SAPS-RA-AI - Science avec et pour la société –Ambitions innovantes 2023

Retours d'expériences – REX

REX

Retours d'expérience En mars 2011, avait lieu au Japon une triple catastrophe dont les échos se font encore sentir. Passé dans la généalogie des grandes catastrophes, destinées, comme celle de Tchernobyl, à marquer notre temps, cet événement a imposé, jusqu’à ce jour, des recalibrages majeurs de nos manières d’envisager les risques technologiques en les articulant aux mouvements de la planète et à son devenir. C’est à cette articulation que nous proposons de travailler.

Compter avec la Terre

En mars 2011, avait lieu au Japon une triple catastrophe – un tremblement de terre, un tsunami, un accident nucléaire majeur – dont les échos se font encore sentir. Passé dans la généalogie des grandes catastrophes, destinées, comme celle de Tchernobyl, à marquer notre temps, cet événement a imposé, jusqu’à ce jour, des recalibrages majeurs de nos manières d’envisager les risques technologiques en les articulant aux mouvements de la planète et à son devenir. Il va falloir compter avec la Terre, est la leçon que nous aimerions retenir de ce qui est arrivé au Japon – et c’est à cette articulation que nous proposons de travailler. Quelques mois après la catastrophe dite de Fukushima, le collectif hybride Call It Anything prenait forme, qui avait pour ambition de tenir ensemble les différentes facettes de l’événement catastrophique sans se soucier de linéariser les causes d’un côté et les effets de l’autre, les événements naturels d’un côté et les accidents industriels de l’autre. Fort d'années de travail et d'expériences collectives, le projet porte une triple ambition: 1/ La première concerne les questions qui peuvent aujourd’hui se poser, après toutes ces années qui nous séparent de l’évènement catastrophique. L’actualité française, en effet, impose de maintenir ouvertes les questions nucléaires tandis même que l’horizon réflexif tend à se refermer sur l’inéluctabilité des choix énergétiques qui semble atteindre son comble – en atteste par exemple le succès rencontré par les réflexions de Jean-Marc Jancovici. Tout se passe comme si, pour ce qui touche aux affaires nucléaires – et que celles-ci soient d’ordre civil ou militaire –, aucune alternative n’était réellement envisageable. Comment, partant des effets d’écho de la catastrophe japonaise et des retours d’expérience qui continuent, depuis lors, de déplacer sensiblement les savoirs tant dans le domaine du nucléaire que dans celui de la sismologie, maintenir la possibilité de penser encore ce qui se joue dans le nucléaire ? Comment nourrir des alternatives ? 2/ La deuxième ambition, liée à la première, porte sur les moyens à mobiliser qui permettraient de coller à ces objets que sont les infrastructures nucléaires : comment faire preuve d’exactitude à leur égard, et pour cela quels instruments forger, emprunter, inventer, et dans le cadre de quelles collaborations ? 3/ Enfin, troisième ambition : comment faire de la question d’apprendre d’une catastrophe nucléaire une question publique ? Quelle place faire aux publics au sein d’un tel processus ? Plus précisément, quel type d’adresse constituer : quels formats et quelles écritures élaborer, pour quelles présences, avec quelles matérialités, en vue de quels genres d’échanges, etc. ?

Le projet porte sur trois sites :1/ les 1000 kilomètres de côte pacifique, au Japon, touchés par la catastrophe, et qui joignent la zone accidentée de Fukushima et 2/ la commune de Rokkasho à l'extrême nord de l'île de Honshu, Japon, commune qui s'est construite comme l'un des pôles énergétiques majeurs du pays en couvrant l’ensemble du cycle du combustible nucléaire (usine d’enrichissement de l’uranium, centre de stockage des déchets radioactifs, centre de stockage «temporaire» de déchets radioactifs de haute activité et usine de retraitement des déchets nucléaires construite sur le modèle de l'usine dans La Hague); enfin 3/ La Hague même, dans le nord-Cotentin, qui cumule, de manière analogue, les infrastructures nucléaires de notre pays, et est par ailleurs embarquée aujourd'hui dans un grand projet de GéoParc conçu pour faire valoir les richesses géologiques de la région.

Sur la base de cette triangulation, nous proposons d'interroger l’itération de certains motifs, au premier rang desquels figurent la peur, la vulnérabilité, la sécurité – et la capacité pour les Etats d’anticiper le futur en produisant des « scenarii du pire » (worst-case scenarios) fiables et robustes susceptibles de déjouer des aléas à la fois techniques et naturels. Nous faisons l’hypothèse que ce qui est appelé, dans le jargon des process industriels, des "retours d’expérience" servent d’amorces empiriques aux scenarii du pire, qui désorientent le temps linéaire en faisant de l’après (l’après bombe atomique, l’après Fukushima…) un avant à partir duquel travailler, calibrer les infrastructures nucléaires, préparer les populations, etc. Notre ambition est, sur ces questions épineuses, de maintenir ouverte la question des choix énergétiques en sollicitant des publics variés de manière à faire proliférer d'autres scenarii.

Nous appelons séquence l’ouverture d’un temps lors duquel des personnes du collectif invitent et mobilisent d’autres personnes, chercheur.e.s, artistes, publics, à travailler à l’élaboration et la formulation de questions partageables. Deux séquences ont d’ores et déjà été identifiées qui ont en commun de rendre congruents et indissociables les éléments physiques, sociaux et culturels qui sont constitutives de ce qu’on peut appeler les expériences du nucléaire. La première porte sur l'histoire croisée entre nucléaire et sciences de la Terre; la seconde sur l'impact de la catastrophe de Fukushima sur les agendas français, japonais, relatifs aux infrastructures nucléaires.

Deux marches collectives au Japon seront réalisées. Deux ateliers dans La Hague ont été menés, en collaboration avec l'Ecole d'architecture de Versailles et le DnMade "Objet éditorial".

Notre programme de travail repose sur le constat qu’une série de disconnections structurelles impactent fortement les savoirs nucléaires et leur organisation : disconnection structurelle entre les sciences de la Terre et le nucléaire ; disconnection structurelle entre le nucléaire civil et le nucléaire militaire ; disconnection structurelle entre radioactivité naturelle et radioactivité Industrielle. Prenant acte de cette série de disjointements, nous souhaitons opposer, à partir des trois sites susmentionnés, une pratique de la continuité destinée à faire proliférer les questions plutôt qu’à les résoudre. Nous proposons de sortir du paradigme événementiel, dans lequel sont fréquemment saisies les catastrophes, pour inscrire la réflexion dans la longue durée et réinterroger ainsi les fondements des choix énergétiques, en construisant un champ de recherche ouvert où la question des formats (d’enquête, de collaboration, de production, de restitution) est reprise généreusement. Tout cela a pour objectif de mettre au travail l’anticipation de ce qui pourrait nous arriver un jour – sur un mode autre que celui qui sert à anticiper les gestions de risque. Comment et jusqu’où étendre le concernement ? Comment penser « dans les ruines d’une fable durable » ?

 

La marche sur ce sentier balisé le long de la côte japonaise touchée par le tsunami de 2011 a ouvert des perspectives de recherche et méthodologiques à propos desquelles nous allons continuer d'élaborer. En particulier, le mode d'enquête itinérant, en plus d'offrir une vue en continuité d'un territoire particulièrement abîmé et morcelé, est une manière d'accumuler des expériences et de faire des rencontres qui ont pour qualité d'être fugaces, hasardeuses, comme désintéressées (au contraire d'une méthode par entretien obtenu sur rendez-vous par exemple).

Tout à la fois pèlerinage et méthode de prévention (il est un lieu d'apprentissage des bons gestes à avoir pour les tsunamis à venir), le Michinoku Coastal Trail a également élaboré avec soin les étapes du parcours pour faire comprendre que le territoire qu’il couvre n’est pas fait que de la catastrophe, qu’il est aussi le lieu de richesses paysagères et culturelles dans lesquelles puiser pour la « relève », la "reconstruction", de la région tout entière. Ces propriétés ouvrent la réflexion sur l'entremêlement des dimensions qui font non seulement l'expérience paysagère mais aussi la mémoire post-catastrophe. La diversité des situations vécues, mises à niveau, déhiérarchisées par la marche même, invite également à développer des méthodes de restitution originales, susceptibles de conserver tous les points de passage sans les réduire, sans en escamoter.

En mars 2011, avait lieu au Japon une triple catastrophe – un tremblement de terre, un tsunami, un accident nucléaire majeur – dont les échos se font encore sentir. Passé dans la généalogie des grandes catastrophes, destinées, comme celle de Tchernobyl, à marquer notre temps, cet événement a imposé, jusqu’à ce jour, des recalibrages majeurs de nos manières d’envisager les risques technologiques en les articulant aux mouvements de la planète et à son devenir. C’est à cette articulation que nous proposons de travailler.
Fort d'un travail collectif engagé depuis 2012, le projet que nous soumettons aujourd’hui porte sur trois sites :1/ les 1000 kilomètres de côte pacifique, au Japon, touchés par la catastrophe, et qui joignent la zone accidentée de Fukushima et 2/ la commune de Rokkasho à l'extrême nord de l'île de Honshu, Japon, commune qui s'est construite comme l'un des pôles énergétiques majeurs du pays en couvrant l’ensemble du cycle du combustible nucléaire (usine d’enrichissement de l’uranium, centre de stockage des déchets radioactifs, centre de stockage «temporaire» de déchets radioactifs de haute activité et usine de retraitement des déchets nucléaires construite sur le modèle de l'usine dans La Hague); enfin 3/ La Hague même, dans le nord-Cotentin, qui cumule, de manière analogue, les infrastructures nucléaires de notre pays, et est par ailleurs embarquée aujourd'hui dans un grand projet de GéoParc conçu pour faire valoir les richesses géologiques de la région.
Sur la base de cette triangulation, nous proposons d'interroger l’itération de certains motifs, au premier rang desquels figurent la peur, la vulnérabilité, la sécurité – et la capacité pour les Etats d’anticiper le futur en produisant des « scenarii du pire » (worst-case scenarios) fiables et robustes susceptibles de déjouer des aléas à la fois techniques et naturels. Nous faisons l’hypothèse que ce qui est appelé, dans le jargon des process industriels, des "retours d’expérience" servent d’amorces empiriques aux scenarii du pire, qui désorientent le temps linéaire en faisant de l’après (l’après bombe atomique, l’après Fukushima…) un avant à partir duquel travailler, calibrer les infrastructures nucléaires, préparer les populations, etc. Notre ambition est, sur ces questions épineuses, de maintenir ouverte la question des choix énergétiques en sollicitant des publics variés de manière à faire proliférer d'autres scenarii.

Coordination du projet

Sophie Houdart (Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

LESC Laboratoire d'Ethnologie et de Sociologie Comparative
LGENS Laboratoire de Géologie
F93 CCSTI

Aide de l'ANR 146 921 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2024 - 24 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter