Les économies méditerranéennes à la fin du Moyen Âge (1350-1500) : crises, reconstructions, restructurations – ECOMED
ECOMED : Les économies méditerranéennes à la fin du Moyen Âge (1350-1500) : crises, reconstructions, restructurations
ECOMED réexamine les économies méditerranéennes dans leur globalité, de la peste noire aux grandes découvertes. La combinaison des proxies paléoenvironnementaux, du matériel archéologique et des archives offre une approche interdisciplinaire. Les historiographies des mondes latins, islamiques et byzantin dialoguent pour faire l’inventaire des différences. En abordant plusieurs thématiques, ECOMED offrira une synthèse à l’échelle de toute la Méditerranée en identifiant les rythmes régionaux.
Repenser les recompositions économiques en Méditerranée de la peste noire aux grandes découvertes
Le projet ECOMED (Économies de la Méditerranée à la fin du Moyen Âge, 1350-1500) rassemble une quarantaine de chercheurs titulaires provenant d’Espagne, de France, d’Italie et de Grèce, spécialisés dans l’étude des mondes méditerranéens et intéressés par les questions liées à l’interculturalité comme à l’interconnexion entre sociétés différentes. Il part du constat d’une divergence entre les historiographies concernant l’Europe du Nord et celle de la Méditerranée, les premières s’appuyant sur un faisceau de recherches portant sur le climat, les incidences de la peste et la conjoncture économique qui font encore assez largement défaut pour l’espace méditerranéen. Celui-ci est considéré par le projet comme un espace unique où les questions se posent de la même manière. L’hétérogénéité du régime documentaire des mondes byzantin, musulman et chrétien a donné naissance à des historiographies très différentes, bien que les problèmes rencontrés soient analogues : la présence et la récurrence de la peste, la multiplication des disettes et des famines dans un climat devenu instable et tendant à être plus humide et plus froid au début du « petit âge glaciaire », l’instabilité politique qui se manifeste par des guerres incessantes et dévastatrices et des recompositions étatiques constituent des données de fait communes à l’ensemble du bassin. La pertinence d’une divergence au XVe siècle entre Sud et Nord doit être examinée, de même que doivent être examinées les différences entre Est et Ouest et les recompositions territoriales internes alors que tout montre aussi des pratiques favorisant l’interculturalité entre mondes musulman et chrétien. Le projet ECOMED étudiera les défis environnementaux rencontrés de part et d’autre de la mer ; les productions agricoles et artisanales ; l’utilisation des matières premières et la circulation des marchandises ; les institutions et les conflits structurant la période et la zone ; il s’intéressera enfin à la mobilité sociale et à la croissance.
L’approche d’ECOMED consiste à décloisonner les disciplines, les historiographies et les aires géographiques, par des approches complémentaires : un inventaire sous forme de base de données en open access et des ouvrages de synthèse.
1) Le socle consiste en l’élaboration d’une typologie et d’une cartographie des archives écrites et des vestiges archéologiques des trois aires géographiques en Méditerranée de 1350 à 1500, sous forme d’une base de données bibliographiques, historiques et archéologiques couvrant l’ensemble des thématiques considérées. Cette dernière sera accessible en ligne, ouverte et collaborative, conçue à la fois pour une consultation manuelle et pour l’export et le traitement de jeux de données par requêtes. Elle se décline en deux sous-ensembles articulés, conçus et alimentés par les 2 postdocs d’ECOMED. D’une part, une base bibliographique thématique réalisée avec ZoteroGroup et alimentée durant toute la durée du projet. Elle contient actuellement 2630 références. D’autre part, une base de données historiques et archéologiques, relationnelle et géoréférencée, réalisée avec Heurist. Celle-ci vise à compiler, structurer et mettre en relation des indicateurs particulièrement significatifs et discriminants, afin d’interroger de dégager des corrélations structurantes. Son architecture repose sur une collection de lieux (régions et localités, superposables), caractérisés selon une nomenclature contrainte et par des variables uniformisées. À ces « briques » de lieux s’ajoutent des briques permettant de décrire des phénomènes relationnels ou transversaux (circulations et traités commerciaux, productions et circulations monétaires, troubles et conflits, etc.).
De la sorte, on disposera à terme d’un recensement critique des sources et des données, des méthodologies et des chantiers à mener sur une base interdisciplinaire.
2) Le second pilier repose sur des synthèses collectives portant sur les cinq thématiques principales (Work Package = WP) d’ECOMED : WP1 – La typologie des sources ; WP2 – Défi environnemental et résilience sociale ; WP3 – Productions et marchés : intensification et diversification des ressources ; WP4 – L’adaptation des États face aux crises ; WP5 – Des sociétés qui s’adaptent et se recomposent. Chaque WP fait l’objet d’un Workshop en fin d’année universitaire. Alimenté par les fiches de la base de données et par la compilation de l’historiographie sur une base régionale, un binôme de chercheurs – l’un travaillant sur les Latins, l’autre sur les mondes byzantin ou musulman – est chargé de livrer une première synthèse. Cette version, discutée en séance puis complétée, est ensuite finalisée lors d’un atelier d’écriture et constituera un chapitre d’ouvrage de synthèse. Une attention particulière est portée à certaines régions (Maghreb, Egypte, Balkans, Italie communale, Couronne d’Aragon, Provence et Languedoc). Fonctionner de la sorte à quatre reprises permet de préparer deux ouvrages.
Les livrables prévus sont une base de données géolocalisée en open access, deux ouvrages de synthèse et deux actes de colloque sur des aspects plus ponctuels.
Une réflexion sur les données et sur la méthodologie a été menée lors de la réunion de lancement (Milan, juin 2024, ecomed.hypotheses.org/274). Les thématiques transversales du WP2 (défi environnemental et résilience sociale) ont été abordées lors d’une rencontre à Madrid (avril 2025 ; ecomed.hypotheses.org/366) puis d’un atelier d’écriture (13-14 octobre 2025). Elles ont constitué un défi historiographique et méthodologique car aucune synthèse récente n’existe sur les évolutions démographiques et environnementales de la fin du Moyen Âge à l’échelle du bassin méditerranéen. Une troisième rencontre à Saragosse (WP3, 1-4 juin 2026) et une autre à Aubervilliers (sur le Midi de la France entre 1350 et 1500, 3-5 novembre 2026) sont prévues.
Le travail collaboratif de collecte et de saisie dans la base de données a progressé (https://ecomed.hypotheses.org/600). En effet, la base de données d’ECOMED contient, au 1er avril 2026, près de 7000 données, pour près de 873 localités. Il s’agit surtout d’estimations démographiques, d’épisodes épidémiques et de famines. Leur traitement statistique et cartographique met en évidence la complexité des évolutions du peuplement dans le monde méditerranéen à la fin du Moyen Âge. Ces premiers jeux de données confirment les difficultés méthodologiques soulevés par le projet ECOMED. Tributaires de la littérature scientifique et des sources existantes, ils illustrent la grande hétérogénéité des données disponibles : 1) sur le plan spatial car les données abondantes en Occident sont moins nombreuses pour les Balkans, l’Anatolie et le Levant, voire rares pour l’Égypte et le Maghreb ; 2) sur le plan chronologique car le XIVe et la première moitié du XVe siècle sont moins fournis pour la Méditerranée orientale ; 3) en fonction de la typologie de la documentation disponible, en raison des difficultés d’interprétation des defters ottomans et du manque de données quantitatives au Maghreb, alors que la documentation sérielle occidentale permet des estimations relativement fiables.
Les données paléoclimatiques et sismiques sont d’une granularité différente et inégalement réparties, en raison d’une accessibilité différentielle aux terrains et aux équipements de recherche. Si de profond renouvellements sont en cours, l’Afrique du nord et une partie du Levant sont largement sous-représentés. En avril 2025, le dépouillement des catalogues disponibles permettait de localiser plus de 950 évènements sismiques (1325-1525). Ces données posent aussi la question de la difficile articulation entre des informations ponctuelles tirées des sources archivistiques (l’enquête d’ECOMED couvre moins de deux siècles) et le temps plus long de la documentation archéologique ou géologiques (certaines données paléoclimatiques se situent à l’échelle du millénaire).
La rencontre sur le WP3 aura lieu à Saragosse (1-4/06/2026) et celles des WP4 (2027) et des WP5 (2028) sont prévues.
Cependant, nous avons souhaité redéployer les forces pour ajouter deux manifestations scientifiques, dont la codirection scientifique a été confiée à chacun des postdoctorants engagés par ECOMED. Tout d’abord, face au dynamisme de l’histoire économique italienne et espagnole, il est apparu nécessaire de rendre plus visible les travaux effectués par les jeunes chercheurs. C’est pourquoi nous avons souhaité rassembler les docteures et docteurs des 15 dernières années ayant travaillé sur le Midi de la France entre 1350 et 1500, afin qu’ils présentent leurs travaux et les discutent avec des chercheurs plus chevronnés (3-5/11/2026). La publication des actes issu de ce colloque est prévue.
Ensuite, la question des circulations monétaires est apparue comme un domaine fécond, permettant de croiser les apports la documentation archivistique et archéologique. En effet, l’abondance de données monétaires en contexte archéologique (trésors et découvertes ponctuelles), le renouveau des travaux sur les mines de métaux précieux et sur les ateliers monétaires incite à regrouper des informations encore disparates au sein d’une base de données qui permettrait de dresser des synthèses régionales et d’esquisser un tableau des circulations de monnaies et métaux précises dans l’ensemble de la Méditerranée (1-3 février 2027). On envisage alors de déterminer l’échelle de circulation des types de monnaies en faisant dialoguer des historiographies cloisonnées. La rencontre donnera lieu à une sous-base de données consacrées aux monnaies retrouvées en Méditerranée, aux sites d’extraction et de transformation des minerais (l’argent notamment), et aux ateliers monétaires en activité au cours des XIVe et XVe siècles. L’édition des actes de la rencontre programmée en 2027 est d’ores et déjà envisagée. Ainsi, on espère renouveler la question de la circulation des métaux et des monnaies, ainsi que des épisodes de famine monétaire, de leur origine (pénurie de matériaux, insuffisance de l’État) et de leur conséquences (chertés, ralentissement des échanges, spéculation, etc.).
Par ailleurs, avec la tenue du colloque pour le WP5 à l’automne 2028, le dernier livrable sera finalisé après la clôture de cet ANR et ses résultats devraient être soumis pour évaluation aux Publications de l’EFR.
Dans le prolongement de nos travaux collectifs, plusieurs pistes peuvent être envisagées, en fonction de l’état des forces disponible. Un dépôt ERC serait sans doute complexe à réaliser dans la mesure où l’instrument PRC ne permet pas de bénéficier des financements tremplins sans nouvelle évaluation. En revanche, le nouveau contrat quinquennal de l’EFR (2029-2034) et le contrat triennal de la Casa de Velazquez (2029-2034) pourraient permettre de déposer une proposition de programme structurant, qui permettrait sans doute de mieux comparer certaines des régions les mieux documentées.
Le projet ECOMED (Économies de la Méditerranée à la fin du Moyen Âge, 1350-1500) rassemble 41 chercheurs titulaires provenant d’Espagne, de France, d’Italie et de Grèce, spécialisés dans l’étude des mondes méditerranéens et intéressés par les questions liées à l’interculturalité comme à l’interconnexion entre sociétés différentes. Il part du constat d’une divergence entre les historiographies concernant l’Europe du Nord et celle de la Méditerranée, les premières s’appuyant sur un faisceau de recherches portant sur le climat, les incidences de la peste et la conjoncture économique qui font encore assez largement défaut pour l’espace méditerranéen.
Celui-ci est considéré par le projet comme un espace unique où les questions se posent de la même manière. L’hétérogénéité du régime documentaire des mondes byzantin, musulman et chrétien a donné naissance à des historiographies très différentes, bien que les problèmes rencontrés soient analogues : la présence et la récurrence de la peste, la multiplication des disettes et des famines dans un climat devenu instable et tendant à être plus humide et plus froid au début du « petit âge glaciaire », l’instabilité politique qui se manifeste par des guerres incessantes et dévastatrices et des recompositions étatiques constituent des données de fait communes à l’ensemble du bassin.
La pertinence d’une divergence au XVe siècle entre Sud et Nord doit être examinée, de même que doivent être examinées les différences entre Est et Ouest et les recompositions territoriales internes alors que tout montre aussi des pratiques favorisant l’interculturalité entre mondes musulman et chrétien. Le projet ECOMED étudiera les défis environnementaux rencontrés de part et d’autre de la mer ; les productions agricoles et artisanales ; l’utilisation des matières premières et la circulation des marchandises ; les institutions et les conflits structurant la période et la zone ; il s’intéressera enfin à la mobilité sociale et à la croissance.
Coordination du projet
Cédric Quertier (Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Università degli Studi di Milano. La Statale
Universidad de Zaragoza
Università degli Studi di Cagliari - Dipartimento di Lettere, Lingue e Beni Culturali
Consejo Superior de Investigaciones Científicas
Universitat de Barcelona
Universitat de Lleida
Università Roma 2 – Tor Vergata
IREMAM Institut de recherches et d'études sur les mondes arabes et musulmans
TELEMME Temps, espaces, langages europe méridionale méditerranée
LAMOP Laboratoire de médiévistique occidentale de Paris
OMTAH Orient et Méditerranée, textes - archéologie - histoire
Aide de l'ANR 655 462 euros
Début et durée du projet scientifique :
mars 2024
- 48 Mois