Déployer une Méthode Efficiente,acceptable et opérationnelle de Traitement des sols pour réduire l’exposition vis-à-vis de la chlordécone et ses produits de dégradation – DéMETer
Déployer une Méthode Efficiente, acceptable et opérationnelle de Traitement des sols pour réduire l’exposition vis-à-vis de la chlordécone et ses produits de dégradation aux Antilles
L’objectif général de DéMETer est de déployer une méthode efficiente, économiquement viable, acceptable et opérationnelle de traitement des sols pour réduire l’exposition vis-à-vis de la CLD et de ses produits de dégradation. Le projet vise à valider une méthode innovante de remédiation des sols (y compris agricoles) en s’assurant de sa possible mise en œuvre à grande échelle, tout en intégrant les représentations et attentes des citoyens face à la dépollution des sols.<br /><br />L’objectif générale de DéMETer est de déployer une méthode efficiente, économiquement viable, opérationnelle et acceptable de traitement des sols vis-à-vis de la chlordécone et de ses produits de dégradation. Pour répondre à cet objectif, quatre défis sont relevés. Dans un premier temps, il s'agit d'optimiser, en laboratoire, des méthodes de remédiation développées dans de récents travaux prometteurs, augmenter leur efficacité tout en réduisant drastiquement leurs coûts de mise en œuvre. Ces méthodes sont la réduction chimique in situ – ISCR, la phytoremédiation et l'association de ces 2 techniques. Le second défi correspond au changement d’échelle. Il consiste à la mise en application de la méthode sur des sites de démonstration en considérant les contraintes techniques et économiques pour une mise en œuvre, à terme, à très grande échelle. Mais ces avancées scientifiques, techniques et économiques n’ont de sens que si les freins à l’acceptabilité sociale de cette solution de remédiation des sols sont levés et si les leviers de la participation sont actionnés. Ce volet représente le troisième défi à relever. Enfin, le quatrième défi vise à évaluer la transférabilité de cette approche intégrée développée en Martinique vers des contextes similaires, i.e., la Guadeloupe.<br /><br />Les objectifs spécifiques du projet sont 1) d’identifier les zones à traiter en priorité sur la base de critères sociétaux et environnementaux ; 2) tester le couplage de deux méthodes prometteuses de dépollution des sols (réduction chimique in situ et phytoremédiation) de l’échelle du laboratoire au pilote de terrain et sa faisabilité opérationnelle ; 3) co-construire l’acceptabilité de la population vis-à-vis de ces techniques et 4) évaluer la transférabilité de cette approche intégrée vers la Guadeloupe tout en veillant également à l’acceptation sociale dans ce second territoire.
Pour répondre à ces défis, le projet est fondé sur l'interdisciplinarité, couplant sciences humaines, développement de méthodes de remédiation et ingénierie. Il s’articule en 4 tâches très interconnectés. La tâche 1 a pour objectif de faire interagir les scientifiques experts de la décontamination avec les populations et parties prenantes pour intégrer dans la démarche leurs perceptions et positionnements face aux solutions mises en œuvre dans la tâche 2 en définissant les types de secteurs pour lesquels le sol sera à traiter en priorité. La tâche 1 vise ainsi à dresser le constat de la situation actuelle en termes de perception au démarrage du projet en s’appuyant sur des données scientifiques (e.g., données physiques du milieu) par le biais d’entretiens exploratoires, de focus groupes incluant des représentants de chaque catégorie de partie prenante (i.e., société civile, représentants de l’état, industrie, sachants). En sortie, un groupe témoin représentatif des différentes parties-prenantes, complété le cas échéant par des volontaires, est constitué ; il a vocation à suivre et à interagir avec le consortium tout au long du déroulement du projet. La tâche 2 vise à améliorer les techniques de remédiation en partant d’approches qui ont déjà fait leurs preuves (traitement par biostimulation couplé à la réduction chimique in situ avec du fer zéro valent et phytoremédiation). Il s’agit ici de mettre en place des expériences en laboratoire, puis d’implanter des sites de démonstration aux Antilles en se projetant sur une application de la méthode à grande échelle (avec l’ensemble des contraintes associées : techniques, économiques…). Le groupe témoin est invité à suivre la mise en œuvre des techniques de remédiation sur les sites de démonstration. La tâche 3 « Acceptabilité sociale et appropriation des dispositifs de remédiation proposés » s’appuie sur la mobilisation de différentes parties prenantes (agriculteurs, associations socio-professionnelles, décideurs politiques, etc.) via des entretiens semi-directifs, des forums de co-construction et des questionnaires. Cette tâche, basée sur la co-construction, permet la projection de la mise en œuvre des procédés. Les avancées scientifiques et techniques sont intégrées de manière à organiser les échanges au sein de cette tâche. Enfin, la tâche 4 permet d’assurer la dissémination des résultats et la communication auprès des parties prenantes, en Martinique et au-delà.
Les résultats obtenus jusqu'à présent dans le projet ont permis de constituer un groupe témoin dont l'objectif est de suivre l'avancée des travaux réalisés, organiser une table ronde pour confronter les scientifiques du projet et les parties prenantes (associations, élu(e)s, autorités locales, citoyens, ...) aux enjeux et définir ensemble la feuille de route pour développer une méthode efficace et acceptable par les populations, optimiser les méthodes de remédiation et communiquer sur les actions du projet (mais également sur la chlordécone en générale) vers les citoyens.
Une cartographie des acteurs a été réalisée. Sur cette base et en appliquant des critères de sélection établis par les partenaires de Demeter, un groupe témoin de 14 personnes a été constitué, composé d’un professeur de chimie engagé avec ses élèves, un médecin, des pêcheurs, des agriculteurs/éleveurs (agriculture conventionnelle et biologique), de responsables d’associations, de consommateurs et une ouvrière agricole retraitée. Trois rencontres ont déjà été réalisées, dont une visite du site d’expérimentation. Une première réunion publique s’est également tenue à l’hôtel La Batelière en présence du groupe des « parties prenantes ».
De premiers essais pour faciliter l'extraction de la CLD et de ses produits de transformation (TP) sur site ont été menés (méthodes Quechers) afin de faciliter le suivi des essais. Bien que les résultats soient prometteurs, ils ne sont pas concluants. Des difficultés persistent sur les rendements d'extraction et la reproductibilité des résultats, de nouveaux tests sont en cours.
En amont des essais sur site, des expérimentations en mésocosmes (22 jardinières de 40 kg de sol chacune; Andosol et Ferrisol) ont été mis en place dans des serres en Martinique (au CAEC) dans l’objectif d’optimiser et d'identifier la meilleure association des méthodes de dégradation/retrait de la CLD des sols sur la base de résultats prometteurs obtenus dans de précédents projets. Pour la méthode ISCR (ajout de fer zéro valent dans le sol), notre optimisation permet de réduire de 30% la concentration en CLD dans les sols (teneur initiale: 2,1 mg/kg) en diminuant par un facteur 10 la quantité de fer introduite comparée au traitement classique, ce qui pourrait rendre économiquement réaliste l'utilisation de cette méthode. Cela a été permis en ajustant le donneur d'électron qui alimente les réactions de (bio)dégradation. Concernant la phytostimulation, une expérience d’agroécologie a été réalisée grandeur nature, sur une parcelle (200 m3), en combinant différents types de plantes (valorisation, légumineuse et couverture) pour identifier l’assemblage le plus favorable pour la phytostimulation. Cet assemblage sera utilisé pour le démonstrateur de terrain.
Enfin, les premiers supports de communication ont été réalisés par le Carbet des Sciences. Il s'agit de planches de BD explicatives du projet et d'interviews des intervenants du projet diffusés sur les réseaux sociaux.
Dans les prochains mois, des tests sur parcelles (100 m2) pour démontrer l’applicabilité du couplage des méthodes de remédiation optimisées à la suite des résultats des expériences en jardinières seront lancés (mi-2026) pour une durée de 18 mois. Ces démonstrateurs consisteront à utiliser la méthode ISCR optimisée pendant 4 mois suivie par la phytostimulation en appliquant l'assemblage de plantes optimisé dans l'expérience d'agroécologie, puis suivra une nouvelle application ISCR pour dégrader la CLD libérée par l'action des microrrhizes. Il s'agit de démontrer la faisabilité technique de la méthode et se servir de ces tests comme vitrine pour partager avec le groupe témoin et les parties prenantes l'application de la méthode en situation réelle. La faisabilité économique et la transposition d'échelle de la méthode sera également étudiée par le partenaire Valgo.
sur le volet SHS, il est prévu de 1) réaliser des entretiens semi-directifs auprès d’agriculteurs/éleveurs (biologiques, conventionnels et en agroécologie… touchés ou non par la chlordécone), de pêcheurs impactés par l’interdiction de pêche, de la population (citoyens, associations…), de politiques et de décideurs et acteurs liés à la CLD, 2) réunir le groupe témoin (avec des visites des démonstrateurs) et 3) organiser une table ronde ouverte au public sur la thématique de la remédiation. Celle-ci sera organisée la semaine précédant le colloque sur la CLD du mois de juin 2026.
Enfin, de nouveaux supports de communication seront réalisés par le Carbet des Sciences (nouvelles planches de bandes dessinées, podcasts et interviews des scientifiques du projet et du groupe témoin).
Les sols de Martinique et de Guadeloupe sont contaminés par le chlordécone (CLD), un pesticide organochloré utilisé dans les Antilles Françaises jusqu’en 1993 pour lutter contre le charançon du bananier. Malgré un arrêt d’usage depuis presque 30 ans, le sol représente toujours une source continue de CLD pouvant être transféré vers d’autres compartiments environnementaux comme les eaux de surface et souterraines. Cet impact sur les écosystèmes a des conséquences environnementales mais aussi sur la santé humaine. Réduire la contamination des sols par le CLD est donc un enjeu majeur pour diminuer l’exposition et de fait, les impacts sur la santé et l’environnement.
L’objectif de DéMETer est de déployer une méthode efficiente, économiquement viable, opérationnelle et acceptable de traitement des sols vis-à-vis du CLD et ses produits de dégradation.
S’il existe des solutions de remédiation prometteuses, telles que celles couplant la réduction chimique et la phytoremédiation, leur mise en œuvre opérationnelle nécessite de lever certains verrous techniques et sociétaux qui sont les objectifs de DéMETer : 1) Optimiser l’efficacité et les coûts d’exécution des procédés, 2) S’assurer de l’acceptabilité sociale et de l’appropriation par les parties-prenantes des approches de remédiation et 3) Valider le changement d’échelle en déployant des démonstrateurs sur site et en évaluant les contraintes techniques et économiques pour leur déploiement, à terme, à très grande échelle et 4) en assurant à la transférabilité de cette approche intégrée vers des contextes similaires i.e., la Guadeloupe. Pour atteindre ces objectifs, DéMETer, qui s’appuie sur un consortium transdisciplinaire répond aux enjeux de l’axe 1 (prévention de l’exposition) et l’axe 2 (Science et société) de l’appel à projet et s’inscrit dans les objectifs du plan Chlordécone IV.
Coordination du projet
Patrick Ollivier (Bureau de recherche Géologique et Minière)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
BRGM Bureau de recherche Géologique et Minière
LC2S Laboratoire caribéen de sciences sociales
LSTM Laboratoire des Symbioses Tropicales & Méditerranéennes
VALGO VALGO
MINEA Migrations, Interculturalité et Education en Amazonie
IMBE Institut méditerranéen de biodiversité et d'écologie marine et continentale
Aide de l'ANR 769 556 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2022
- 48 Mois