Description de la syntaxe de la Langue des Signes Française et de son acquisition – SiLSA
(Dés)acquisition de la syntaxe des langues signées
Lorsqu’une prise en charge est nécessaire — qu’il s’agisse d’aider un enfant présentant un retard d’acquisition du langage ou une personne âgée ayant perdu des compétences linguistiques à la suite d’un AVC — la disponibilité d’outils diagnostiques et de données normatives est essentielle pour garantir une égalité d’accès aux soins. En Langue des Signes Française (LSF), de telles ressources demeurent rares, laissant les locuteurs sans soutien adapté. Ce projet se concentre sur l’aphasie et l’acqu
développer et tester des outils (i) de diagnostic des troubles du langage en langue des signes; (ii) de remédiation de l’anomie en LS; (iii) permettant d’étudier l’acquisition de la LSF.
Le projet SiLSA vise à combler trois lacunes majeures de la recherche et de la pratique clinique en Langue des Signes Française (LSF) : L’absence d’outils diagnostiques pour détecter les aphasies signées ; Le manque de connaissances sur l’acquisition typique de la syntaxe ; L’absence d’outils d’évaluation permettant d’identifier les retards ou atypies syntaxiques chez les enfants sourds. Les signeurs, qu’ils soient sourds ou entendants, peuvent développer des troubles acquis du langage à la suite d’un AVC, d’un traumatisme crânien ou d’une maladie neurodégénérative. Contrairement aux langues parlées, il n’existe pas encore d’outils standardisés pour diagnostiquer ces troubles en LSF, ce qui entraîne des diagnostics tardifs, des prises en charge inadaptées et une détérioration de la qualité de vie. Le développement d’outils d’évaluation fiables et culturellement adaptés est donc essentiel pour garantir une égalité d’accès aux soins. Objectif 1 – Détection et remédiation de l’aphasie en LSF SiLSA conçoit des outils cliniques de terrain pour identifier les aphasies en LSF et développe des stratégies de remédiation, notamment pour traiter l’anomie, symptôme fréquent des troubles aphasiques. Objectif 2 – Acquisition typique de la LSF L’étude de l’acquisition du langage chez les enfants sourds neurotypiques est complexe. Comme chez les enfants entendants, la compréhension de phrases complexes demeure difficile vers 6–7 ans, et seules 5 à 10 % des personnes sourdes sont des signeurs natifs exposés à la LSF dès la naissance. SiLSA analyse donc l’acquisition de la LSF à travers divers profils linguistiques (natifs, précoces, tardifs) reflétant la diversité réelle de la communauté sourde. Les enfants sourds étant souvent exposés simultanément à la langue vocale (via appareils auditifs, lecture labiale ou systèmes codés), leur développement est étudié dans le cadre plus large du bilinguisme en langue minoritaire. En parallèle, le projet évalue la maîtrise du français écrit, afin d’éviter tout biais oraliste et de se concentrer sur les compétences linguistiques authentiques. Objectif 3 – Création d’outils standardisés d’évaluation L’objectif final est de concevoir et valider une batterie d’évaluation standardisée permettant aux cliniciens et enseignants d’analyser le développement linguistique en LSF, d’identifier les retards éventuels et de proposer des interventions adaptées.
Deux batteries d’évaluation ont été développées pour la Langue des Signes Française (LSF).
Première batterie – LAST-LSF : amélioration du LAST-LSF (Daguerre, 2021), adapté du Language Screening Test (LAST ; Flamand-Roze, 2011). La collecte des données utilise un ordinateur (consignes signées), une feuille et un stylo, avec vidéoréflexion pour un scoring fiable. Elle comprend des tests de compréhension lexicale (4 items), exécution d’ordres (3 items), dénomination (5 items), production sérielle automatique (1 item), répétition lexicale (1 item) et répétition de phrases (1 item). Durée : ~2 minutes, offrant un aperçu rapide des compétences linguistiques post-AVC.
Seconde batterie – ALSFA : adaptation en LSF de l’ALISA (inspirée du BDAE ; Goodglass et al., 2001), utilisant la plateforme Sign-Hub pour tester en personne compréhension et production. Elle combine tâches linguistiques et non linguistiques (odd-one-out, répétitions pour apraxie). Durée : 45–60 minutes.
Les deux batteries sont testées auprès de signeurs sains (sourds, entendants, natifs, précoces ou tardifs, pratique régulière de la LSF ≥10 ans) et de participants aphasiques pour vérifier leur sensibilité au déficit linguistique.
En parallèle, deux approches thérapeutiques sont évaluées : Phonological Component Analysis (PCA) adapté à la LSF et Semantic Feature Analysis (SFA) en cours d’adaptation. La validation repose sur un design en cas unique, compte tenu de la rareté des aphasiques LSF.
Objectifs 2 et 3 : développement d’une batterie de 45 minutes pour évaluer la compréhension des enfants sourds sur : items lexicaux, questions wh sujet/objet, et phrases relatives sujet/objet (tâches correspondance phrase-image). La batterie est prête ; les contacts avec institutions et écoles sourdes sont établis et nous attendons l’accord des parents pour débuter la collecte des données.
Les batteries LAST-LSF et ALSFA sont actuellement en cours d’évaluation. À ce jour, les données ont été collectées auprès de 32 participants sains et de 6 participants présentant des troubles du langage. Notre objectif est d’atteindre un échantillon normatif de 60 à 70 signeurs sains, en assurant une représentation équilibrée des sourds et des entendants, tout en tenant compte de la diversité des profils linguistiques (exposition native, précoce ou tardive à la LSF).
Grâce à notre collaboration avec l’équipe italienne développant la batterie ALISA, un accord a été conclu pour inclure une version LSF dans leur application tablette conviviale, initialement conçue pour la Langue des Signes Italienne (LIS). Ce partenariat permettra, d’ici la fin du projet, de disposer d’un outil numérique cliniquement déployable, facilitant le transfert des résultats de recherche vers les milieux cliniques et hospitaliers.
Le Phonological Component Analysis (PCA) adapté à la LSF a été administré à trois patients aphasiques (deux bilingues bimodaux entendants – enfants de parents sourds, exposés à la LSF dès la naissance – et un signeur sourd précoce). Les analyses visuelles, l’estimation de l’effet et les tests de McNemar indiquent que le PCA améliore les performances en dénomination, selon le profil du participant.
Le Semantic Feature Analysis (SFA) est actuellement administré à un signeur aphasique présentant une anomie légère à modérée. D’autres participants sont recrutés afin de valider et renforcer ces premiers résultats.
Concernant l’acquisition du langage, nous avons établi des partenariats avec quatre institutions/écoles pour enfants sourds (Noisy-le-Grand, Chambéry, Lyon et Lille). La batterie d’évaluation est prête à être administrée, et la collecte des données commencera dès que les consentements parentaux et les formulaires de métadonnées seront remplis et retournés.
L’un des principaux atouts de ce projet réside dans son approche à la fois globale et pionnière de l’évaluation et de la rééducation des troubles du langage chez les utilisateurs de langues des signes. À notre connaissance, il s’agit de la première initiative visant à développer, adapter et valider à la fois des batteries diagnostiques et des outils thérapeutiques en Langue des Signes Française (LSF), en s’appuyant sur de solides collaborations internationales, notamment avec les équipes travaillant sur la Langue des Signes Italienne (LIS) et sur les aphasies en langues vocales.
L’intégration de ces outils au sein de la plateforme numérique Sign-Hub, ainsi que leur future disponibilité via une application tablette conviviale, garantit un transfert direct et durable des résultats de la recherche vers la pratique clinique. Cette interface numérique permettra aux cliniciens et chercheurs d’administrer des évaluations standardisées, accessibles et fondées sur des principes linguistiques, dans des contextes de soins réels.
Au-delà des applications cliniques, la composante développementale du projet, centrée sur l’acquisition du langage chez les enfants sourds, constitue une avancée majeure pour la compréhension de la diversité des trajectoires développementales en langue des signes. Les données recueillies fourniront des référentiels précieux pour la recherche et l’éducation au sein de la communauté sourde.
À plus long terme, ce projet ouvre la voie à des comparaisons multilingues et multimodales entre langues signées et langues parlées, en vue de la création d’un cadre européen pour l’évaluation et la prise en charge des aphasies en langue des signes.
Ce projet vise à combler les lacunes dans la description de la syntaxe de la Langue des Signes Française (LSF) et de son acquisition (SiLSA). La 1ère étape nécessaire dans cette direction est descriptive, car peu de travaux sont disponibles à propos de la syntaxe de la LSF, et en particulier en matière de subordonnées (phrases relatives, complétives et circonstancielles). La 2ème étape consiste à étudier l'acquisition de ces structures en LSF, à travers la variété de profils linguistiques qui existe chez les enfants sourds. Les enfants sourds viennent aux langues signées à des âges variés, par le biais de la famille (5-10%), d'institutions ou d'associations. Les conséquences sur leur maîtrise de la langue d’un âge d’acquisition tardif perdurent à l'âge adulte, notamment face à des subordonnées (Boudreault & Mayberry 2006). Nous nous attendons à ce que le schéma d'acquisition de ces dernières varie selon que les enfants sont natifs (nés de parents sourds), précoces (exposés avant 6 ans) ou tardifs (exposés après 6 ans).
Les enfants sourds sont également exposés à la langue parlée environnante. De fait, l'évaluation de leur développement linguistique doit être considérée dans le domaine de la diglossie qui s’intéresse aux enfants dont la première langue est différente de la langue de la communauté dans laquelle ils vivent (Cummins, 1976). Ainsi, la 3ème étape de SiLSA doit évaluer la compétence linguistique en français écrit. Une batterie parallèle à celle développée pour la LSF sera administrée aux enfants plus âgés (de 8 à 10 ans) pour voir si une différence peut être trouvée entre les modalités. Les tests seront effectués dans deux types d'institutions : des écoles oralistes et des écoles bilingues LSF-français.
En plus de nous aider à révéler le schéma d'acquisition des deux langues chez les enfants sourds, les résultats de notre recherche auront un impact plus large quant aux options pédagogiques plus adaptées à l'éducation des sourds, en français comme en LSF.
Coordination du projet
Charlotte HAUSER (Structures formelles du langage)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
SFL Structures formelles du langage
Aide de l'ANR 285 626 euros
Début et durée du projet scientifique :
octobre 2023
- 48 Mois