CE28 - Cognition, comportements, langage 2022

Influence de la musique sur les comportements sociaux : approche comparative chez les enfants, les primates non-humains et les oiseaux – MUSICALBEINGS

Origines de la musique et son influence sur les comportements sociaux : approche comparative chez les enfants, les oiseaux et les primates non-humains

La musique existe chez l'humain depuis au moins 40,000 ans et sa perception et sa production reposent sur un ensemble de capacités cognitives, la musicalité, qui semble en partie innée. Ce projet a consisté à tester l'idée selon laquelle la musicalité aurait émergé chez différentes espèces dont la notre car la musique favoriserait les interactions sociales positives, ainsi qu'à explorer les conditions de cet effet et les propriétés musicales et mécanismes impliqués.

Vers une meilleure compréhension des origines de la musicalité et des effets de la musique sur les comportements sociaux des humains et des autres espèces

L'objectif principal du projet MUSICAL BEINGS était de mieux comprendre les origines de la musicalité en étudiant l'influence de la musique sur les comportements sociaux chez différentes espèces, dont l'humain (enfants de 3 à 6 ans), d'autres primates (Gibbons, tamarins et ouistitis) et différents oiseaux (cailles japonaises, canaris, diamants mandarins et perruches callopsittes). Premièrement, nous avons testé l'hypothèse selon laquelle la musique renforcerait le lien social, en favorisant la coopération et les interactions positives entre les individus. Deuxièmement, comparer ces différentes espèces aux capacités d'apprentissage vocal contrastées (i.e. possédant différents niveaux de capacités à apprendre et imiter des sons nouveaux au cours de leur vie) a permis de s'intéresser à l'hypothèse selon laquelle ces capacités seraient associées à une plus grande sensibilité à la musique. Enfin, nous avons aussi voulu mieux cerner dans quels contextes la musique influence les comportements (écoute partagée ou non), quels types de sons sont les plus efficaces (notamment l'importance du rythme), et quels sont les mécanismes à l’œuvre (en particulier le rôle de la synchronie interpersonnelle). D'un point de vue appliqué, l'objectif était également d'encourager une utilisation pertinente et efficace de la musique comme outil pédagogique favorisant un climat scolaire apaisé, ainsi que son usage pour améliorer le bien-être des animaux vivant en captivité.

Lors de la première année du projet, nous avons comparé les effets sur les comportements sociaux de plusieurs types de sons : musique classique, musique rythmée composée à partir de sons familiers pour les différentes espèces, et des sons « témoins » (bruit blanc, version brouillée de la musique composée pour le projet, bruit ambiant quotidien des espèces testées). Chez les enfants de 3 à 6 ans, observés en binômes dans cinq écoles des Hauts-de-Seine, chaque duo écoutait pendant 7 minutes l’un de ces sons avant de réaliser ensemble des activités de partage et de coopération, filmées. Chez les animaux non-humains, les sons étaient diffusés dans leur environnement habituel et les comportements étaient également filmés. Lors de la deuxième année, les premiers résultats ayant suggéré un rôle important du rythme, nous avons donc comparé les effets de la même musique rythmée à trois tempi différents : 90 battements par minute (bpm), 120 bpm, et 150 bpm. Pour les animaux non humains, nous avons créé des musiques sur mesure, inspirées de leurs vocalisations et adaptées à leur rythme cardiaque et à leur perception sonore (par exemple, avec plus de basses pour les oiseaux qui les perçoivent plus difficilement). Les expériences de la première année ont été répétées avec ces nouvelles compositions. Lors de la troisième année, tout en poursuivant ce même travail avec les autres espèces, nous nous sommes aussi intéressés à la question de l’écoute partagée chez les enfants. En effet, nous avons comparé les effets d’une écoute ensemble ou séparément sur la coopération et les interactions sociales. Pour cela, deux binômes écoutaient les mêmes sons, mais dans des pièces différentes, avant d’être observés lors de nouvelles tâches de partage — parfois avec leur binôme habituel, parfois avec un enfant du second groupe. Enfin, nous avons mesuré la synchronisation des mouvements pendant l’écoute grâce à deux méthodes : un programme d’intelligence artificielle capable d’analyser automatiquement la quantité mouvements, et une évaluation humaine par un panel de juges adultes. Ces mesures nous ont permis d’examiner si le fait de bouger « en rythme » pendant l’écoute favorise ensuite la coopération entre les enfants.

Concernant les enfants, nous avons d'abord montré une influence positive de la musique sur les interactions sociales et la coopération lors de la première année, avec la musique instrumentale rythmée composée pour le projet mais pas avec la musique classique. Puis, lors de la deuxième année, un rythme équivalent ou supérieur à 120 bpm a révélé un effet positif sur les interactions sociales qui n'est pas retrouvé avec un rythme plus lent. Enfin, lors de la troisième année, nous avons montré qu'une écoute partagée favorise davantage les interactions sociales positives qu'écouter séparément. Ces résultats combinés pourraient suggérer un rôle de la synchronisation interpersonnelle, qui pourrait être favorisée par un rythme entrainant et promouvoir à son tour la coopération et les interactions sociales. Cependant, nos mesures de la synchronisation entre les enfants pendant l'écoute n'ont pas permis de démontrer formellement ce rôle. D'autres méthodes de mesure de la synchronisation (ex: analyse plus détaillée de la synchronisation comportementale) ainsi que des mécanismes explicatifs alternatifs (ex: émotions partagées) seront à explorer pour de futures recherches. Concernant les primates non humains et les oiseaux, nous n'avons pas démontré d'effets de l'exposition à la musique sur les comportements sociaux, et ce malgré un effort conséquent pour proposer des stimuli musicaux adaptés spécifiquement aux caractéristiques auditives, vocales et physiologiques de chaque espèce. Cela pourrait indiquer une spécificité humaine de la sensibilité à la musique ou en tout cas de son influence sur les comportements sociaux, bien que d'autres études pourraient être envisagées incluant d'autres espèces ou d'autres types de stimulis musicaux.

Pour les animaux dont l'apprentissage des vocalisations se fait principalement lors d'une période critique du développement, comme les canaris, il serait intéréssant d'étudier les effets de l'exposition à la musique durant cette période en particulier. En effet, il se pourrait que la sensibilité aux stimulis sonores et donc à la musique soit alors plus importante.

Concernant les enfants, il serait intéressant de chercher à identifier d'autres caractéristiques de la musique potentiellement impliquées dans ses effets sur les comportements, au delà du rythme (mélodie, fréquences, etc.). Par ailleurs, comme mentionné précédemment, d'autres méthodes de mesure de la synchronisation pourront être envisagées et d'autres hypothèses pourraient êtres testées pour mieux comprendre les mécanismes sous jacent impliqués dans l'influence de la musique sur les comportements sociaux.

A venir

Nos capacités musicales pourraient avoir évolué car la musique, art ancestral répandu dans toutes les cultures humaines, favoriserait la cohésion sociale. Nos résultats préliminaires montrent en effet que l’écoute musicale favorise les interactions sociales chez les enfants de 3 à 6 ans et chez des oiseaux, les perruches callopsittes. Ici, nous explorerons les origines évolutives de la musicalité par une approche comparative chez les enfants et chez plusieurs espèces d’oiseaux et de primates non-humains, puis nous étudierons les conditions dans lesquelles la musique influence les interactions sociales (effets différentiels d’une écoute individuelle ou partagée ainsi que de l’écoute ou de la pratique musicale, rôle de la synchronisation interpersonnelle). Ce travail pourrait aussi permettre d’encourager l’utilisation de la musique pour améliorer le bien-être chez les animaux captifs et pour favoriser un climat scolaire propice à l’apprentissage chez les enfants.

Coordination du projet

Rana Esseily (LECD)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

LECD LECD
Etho'S Université Rennes 1
LNCA Université Strasbourg

Aide de l'ANR 305 570 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2022 - 42 Mois

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