepreneurs lauréats d’appels ANR, venus témoigner partager leur expérience. Trois parcours illustrant la diversité des collaborations possibles entre entreprises et laboratoires publics, depuis la levée de verrous scientifiques jusqu’au développement de prototypes ou l’exploration de nouvelles applications.
Gauthier Chicot, co-fondateur de DiamFab est revenu sur son parcours. Start-up deeptech spécialisée dans la synthèse et le dopage du diamant synthétique pour le développement de semi-conducteurs destinés à l’électronique de puissance (pour les data centers, réseaux électriques etc.), la technologie de DiamFab a bénéficié des travaux de recherche de l’Institut Néel dans le cadre du PRCE (Projet de recherche collaboratif avec entreprise) TRANS-DIAM. A un moment où leur « technologie n’était pas tout à fait mature pour se confronter aux VCs (venture capitalists), l’aide de l’ANR a permis de poursuivre la R&D, lever des verrous technologiques en travaillant dans une visée applicative avec le CEA ». Gauthier Chicot salue cette collaboration qui a permis de « dérisquer la technologie et effectuer une première levée de fonds, livrer assez rapidement des technologies que les VCs attendent et qui n’auraient pas été réalisables lors des premières années de notre société ».
Pour Felix Berriat, CEO de ImpacTell, le besoin était différent. Après avoir travaillé en recherche fondamentale pendant plusieurs années sur sa technologie (ImpacTell développe un marteau intelligent pour la chirurgie orthopédique), celle-ci était reconnue comme pertinente sur le sujet anatomique : « Les chercheurs étaiient allés au bout de ce qu’ils pouvaient faire ». Il avait désormais besoin de développer un prototype pour l’industrialiser. Le LabCom IBAM (Instrumentation chirurgicale et analyse d’impact basée sur l’intelligence artificielle) associant la société à l’Institut Mondor de recherche biomédicale (IMRB) a permis d’accélérer le développement technologique et les validations cliniques d’ImpacTell. Cette collaboration lui a permis de revenir vers la recherche fondamentale pour décliner sa technologie dans différentes spécialités de chirurgie médicales (maxillo-faciale, dermatologique etc). L’ANR a apporté un cadre permettant de s’adresser aux bons laboratoires, aux bons spécialistes de domaines médicaux permettant de recenser là où les besoins médicaux existent.
Sophie Pautot, fondatrice de la société Synaxys spécialisée dans l’ingénierie tissulaire, s’est quant à elle associée dans le cadre d’un PRCE au laboratoire du CNRS LAAS spécialisé dans la création d’électrodes et de semi-conducteurs. Cette collaboration lui a permis de transposer une technologie mise au point par le laboratoire en l’adaptant aux modèles de culture tissulaire et à développer des modèles neuronaux innovants, utiles à l’étude des maladies neurologiques et à la recherche préclinique.
Des dispositifs adaptés aux besoins des entreprises
Thibaut Cantat, directeur général délégué à la science de l’ANR, a tenu à rappeler que l’ANR est « l’agence de toutes les recherches, y compris celle de la recherche partenariale », et qu’il existe « plusieurs façons pour les laboratoires et les entreprises d’interagir selon que celle-ci soit plutôt intéressée par le ressourcement scientifique, une rupture technologie, le prototypage ». Les dispositifs de soutien financés par l’ANR s’adaptent ainsi au degré de maturité des projets, au type de partenariat recherché et à la diversité des secteurs d’activité. Le PRCE (Projet de recherche collaboratif avec une entreprise) se structure autour d’un projet défini et limité dans le temps et peut aider par exemple à des partenaires souhaitant lever des verrous scientifiques et technologiques, il peut aider une start-up à faire progresser une technologie pas encore mature pour être industrialisée. Le Laboratoire commun (LabCom) s’adresse plus aux PME, ETI, et start-up avec des besoins réguliers de compétences scientifiques qui veulent inscrire leur collaboration avec la recherche publique dans la durée. Les Chaires industrielles, quant à elles, s’adressent notamment aux plus grosses entreprises souhaitant mobiliser des moyens importants pour développer des innovations de rupture et renforcer leur compétitivité.
Au-delà du financement, les trois intervenants ont souligné l’importance du cadre scientifique et partenarial « structurant » et « sécurisant » proposé par l’ANR. Les dispositifs permettent de structurer les projets, de mobiliser les expertises pertinentes et de partager les risques liés au développement de nouvelles technologies. Ils favorisent également des relations durables entre les entreprises et les laboratoires, renforcent la crédibilité de leur démarche auprès de potentiels financeurs. Thibaut Cantat a souligné le rôle de l’évaluation par les comités d’experts, qui ne se limite pas à sélectionner les projets, mais contribuent à en améliorer la qualité et la maturité grâce à des recommandations permettant aux porteurs de retravailler leur proposition avant une nouvelle soumission, lorsque celle-ci n’est pas retenue dès la première fois.

Table ronde « Le soutien à la recherche : un tremplin vers l’innovation pour les entreprises » animée par Eva Ben-Saadi (à gauche), avec, de gauche à droite, Gauthier Chicot, Félix Berriat, Sophie Pautot et Thibault Cantat.
Une complémentarité des financements
Dans le développement de l’innovation, les soutiens financiers de l’ANR, Bpifrance et Horizon Europe interviennent de manière complémentaire, selon la maturité technologique et les besoins des entreprises. « Il existe plusieurs guichets de financement […] complémentaires, pour que dans leurs parcours de développement, de leur technologie ou de leur ressourcement scientifique, les sociétés puissent trouver les bons appuis » (Thibaut Cantat). Tandis que l’ANR soutient exclusivement les travaux de recherche menés en partenariat avec des laboratoires académiques (dans tous les secteurs économiques) jusqu’à des indices de maturité technologique médians, Bpifrance et les programmes Horizon Europe peuvent notamment accompagner les étapes ultérieures de développement (transferts de technologies, prototype de grande échelle) et d’industrialisation. Félix Berriat confirme : « Si vous avez une technologique déjà mûre, a priori c’est plutôt Bpifrance qui va être votre interlocuteur, si vous avez encore besoin de faire de la recherche et de vous adresser à des académiques qui connaissent bien votre sujet, le faire dans le cadre d’un accord structurant avec l’ANR peut être vraiment bénéfique ! ». Il souligne l’effet levier d’un projet de recherche partenariale avec l’ANR : « Un projet revu et validé avec les experts, qui a cette signature, peut être mieux perçu par Bpifrance ».
En résumé, les trois entrepreneurs ont partagé un message simple à destination de celles et ceux qui souhaitent intégrer davantage de recherche scientifique à leur projet : identifier précisément ses besoins de recherche, se renseigner sur les technologies développées en laboratoire et ne pas hésiter à solliciter directement les chercheurs ! « Les chercheurs sont conscients du monde qui les entoure et du bénéfice que peut représenter même pour eux une aventure entrepreneuriale », a ajouté Félix Berriat. En un mot, « Osez la recherche » pour faire émerger les innovations de demain.