FRAL - Appel Franco-allemand en sciences humaines et sociales 2023

Un ciel toujours partagé ? Interdépendances et asymétries le long de l’ancienne frontière interallemande. – DIVSky

DivSky : Un ciel toujours partagé ?

Alors que des communautés villageoises voisines, autrefois séparées par la frontière intra-allemande, sont aujourd’hui reliées par un réseau dense de mobilités, partagent les mêmes lieux de travail ainsi qu’une même stabilité sociale et économique, elles ne coopèrent guère et ne nouent pas de liens sociaux profonds ni d’amitiés. Le projet vise à éclairer ce paradoxe en analysant les expériences de vie et les visions du monde de leurs habitant·es.

Trois disciplines pour comprendre les effets persistants de l'ancienne frontière interallemande

Le projet utilise la proximité spatiale des communautés villageoises le long de l’ancienne frontière interallemande pour poser la question des effets de la séparation des deux États allemands ainsi que des transformations multiples et souvent asymétriques qui ont accompagné la réunification des deux États allemands et qui sont encore effectives aujourd’hui.<br />Le choix de sites d'étude situés de part et d'autre de l'ancienne frontière permettra d'examiner les changements affectant tant l'Ouest que l'Est, et d'étudier de manière critique la nature des processus en cours depuis 1989, interprétés dans la littérature comme une « convergence », une « intégration » ou, plus récemment, une « co-transformation ». La décision de « revisiter » des villages qui ont déjà fait l’objet d’études dans les années 1990 ajoutera une dimension temporelle originale à nos analyses. <br />En nous appuyant sur trois approches disciplinaires (anthropologie sociale, sociologie et géographie) mises en œuvre sur les mêmes sites d'étude, nous examinons trois dimensions qui, selon nous, permettront d'éclairer et de mieux comprendre le phénomène de frontière fantôme qui semble caractériser ces espaces sociaux, malgré la disparition des barrières territoriales et économiques liées à l'ancienne frontière interallemande. Ces trois dimensions sont les suivantes : L'organisation de la vie sociale et le développement des liens sociaux, familiaux et intergénérationnels (WP2), l'ancrage territorial, les pratiques de mobilité et les aspects relationnels liés aux expériences éducatives et professionnelles (WP3), ainsi que les relations avec la politique et les formes d'engagement (WP4). Conformément à des considérations éthiques et de transfert, la valorisation (WP5) s'adressera à la fois au monde universitaire et aux sociétés locales, qui seront invitées à participer au tournage d'un film documentaire par une équipe professionnelle.

Nous mobilisons une approche ethnographique, complétée par des méthodes statistiques et cartographiques, pour retracer la dissolution et le dépassement des frontières, ainsi que leur réorganisation et leur redéfinition.
La proximité spatiale des villages dans lesquels nous enquêtons permet d’observer, à un grain très fin, tout ce qui rapproche désormais les communautés villageoises à l’Est et à l’Ouest de l’ancienne frontière (réseau dense de mobilités, bassins d’emploi partagés, dialecte commun et modes de vie similaires), mais aussi de repérer des asymétries qui témoignent des répercussions encore bien présentes des processus amorcés en 1990 au moment de la réunification et qui se manifestent à différents niveaux (comportements électoraux, organisation de la vie sociale et villageoise, pratiques intrafamiliales). Le choix de sites d’enquête répartis à différents points de l’ancienne frontière permet aussi de faire varier les configurations et paramètres locaux afin d’examiner, dans une perspective critique, la nature de ces asymétries et des processus qui les alimentent.

Dans cette première phase du projet, l’essentiel de nos activités a consisté à collecter des matériaux empiriques sur nos différents sites d’enquête. Cette collecte a été particulièrement active pour les deux doctorant·es recruté·es sur le projet. Judith Althaus effectue, depuis l’été 2025 un séjour de longue durée (11 mois) dans un village situé au nord de la Thuringe. Sa thèse, qui s’inscrit dans le champ de l’anthropologie sociale, s’intéresse aux rapports au futur qu’entretiennent les habitant·es de ce village anciennement frontalier. Elle s’appuie sur une immersion longue dans la communauté villageoise pour saisir les aspirations et les projections vers l’avenir de différentes générations qui ont, ou non, connu la séparation des deux Allemagnes. Le doctorant français, Hugo Zusslin, dont la thèse s’inscrit en sociologie, a opté pour une démarche plus comparative, qui le conduit à enquêter sur différents sites tout au long de l’ancienne frontière. Sa thèse porte sur les mobilités liées aux trajectoires de formation et d’emploi, et à la manière dont ces mobilités recomposent les ancrages territoriaux des habitant·es de part et d’autre de l’ancienne frontière. Procédant principalement par entretiens, il recueille des récits de vie centrés sur les expériences de formation et de travail. Si les villages constituent une porte d’entrée importante dans sa stratégie empirique, Hugo Zusslin enquête également au sein des entreprises présentes sur ces territoires anciennement frontaliers, ce qui lui permet d’interroger les dynamiques relationnelles sur les lieux de travail, ainsi que les enjeux liés au recrutement dans les différents bassins d’emploi, et de développer des analyses en prise directe avec le monde du travail.
Les autres chercheuses du projet ont également réalisé plusieurs missions de terrain qui ont permis d’avancer sur les autres thématiques placées au cœur du projet DivSky. Carolin Leutloff-Grandits aborde, dans une perspective anthropologique, la question des dynamiques démographiques et générationnelles, en travaillant sur les différentes formes d’attachement au territoire (personnes natives, récemment arrivées, revenues, etc.). Laure de Verdalle et Béatrice von Hirschhausen réfléchissent à la manière de traiter la question du rapport au politique, particulièrement sensible sur ces territoires au sein desquels le vote AfD atteint des scores élevés. Laure de Verdalle s’est aussi penchée sur les ancrages territoriaux des générations les plus jeunes, nées après la réunification. Joséphine Lécuyer et Hélène Roth se sont emparées des questions de développement local et de planification urbaine et régionale. Enfin Bastien Fond a commencé à travailler sur les controverses liées aux enjeux de transition énergétique lors d’un premier séjour en Thuringe.

En plus de la poursuite de la collecte de données et de l'analyse de ces premiers matériaux, la collaboration engagée avec Simon Brunel et Nicolas Pannetier de l'atelier Limo a permis la réalisation d’un court métrage d’animation de 4 minutes, didactique et accessible, que nous utilisons sur nos terrains d’enquête mais qui pourra aussi être mobilisé dans le cadre de nos communications académiques, et plus largement, dans la stratégie de valorisation du projet et de ses résultats. Une seconde réalisation, plus ambitieuse, est en cours de préparation. Il s’agit cette fois d’un format documentaire, qui repose sur le suivi, par Nicolas et Simon, de notre démarche de recherche et plus précisément de la manière dont Judith Althaus et Hugo Zusslin, en tant que doctorant·es, se confrontent au travail de terrain et aux enjeux de l’enquête ethnographique. Ce documentaire questionne nos pratiques de recherche, notre rapport aux enquêté·es, mais aussi l’impact local de notre présence et de nos questionnements répétés. La perspective adoptée consiste ainsi à interroger simultanément ce que le terrain fait à la recherche et ce que la recherche fait au terrain, à travers les expériences contrastées de Judith et Hugo.

PUBLICATIONS
1. Carolin Leutloff-Grandits, Laure de Verdalle, Béatrice von Hirschhausen, 2026, « Ein immer noch geteilter Himmel ? Alltag und Erinnerung im ehemaligen innerdeutschen Grenzraum », Politik & Kultur. Zeitschrift des Deutschen Kulturrates, n. 3/26.
2. Laure de Verdalle et Béatrice von Hirschhausen, 2025, « Mobilités, travail et sociabilités rurales sur l’ancienne frontière interallemande : Des rapports encore asymétriques au territoire », Formation emploi, n. 169, p. 53-71.
3. Laure de Verdalle et Béatrice von Hirschhausen, 2025, « ‘J’ai toujours voulu (re)voir mon clocher’. Logiques d’appartenance et attachement au territoire à l’Est de l’ancienne frontière interallemande », Géographie et cultures, n. 124, p. 101-120.
4. Hélène Roth, Joséphine Lécuyer, Béatrice von Hirschhausen (2025), « A l’Ouest, du nouveau. Continuités et recompositions des géographies partisanes en Allemagne », Métropolitiques, en ligne.

COMMUNICATIONS
1. Juin 2025 : présentation du projet DivSky par Caroline Leutloff-Grandits et Judith Althaus lors d’une journée porte ouverte à l’université Viadrina.
2. Juillet 2025 : participation de Carolin Leutloff-Grandits et Judith Althaus au workshop « Was uns bewegt – Ost, West und Wir in Frankfurt (Oder) », Friedenskirche Frankfurt (Oder).
3. Juillet 2025 : presentation par Laure de Verdalle et Béatrice von Hirschhausen au congrès de l’Association Française de Sociologie, « ‘Toujours consommer et toujours acheter, ce n’est pas notre genre’. Mise à distance de la société de consommation et défense de la ruralité à l’Est de l’ancienne frontière interallemande », Toulouse, université Jean Jaurès.

Alors que des sociétés villageoises voisines, autrefois séparées par la frontière interallemande, sont aujourd'hui reliées par un réseau dense de mobilités et partagent les mêmes bassins d’emploi et la même stabilité sociale et économique, il est frappant de constater qu'elles ne coopèrent guère au-delà du travail et ne nouent pas de liens sociaux profonds ou d'amitié. Ce projet vise à éclairer ce paradoxe en saisissant et en analysant les expériences de vie, les pratiques sociales et les visions du monde des habitant·es de l'ancienne zone frontalière, qui séparait deux États idéologiquement ennemis. Nous prenons ainsi appui sur la proximité spatiale des sociétés villageoises le long de l'ancienne frontière interallemande pour interroger les effets de la séparation des deux États allemands ainsi que les processus de transformation, multiples et souvent asymétriques, qui ont accompagné la Réunification et dont les répercussions opèrent encore aujourd'hui.
Le choix de trois sites d’enquête à cheval sur l'ancienne frontière permettra d'analyser les changements qui affectent à la fois l'Est et l'Ouest et de réexaminer, dans une perspective critique, la nature des processus en cours depuis 1989, interprétés dans la littérature tantôt en termes de « convergence », d’ « intégration » ou, plus récemment, de « co-transformation ». Le choix de « revisiter » des villages qui ont déjà fait l'objet de travaux de recherche dans les années 1990 confèrera une épaisseur temporelle originale à nos analyses.
Nous mobiliserons une démarche ethnographique, complétée par des méthodes statistiques et cartographiques, afin de retracer la dissolution et le franchissement des frontières, ainsi que leur réaffectation et leur redéfinition. Le croisement réfléchi de trois approches disciplinaires (anthropologie sociale, sociologie et géographie) appliquées aux mêmes sites d'enquête nous permettra d’explorer plus particulièrement trois dimensions qui viendront expliquer l'émergence d'une frontière fantôme entre ces espaces sociaux, en dépit de la disparition des obstacles territoriaux et économiques : l'organisation de leur vie sociale et l'évolution des liens sociaux, familiaux et intergénérationnels (WP2), les ancrages territoriaux, les pratiques de mobilité et les aspects relationnels liés aux expériences de formation et d'emploi (WP3) ainsi que les rapports au politique et les formes d'engagement (WP4). En accord avec des considérations éthiques et de transfert, la valorisation (WP5) s'adressera tant au milieu académique qu’aux sociétés locales, qui seront invitées à participer au tournage d'un documentaire réalisé par une équipe professionnelle.

Coordination du projet

Laure de Verdalle (Professions, institutions, temporalités)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

B/ORDERS IN MOTION Borders in Motion
PRINTEMPS Professions, institutions, temporalités
Géographie-cités Géographie-cités

Aide de l'ANR 473 943 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2024 - 36 Mois

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