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30/04/2026

Femmes et hommes de science – Evolution de la proportion des femmes et des hommes en coordination de projets entre 2015 et 2025

L’ANR publie la nouvelle édition de son rapport « Femmes et hommes de science dans l’Appel à projets générique » pour la période 2015-2025. L’année 2025 montre une baisse des projets sélectionnés portés par des femmes dans l’AAPG, dans tous les domaines scientifiques et pour chacun des instruments de financement de l’ANR. A cette occasion, Laurence Guyard, référente égalité, intégrité scientifique et déontologie à l’ANR, revient sur les enseignements de ces données et sur ce qu’elles révèlent des enjeux d’égalité et de la prise en compte du genre dans l’AAPG. 

L’ANR publie une nouvelle analyse, sur une décennie, de la répartition des femmes et des hommes qui répondent à l’Appel à projets générique en phase 1 (dépôt) et en phase 2 (sélection). En quoi ce suivi dans le temps constitue-t-il un outil nécessaire et pertinent pour comprendre les pratiques des communautés scientifiques ?

Laurence Guyard : Les données observées et observables sur le temps long donnent à voir les pratiques des communautés dans le cadre de l’Appel à projets générique - le principal appel de l’ANR, orienté curiosity driven, qui couvre l’ensemble des domaines scientifiques et comporte cinq instruments (JCJC, PRC, PRCE, PRCI et PRME).

La Direction de la stratégie numérique et des données (DSD) de l’ANR actualise chaque année ces données prenant en compte le nombre de projets selon les éditions, en dépôt et en sélection en fonction des instruments, des domaines scientifiques, des âges et des statuts. Elles sont consultables sur data anr.fr, la plateforme interactive dédiée au partage des données ouverte de l’Agence. L’AAPG fait ainsi figure de terrain d’observation privilégié pour saisir l’évolution de la répartition des femmes et des hommes à la coordination des projets déposés puis sélectionnés au sein des grands domaines scientifiques et en fonction des instruments de financement - hormis les PRCI qui ne sont pas pris en compte car les modalités d’évaluation diffèrent selon les accords bilatéraux.

Si la part des projets coordonnés par des femmes progresse globalement sur la période étudiée, certaines variations apparaissent d’une édition à l’autre, notamment en 2025 et dans certains instruments. Comment analyser ces fluctuations ?

L. G. : La part des projets portés par des femmes parmi les projets sélectionnés a progressé d’édition en édition, passant de 28,2 % en 2015 à 35,6 % en 2024. Mais, effectivement, en 2025, on enregistre une baisse du nombre de projets sélectionnés portés par des femmes avec un taux passant à 32,7 %.

Pour l’édition 2025, on observe notamment une baisse significative pour les instruments JCJC et PRC - respectivement 5,7 points et 4,1 points en moins par rapport à l’édition 2024. Cette baisse touche tous les domaines scientifiques. 

Nous nous devons de rester prudents et de ne pas tirer de conclusions hâtives quant à l’interprétation de cette baisse observée en 2025 et rester vigilants. Ces fluctuations soulignent l’importance de disposer de séries de données suivies dans le temps et de les analyser finement afin de mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre. Ces variations doivent donc être replacées dans une dynamique de long terme, marquée par des fluctuations annuelles mais sans rupture structurelle. Ainsi, l’année 2024 pourrait apparaître comme conjoncturellement plus favorable aux femmes, ce qui pourrait être une explication de la baisse en 2025.

Notre analyse montre toutefois que, malgré cette baisse de 5 points en 2025, le taux de succès des femmes n’a cessé de progresser en 10 ans. Il a dépassé ainsi pour la première fois le taux de succès des hommes en 2024 avec un taux de 26 % contre 24 % pour les hommes, après une phase de rapprochement progressif observée depuis 2015 et un équilibre atteint en 2022.

En revanche, la répartition des projets sélectionnés selon le genre reste globalement stable depuis plusieurs années, même si cette part reste toujours très inférieure à celle des hommes, autour d’un tiers de projets coordonnés par des femmes.

Notre analyse montre aussi une dynamique forte du côté des dépôts : depuis 2015, la part des projets déposés coordonnés par des femmes est en constante progression. En 2015, elle était de 29,3 % ; en 2025, elle est de 35, 9 % - soit 1,2 points de plus qu’en 2024. 

L’analyse met également en évidence des différences marquées selon les domaines scientifiques, avec une présence plus équilibrée dans certains champs comme les sciences humaines et sociales (49,4 % des projets déposés le sont par des coordinatrices), et plus faible dans d’autres, notamment le numérique et les mathématiques (où les femmes comptent pour 17,8 % des projets déposés). Ces différences sont en parfaite cohérence avec la réalité des effectifs de l’ensemble des communautés scientifiques françaises1. Autrement dit, la répartition des coordinations entre les femmes et les hommes dans l’AAPG se fait le miroir des répartitions femmes hommes dans les grands domaines scientifiques.

Quels enseignements peut-on tirer de cette analyse sur les profils des femmes et des hommes à la coordination des projets financés ?

L. G. : Les femmes et les hommes à la coordination de projets soutenus par l’ANR sont davantage des « chercheurs et chercheuses » (7 184 personnes) que des « enseignants-chercheurs et enseignantes-chercheuses » (5 244 personnes), ce qui témoigne d’une plus forte représentation des personnels rattachés à des organismes de recherche par rapport aux personnels universitaires. L’analyse des profils des coordinateurs et coordinatrices (statut, âge) sur la période 2015-2025 met en évidence des différences selon le genre et la position hiérarchique. Les hommes sont répartis de façon assez homogène entre les différents niveaux de carrière, tandis que les femmes sont plus nombreuses dans les postes intermédiaires, comme chargées de recherche et maîtresses de conférences, et moins présentes aux niveaux les plus élevés (directrices de recherche et professeures).

Concernant l’âge, c’est équilibré entre femmes et hommes : en moyenne 35 ans pour l’instrument JCJC ; 48 ans pour PRC ; 46 ans pour PRCE ; et 48 ans pour PRME. On observe donc que les femmes et les hommes sont financés à des âges à peu près équivalents avec toutefois une proportion de femmes plus importante dans la tranche d’âge 40-44 ans pour l’instrument JCJC, celles-ci pouvant être éligibles à cet instrument plus longtemps que les hommes au regard de la dérogation d’un an par enfant qui leur est accordée.

Plus largement, quelles actions l’ANR poursuit-elle aujourd’hui pour accompagner cette évolution, qu’il s’agisse de la composition des comités d’évaluation, de la sensibilisation aux biais ou de l’intégration de la dimension du genre dans la recherche ?

L. G. : Les communautés scientifiques sont de plus en plus sensibles et sensibilisées aux biais, individuels et collectifs, implicites ou explicites, qui persistent dans la recherche. Depuis 2017, l’ANR a inscrit l’égalité femmes-hommes parmi ses principes fondamentaux, notamment dans son plan d’action et sa charte révisée en 2018. Elle a défini cinq axes : promouvoir l’égalité professionnelle en interne, renforcer la parité dans les comités scientifiques, intégrer la dimension sexe/genre dans la recherche, sensibiliser et former aux biais et aux enjeux d’égalité, et valoriser les femmes scientifiques. En conformité avec l’accord relatif à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes dans la fonction publique de 2018 et à la loi de la transformation de la fonction publique de 2019, un premier plan d’action pour l’égalité femmes – hommes et la prise en compte du genre (2020-2023) a été mis en œuvre, aboutissant à l’obtention du label Égalité de l’Afnor en mai 2023. Ces actions se poursuivent avec un second plan (2024-2027), structuré autour de deux axes : renforcer l’égalité au sein de l’agence et l’intégrer davantage dans la recherche. Nous déployons aussi actuellement une formation spécifiquement dédiée aux biais dans l’évaluation, et notamment aux biais de genre, à destination des membres de comité d’évaluation.

Ces actions visent des objectifs communs : garantir une évaluation objective ainsi que l’équité de traitement des projets, et s’ouvrir à la diversité. Plus largement, il est important d’encourager la multiplication d’autres actions auprès des jeunes filles et ce dès le plus jeune âge, de les inciter à s’investir, à s’inscrire dans les filières scientifiques, de continuer à valoriser des parcours divers et diversifiés de femmes de science pour faire bouger les choses dans la durée.

Téléchargez le rapport ANR "Femmes et hommes de science - Évolution de la proportion des femmes et des hommes en coordination de projets - AAPG 2015 - 2025"

 

En savoir plus

Le genre à l’ANR

Le 2e Plan d'action pour l’égalité femmes-hommes et la prise en compte du genre (2024-2027)

La politique égalité de l'ANR

Retrouvez également les données sur le genre dans la coordination des projets de l’AAPG entre 2022 et 2025 sur data anr

A lire : "Le genre en recherche, évaluation et production des savoirs", coordonné par Laurence Guyard (ANR), Magalie Lesueur-Jannoyer (Cirad) et Angela Zeller, Éditions Quæ, 2024  

Les biais dans l’évaluation par les pairs

1 ESR : vers l’égalité femmes – hommes ? Chiffres clés, 2026 https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/sites/default/files/2026-03/vers-l-galit-femmes-hommes-chiffres-cl-s-2026-39611.pdf

Mis à jour le 30 avril 2026
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