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05/10/2020

Analyse des interactions homme – environnement dans le bassin de Persépolis, capitale de l’empire achéménide

Pour quelles raisons le bassin de Persépolis, une région aride à semi-aride, a-t-il été choisi comme le centre politique et socioéconomique de l’empire Perse (550-330 av. J.C.) et comment les activités humaines ont impacté les milieux naturels ? Telle est la question au cœur du projet ANR PaleoPersepolis (2014-2018) qui vise à mieux comprendre les interactions homme-climat-écosystèmes autour de Persépolis, notamment dans l’Antiquité lorsque des dynasties élamites et perses ont fondé des entités socio-politiques importantes.

Vers une meilleure compréhension du cadre environnemental

Le contexte environnemental dans lequel les sociétés humaines se sont succédées dans le bassin de Persépolis, au sud-ouest de l’Iran, est peu documenté dans les travaux issus des fouilles archéologiques. Les reconstitutions paléoenvironnementales, basées sur des archives sédimentaires lacustres et palustres, proviennent de zones géographiques lointaines et présentent des cadres chronologiques qui ne permettent pas une comparaison avec des faits historiques et des données archéologiques. Le projet ANR PaleoPersepolis s’est ainsi attaché à établir une série de reconstitutions paléoenvironnementales à partir des zones humides situées dans le bassin de Persépolis et aux alentours, comme des références comparables aux séquences archéo-stratigraphiques et aux évènements historiques.

Des travaux de terrain ont tout d’abord révélé la présence de nombreuses sources karstiques dans le bassin de Persépolis, notamment sur les piémonts nord et ouest de la plaine (Djamali et al., 2018). Actives depuis le Tardiglaciaire, ces sources ont été associées à des zones humides de différentes tailles créant une biodiversité importante et une source pour l’eau, la nourriture ou la chasse depuis le Paléolithique. Elles ont aujourd’hui majoritairement disparu pour des raisons principalement anthropiques. Les chercheurs se sont appuyés sur ces nouvelles archives qui offrent une bonne couverture spatiale et temporelle (pluri-millénaires) pour les analyses paléoenvironnementales. Il s’agit d’une découverte importante car la région contient peu de lacs et tourbières, archives habituellement utilisées pour les reconstitutions.

Des impacts de l’homme sur les milieux naturels

Afin d’évaluer les impacts des activités humaines sur les écosystèmes du bassin de Persépolis et des régions avoisinantes, les chercheurs ont analysé les grains de pollens conservés dans les sédiments des zones humides et les macro et microcharbons en contexte archéologique et sédimentaire. La première approche fournit des informations sur les changements de végétation, reflétant les activités agro-sylvo-pastorales, et la seconde des informations sur l’histoire de la végétation naturelle et l’agriculture.

Les analyses ont mis en évidence une arboriculture développée. La combinaison des deux approches sur le Lac Maharlou (Brisset et al., 2018), dans la plaine de Shiraz au sud de Persépolis, révèle une phase d’arboriculture importante à l’époque de la première dynastie iranienne et laisse à penser que l’apogée de l’arboriculture ne semble pas correspondre à l’époque achéménide mais à la fin de l’empire sassanide et la dynastie des Buyides au VIIe à Xe siècle après J.-C. L’analyse pollinique de la séquence de Rouzian montre un développement de l’arboriculture avec l’apparition des premiers centres urbains de la plaine de Persépolis sous les Elamites, et son apogée sous les achéménides au premier millénaire avant J.C.

Les chercheurs ont également analysé les concentrations de plomb et de cuivre contenus dans les archives sédimentaires organiques des zones humides de Persépolis. Les résultats révèlent deux phases d’activités métallurgiques à grande échelle sous les élamites et notamment sous les achéménides. 

Et des variations hydrologiques des zones humides

Les chercheurs ont également réalisé des analyses géochimiques et sédimentologiques de carottes sédimentaires de zones humides. La comparaison de ces deux paramètres analysés sur le Lac Maharlou a révélé des phases d’assèchement du lac ainsi que des phases d’apports fluviatiles liés aux précipitations et à l’érosion du sol. Ils ont également mis en évidence le régime des crues dans ce bassin (Brisset et al., 2018), contribuant ainsi à une meilleure compréhension de sa dynamique fluviatile.

Pour la zone humide de Rouzian, des analyses géochimiques et biologiques (sur des chironomidées fossiles) ont montré que les oscillations hydroclimatiques de l’Holocène ont affecté le fonctionnement hydrologique des zones humides associées aux sources karstiques. Des variations cycliques de niveau lacustre qui pourraient être liées à une saisonnalité des milieux aquatiques, elle-même contrôlée par une saisonnalité dans les précipitations, ont notamment été mises en évidence dans les milieux lacustres tel que le Lac Neor au nord-ouest de l’Iran (Aubert et al., 2017).

Inscription de trois sites au patrimoine mondial de l’UNESCO

Les travaux menés (notamment l’article Djamali et al., 2017) et les échanges avec les archéologues iraniens ont contribué à l’inscription de trois monuments de l’époque sassanide au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il s’agit du Palais d’Ardashir, le monument de Qal’a-ye Dokhtar, et le monument de Sarvestan, tous situé dans la Province de Fars. Les chercheurs impliqué dans l’ANR Paléo-Persépolis ont été sollicités par la communauté archéologique d’Iran pour entreprendre des études archéobotaniques et géochronologiques sur d’autres sites archéologiques tel le port antique de Siraf, candidat au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Le projet ANR PaleoPersepolis a été coordonné par Morteza Djamali (CNRS) de l’Institut Méditerranéen de Biodiversité et d’Ecologie marine et continentale (UMR 7263) en partenariat avec le Muséum National d’Histoire Naturelle (MNHN) de Paris, l’Université de Nantes, l’Université de Ratisbonne et l’Université de Kiel. Il a mobilisé une approche interdisciplinaire entre sciences de l’environnement (sédimentologie, géochimie, paléoécologie) et sciences humaines (archéologie, histoire).

Références :

  • Aubert C. et al., 2017. Late glacial and early Holocene hydroclimatic variability in northwest Iran (Talesh Mountains) inferred from chironomid and pollen analysis. Journal of Paleolimnology doi: 10.1007/s10933-017-9969-8.
  • Brisset E. et al., 2018. Late Holocene hydrology of Lake Maharlou, southwest Iran, inferred from high-resolution sedimentological and geochemical analyses. Journal of Paleolimnology 61, 111-128.
  • Djamali M. et al., 2017. On the chronology and use of timber in the palaces and palace-like structures of the Sasanian Empire in “Persis” (SW Iran). Journal of Archaeological Sciences, Reports 12, 134-141.
  • Djamali M. et al., 2018. Karstic-spring wetlands of the Persepolis Basin, SW Iran: unique sediment archives of Holocene change and human impact. Canadian Journal of Earth Sciences 55, 1158-1172.