Subversion immunitaire médiée par les protéines argonautes dans les macrophages infectés par Leishmania – ARGOLEISH
ArgoLeish exploite le parasite protozoaire Leishmania comme un modèle unique pour découvrir comment les agents pathogènes intracellulaires détournent les fonctions immunitaires innées des macrophages et favorisent leur propre survie en ciblant l’axe Argonaute/RISC/miARN de l’hôte. La force majeure de cette proposition réside dans l’expertise complémentaire des équipes allemandes et françaises, spécialisées respectivement dans la biologie des Argonautes et dans l’interaction Leishmania/macrophage. Leur collaboration a déjà produit des résultats préliminaires significatifs, publiés conjointement en prépublication sur bioRxiv.
Les protéines Argonaute (Ago) sont des régulateurs fondamentaux de l’expression génique chez les mammifères. En tant que composants clés du complexe de silençage induit par l’ARN (RISC), elles jouent un rôle central dans les fonctions des microARN (miARN), une classe d’ARN non codants qui régulent l’expression des gènes après la transcription en favorisant la dégradation des ARNm ou en inhibant la traduction des protéines. Une activité RISC déréglée est associée à diverses pathologies, y compris les infections microbiennes, faisant des miARN des cibles prometteuses pour des thérapies à base d’ARN. Cependant, la manière dont les microbes pathogènes exploitent l’axe Ago/RISC/miARN pour reprogrammer les cellules hôtes reste largement méconnue.
Sur la base de nos résultats robustes pré-publiés, nous émettons l’hypothèse que Leishmania exploite les complexes Ago2/RISC pour induire les modifications majeures observées dans les macrophages infectés, transformant ces cellules immunitaires innées hautement toxiques en usines métaboliques domestiquées qui favorisent l’infection chronique. Nous appliquerons une approche hautement pluridisciplinaire pour explorer cette hypothèse à travers deux objectifs : le premier sera d'évaluer les modifications induites par l’infection dans l’axe Ago2/RISC/miARN et d'analyser leur impact sur le phénotype des macrophages et la survie du parasite. Pour ce faire, nous combinerons des approches biochimiques, biologiques et génétiques basées sur la perte de fonction, avec des études d’infection in vitro et in vivo. Cela fournira des informations inédites sur la dynamique de la machinerie miARN de l’hôte et son détournement par la forme intracellulaire de Leishmania, tout en évaluant l’axe Ago2/RISC comme cible thérapeutique potentielle. Le deuxième sera de cartographier et de valider fonctionnellement les interactions miARN-ARNm dépendantes d’Ago2 lors de l’infection par Leishmania en utilisant le séquençage SLAM-seq sur cellule unique, l’immunoprécipitation et le crosslinking renforcé d’Ago2 (eCLIP), ainsi que la transfection de miARN mimétiques (agomirs, antagomirs). Cette approche permettra d’identifier de nouveaux mécanismes de subversion immunitaire des macrophages et d’évaluer des interactions non canoniques miARN-ARNm comme nouvelles cibles pour une intervention anti-leishmanienne dirigée contre l’hôte.
En conclusion, en exploitant l’expertise complémentaire de ses partenaires allemands et français, ArgoLeish produira des informations fonctionnelles inédites sur la boucle de rétroaction pathologique induite par le parasite, dépendante des miARN, et qui contribue ainsi à la persistance parasitaire. Notre projet établit un cadre expérimental novateur pour l’étude du contrôle de l’expression dépendant des miARN dans les interactions hôte-pathogène, en (i) fournissant un modèle puissant pour d’autres pathogènes intracellulaires ciblant les macrophages et provoquant de graves immunopathologies, telles que la tuberculose, la candidose, le SIDA ou la COVID, (ii) faisant progresser les connaissances au-delà des limites actuelles sur la subversion immunitaire des macrophages, et (iii) insufflant un nouvel élan au processus de découverte de médicaments anti-leishmaniens par ciblage de l’axe Ago/RISC/miARN pour une thérapie antimicrobienne dirigée contre l’hôte.
Coordination du projet
Gerald SPAETH (INSTITUT PASTEUR)
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Partenariat
University of Regensburg
IP INSTITUT PASTEUR
Aide de l'ANR 227 000 euros
Début et durée du projet scientifique :
février 2026
- 36 Mois