Co-innovation agroécologique pour favoriser une production maraîchère durable – AssoCultures
Les résultats seront obtenus grâce à une approche expérimentale et collaborative. Des ateliers réunissant scientifiques, maraîchers et jardiniers permettront de choisir une association de cultures pertinente, selon les critères exprimés par la diversité des acteurs présents. Les essais seront réalisés de façon participative par les jardiniers et maraîchers, et compareront des cultures séparées et cette culture associée afin d’évaluer leurs effets sur la croissance et les rendements. Des mesures régulières permettront de suivre le développement des plantes et d’identifier d’éventuelles interactions positives ou négatives, afin d’ajuster les pratiques si nécessaire.
En parallèle, l’étude du sol et des micro-organismes associés aux racines permettra de mieux comprendre les mécanismes en jeu. Des prélèvements seront réalisés au début et en fin culture pour analyser la diversité microbienne et son évolution selon les pratiques. Les propriétés du sol, comme sa composition en éléments nutritifs ou son acidité, seront également mesurées.
L’ensemble de ces données sera analysé pour relier les performances des cultures aux interactions entre plantes, sol et micro-organismes. Bien que centrés sur une seule association, les résultats permettront d’améliorer la compréhension générale de ces systèmes et d’orienter le choix d’autres combinaisons de cultures adaptées aux systèmes maraîchers durables.
Le projet a permis de structurer un réseau multiacteurs réunissant scientifiques, maraîchers, jardiniers et acteurs associatifs, ayant l’envie de travailler ensemble. Un dispositif expérimental visant à tester une association de cultures entre la tomate et le haricot a été co-conçu avec des membres de ce réseau (Figure 1). Ce dispositif a été mis en place par des dizaines de jardiniers et quelques maraîchers au cours de deux années d’expérimentation (2024 et 2025). Les rendements de la tomate sont semblables dans la culture pure et la culture associée alors que le rendement du haricot baisse lorsqu’il est associé à la tomate. Cependant, la combinaison du rendement des deux espèces dans la culture associée permet une meilleure productivité par unité de surface par le biais d’une densification des cultures et d’une intensification écologique. Nous avons d’ailleurs observé que cette densification menait à une réduction de l’enherbement dans la culture associée, relativement aux cultures pures.
Le microbiote bactérien et fongique du sol rhizosphérique et des racines de chaque espèce, et dans chaque condition de culture a été caractérisé. Les données de la saison 2024 nous indique qu’il y a des modifications significatives spécifiquement liées à la culture associée. Ces analyses sont toujours en cours pour déterminer plus finement la nature de ces modifications, et pour analyser les données de la saison 2025.
En finançant une expérimentation participative, ce projet a favorisé la structuration du réseau multiacteurs et la motivation des personnes le composant en rendant les choses concrètes. Ce réseau est à nouveau mobilisé pour la saison 2026 pour continuer ces expérimentations grâce à l’obtention d’autres sources de financement.
Les résultats produits au cours de ce projet ouvrent également à de nombreuses questions qui vont être approfondies. Par exemple, quelle est la stabilité des résultats obtenus sur plusieurs années, quelle est l’origine des changements de microbiote observé, est-ce que ces modifications changent la fonction du microbiote, est-ce que d’autres couples d’espèces produiraient des résultats semblables ?
Face aux changements globaux, le modèle agricole conventionnel est amené à évoluer pour réduire son impact environnemental et être plus résilient. Dans ce contexte, l’agroécologie offre un cadre conceptuel pour répondre à ces problématiques en remettant les régulations naturelles au cœur des systèmes agricoles, afin de faire bénéficier les agriculteurs et la société civile de leurs services écosystémiques, et donc améliorer la santé globale (one health). L’augmentation des rendements des cultures maraîchères et la régulation des bioagresseurs est ainsi possible grâce à la diversification végétale, telle que les Associations de Plantes Potagères (APP), testées de façon empirique dans les jardins et le secteur professionnel, particulièrement en Agriculture (péri)Urbaine (AU), mais pour lesquelles les données scientifiques sont rares. Pour développer durablement les APP, il est indispensable de réaliser des études scientifiques sur le terrain intégrant la complexité des processus socio-agronomiques en jeu. C’est pourquoi, en parallèle d’une cartographie des pratiques agroécologiques et de leurs motivations associées dans un panel de sites d’AU contrastés (exploitations maraîchères et jardins), le projet AssoCultures propose de réunir des acteurs professionnels, associatifs et académiques pour co-construire une expérimentation participative d’APP sur 2 ans. Le rendement et les composantes clés des socio-écosystèmes d’APP, seront évalués avec les maraîchers, jardiniers, entreprises et scientifiques de plusieurs disciplines engagés pour étudier l’APP sous ses multiples dimensions et co-construire des supports de communication pour informer le grand public et essaimer ces pratiques à d’autres sites.
Coordination du projet
Mathieu Hanemian (Laboratoire des Interactions Plantes Microbes Environnement)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
LIPME Laboratoire des Interactions Plantes Microbes Environnement
DyNAFOR Dynamiques et écologie des paysages agriforestiers
La Milpa La Milpa
Aide de l'ANR 149 547 euros
Début et durée du projet scientifique :
février 2024
- 24 Mois