CE01 - Terre solide et enveloppes fluides 2023

Eau caché et érosion du paysage – HiLandEr

Eau caché et érosion du paysage

Les inondations catastrophiques survenues dans les bassins versants des hautes terres de la rivière Ahr, en Allemagne, au cours de l'été 2021, ont montré l'impact que le changement climatique pourrait avoir sur les paysages européens. Un élément clé de l'hydro-sédimentologie est la répartition du flux d'eau entre les eaux de surface et les eaux souterraines. Les voies d'eau contrôlent le débit des eaux de surface et la libération des sédiments. Dans ce projet, nous réunissons une équipe interdis

Selon le rapport 2018 du GIEC, les inondations catastrophiques et les sécheresses prolongées vont se multiplier. On ne sait pas encore comment ce changement influencera les voies d'écoulement et la production de sédiments dans les bassins versants des grands fleuves lors des extrêmes hydrologiques. Le stockage souterrain de l'eau et ses voies d'écoulement dans la zone critique constituent un élément crucial de l'acheminement de l'écoulement et de son impact érosif sur les paysages. La zone critique est définie comme la partie supérieure de la subsurface où l'eau, les roches et les gaz interagissent. Si l'eau présente dans la subsurface ne contribue pas directement à l'érosion locale, elle entraîne une réponse hydraulique rapide dans le réseau hydrographique plus large, avec des conséquences sur l'incision, l'érosion des berges et l'augmentation des capacités de transport. Le défi consiste à observer et à prévoir les changements dans les quantités et les flux d'eau de subsurface. Nous proposons d'explorer cet important compartiment caché de l'eau sous deux angles complémentaires : par des mesures réparties dans l'espace (surmontant les limites des mesures ponctuelles actuelles) et par une modélisation à l'échelle du paysage (surmontant les simplifications excessives des modèles actuels). Nous nous concentrons sur un bassin versant typique des hautes terres : la haute vallée de l'Ahr, en Allemagne, afin de comprendre comment le stockage et la libération de l'eau dans la zone critique influencent le débit et le transport des sédiments. Dans les bassins versants de montagne, la relation entre les précipitations, le ruissellement et la production de sédiments est complexe. Cette complexité est en partie due à la façon dont l'eau traverse la zone critique. Ici, la partie la plus pertinente de la zone critique est la zone partiellement saturée entre la roche mère et la surface du sol. Des données provenant de bassins versants à différentes échelles suggèrent que les eaux souterraines jouent un rôle dans la limitation ou l'augmentation du ruissellement et de la production de sédiments. Pour comprendre l'impact de la zone critique sur la réponse hydro-sédimentaire des bassins versants des hautes terres, dans ce projet HiLandEr, nous étudierons conjointement les eaux souterraines et la dynamique fluviale en utilisant la sismologie passive et la chimie de l'eau pour dresser un tableau des voies d'écoulement souterraines et des quantités. En parallèle, nous développerons des méthodes pour modéliser numériquement l'hydrologie et la production de sédiments du système. Ce projet de recherche permettra d'améliorer l'anticipation des inondations, de mieux comprendre les points de rupture hydrauliques (déclenchement de l'écoulement de surface et de l'érosion), et de comprendre la réponse future de la zone critique au changement climatique.

Les principaux objectifs de ce projet sont d'observer et de surveiller les voies d'écoulement de l'eau et de développer des techniques pour modéliser l'érosion du paysage. Il existe deux techniques d'observation principales :

 

1. Sismologie environnementale : La corrélation croisée des signaux sismiques diffus permet d'estimer la saturation en eau du sous-sol. En s'appuyant sur des études de validation existantes, des géophones ont été déployés dans deux sous-bassins versants de l'Ahr (Michealsbach et Huhnenbach). Nous les utiliserons pour explorer l'étendue spatiale de la surveillance continue dans le temps de la saturation de la subsurface et relierons ces informations aux jauges de cours d'eau qui ont été déployées dans les mêmes sous-bassins versants.

 

Les géophones enregistreront également le mouvement des gros grains de sédiments (graviers) le long du lit du cours d'eau. Le signal sera combiné avec les mesures de turbidité effectuées par les turbidimètres déployés dans les sous-bassins versants afin de mesurer l'exportation de sédiments en fonction des voies d'accès à l'eau.

 

2. Chimie de l'eau : La chimie de l'eau des sources cartographiées dans les sous-bassins versants sera analysée pour les gaz traces, les isotopes de l'oxygène et de l'hydrogène afin de donner une indication de l'âge des eaux souterraines. Cette analyse, ainsi que celle des éléments majeurs et des propriétés physiques de l'eau, permettra de caractériser les voies de passage de l'eau dans le sol, les roches altérées et les aquifères rocheux fracturés.

 

En nous appuyant sur les observations de terrain, nous développerons des modèles de complexité réduite capables de capturer les voies d'écoulement de l'eau. Il est essentiel de trouver une méthode simple pour saisir la relation entre les eaux de surface et les eaux souterraines, et l'acheminement des précipitations vers les cours d'eau.

À mi-parcours de ce projet triennal, les résultats préliminaires issus des techniques d'observation sont présentés ci-dessous :

 

1. Sismologie environnementale :

Cinq stations sismiques ont été analysées afin de fournir des observations préliminaires sur les changements de saturation du sous-sol dans le bassin versant de Huhnenbach. Il apparaît que, d'une manière générale, l'évolution de la vitesse sismique déduite suggère une augmentation de la saturation pendant les mois d'hiver et un assèchement pendant l'été (illustration 1). La situation est toutefois plus complexe à plus court terme, avec des périodes de mouillage non corrélées au sommet des crêtes et d'assèchement au fond des vallées. Cela pourrait être lié à la compartimentation du système aquifère, avec un stockage temporaire dans des systèmes perchés au sommet des crêtes. Les comparaisons entre les stations indiquent une réaction non linéaire de la teneur en eau des versants aux précipitations.

 

2. Chimie de l'eau :

Les oligo-éléments provenant des sources de Huhnenbach et Michelsbach donnent deux âges maximaux pour l'eau, une eau jeune qui a un temps de séjour dans le sous-sol de 2 à 3 ans, et une eau plus ancienne qui a un âge de l'ordre de 10 ans. Cependant, les eaux souterraines directement accessibles par des puits suggèrent des temps de séjour pouvant atteindre plusieurs centaines d'années.

 

Les propriétés physiques de l'eau de source ont été échantillonnées pendant les périodes de débit élevé et faible. La conductivité et la saturation en oxygène, ainsi que les temps de séjour, suggèrent que le système d'eau souterraine fonctionne à travers au moins deux compartiments : un système réactif peu profond à écoulement rapide dans la couche arable et la zone d'altération moderne, et un second système d'eau souterraine plus profond dans le substrat rocheux fracturé.

 

Modélisation numérique :

Nous avons adopté deux approches pour tester l'hypothèse fondée sur les observations : (1) un modèle en coupe transversale 2D pour explorer le fonctionnement de la compartimentation des systèmes d'eaux souterraines, et (2) un modèle d'écoulement de surface 2D pour intégrer la recharge des eaux souterraines avec l'écoulement de surface des eaux de surface et le rejet de sédiments provenant de l'érosion. En bref, le modèle en coupe transversale suggère que les voies d'écoulement des eaux souterraines sont dominées par des voies peu profondes situées à l'intérieur et juste en dessous de la couche de roche altérée (15 m supérieurs ; voir illustration 2). Le modèle d'écoulement de surface est encore en cours d'élaboration, mais les premiers tests ont révélé un problème imprévu et intéressant : les infrastructures de drainage agricole ont considérablement modifié les voies d'érosion et de transport des sédiments (illustration 3).

Le projet fait le lien entre les domaines scientifiques, notamment l'hydrologie, l'hydrogéologie, la géomorphologie, la géochimie et la sédimentologie, afin de comprendre l'impact de la subsurface sur l'érosion et la production de sédiments. En franchissant ces frontières artificielles, nous apportons une valeur ajoutée en faisant progresser notre compréhension de la gamme de réponses d'un paysage, afin de conseiller les décideurs politiques sur la manière de réduire les effets sociétaux des inondations catastrophiques. Notre objectif est de fusionner les observations et la modélisation dans le cadre d'un effort plus large de la communauté des chercheurs en matière de « moulage de la terre », où nous pouvons commencer à prédire comment le paysage réagira aux chocs futurs.

 

La combinaison de l'hydrologie des zones critiques et de la modélisation de l'évolution du paysage permettra de comprendre directement les causes de l'érosion importante lors des fortes précipitations. Ces connaissances permettront d'anticiper plus précisément l'impact des futurs événements pluvieux.

Résumé de soumission

Selon le rapport 2018 du GIEC, les inondations catastrophiques et les sécheresses prolongées vont se multiplier. On ne sait pas encore comment ce changement influencera les voies d'écoulement et la production de sédiments dans les bassins versants des grands fleuves lors des extrêmes hydrologiques. Le stockage souterrain de l'eau et ses voies d'écoulement dans la zone critique constituent un élément crucial de l'acheminement des débits et de leur impact érosif sur les paysages. Alors que l'eau dans la subsurface ne contribuera pas directement à l'érosion locale, elle conduira à une réponse hydraulique rapide dans le réseau de drainage plus large, avec des conséquences associées sur l'incision, l'érosion des berges et l'augmentation des capacités de transport. Le défi consiste à observer et à prévoir les changements dans les quantités et les flux d'eau de subsurface. Nous proposons d'explorer cet important compartiment caché de l'eau sous deux angles complémentaires : par des mesures réparties dans l'espace (surmontant les limites des mesures ponctuelles actuelles) et par une modélisation à l'échelle du paysage (surmontant les simplifications excessives des modèles actuels). En nous appuyant sur l'infrastructure existante dans la région de l'Eifel, en Allemagne, nous prévoyons de nous concentrer sur un bassin versant de la haute vallée de l'Ahr, afin de comprendre comment le stockage et la libération de l'eau dans la zone critique influencent l'écoulement et le transport des sédiments. Nous étudierons conjointement les eaux souterraines et la dynamique fluviale en utilisant la sismologie passive et la chimie de l'eau pour dresser un tableau des voies d'écoulement souterraines et des quantités. En parallèle, nous développerons des méthodes pour modéliser numériquement l'hydrologie et le transport de sédiments du système. Ce projet de recherche permettra d'améliorer l'anticipation des inondations, de mieux comprendre les points de rupture hydrauliques (déclenchement de l'écoulement de surface et de l'érosion) et d'appréhender la réponse future de la zone critique au changement climatique.

Coordination du projet

John ARMITAGE (IFP Energies nouvelles)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

Helmholtz-Zentrum Potsdam Deutsches GeoForschungsZentrum GFZ
Department of Physical Geography, University of Göttingen
GEOSCIENCES RENNES
IFPEN IFP Energies nouvelles

Aide de l'ANR 298 436 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2024 - 36 Mois

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