Strengthening African FOOD Systems in the face of climate change and food insecurity – SAFOODS
Renforcer la résilience des systèmes alimentaires en fruits et légumes face au changement climatique et à l'insécurité alimentaire
L'Afrique de l'Ouest est confrontée au double défi de lutter contre une insécurité alimentaire persistante, alors que le surpoids et l'obésité augmentent rapidement, et s'adapter au changement climatique. Le projet SAFOODS vise à renforcer les systèmes alimentaires en fruits et légumes face au changement climatique au Sénégal et en Côte d'Ivoire d'ici 2050, afin d'offrir des fruits et légumes de qualité et accessibles aux consommateurs urbains les plus démunis.
Le double défi de l'adaptation au changement climatique et de la sécurité alimentaire
Malgré des progrès substantiels ces deux dernières décennies, l'insécurité alimentaire reste persistante en Côte d'Ivoire et au Sénégal avec respectivement environ 20% et 10% de la population en sous-alimentation (FAOstat). Au cours de la même période, la prévalence du surpoids et de l'obésité a rapidement augmenté, passant d'environ 5% à 10% dans les deux pays (Global Nutrition Report).<br /><br />La région est également touchée par différentes manifestations du changement climatique, telles qu'une augmentation des températures supérieure à la moyenne mondiale, des changements dans le calendrier de la saison des pluies, une diminution des précipitations et un allongement des périodes sèches une partie de l'année, mais une augmentation des précipitations et des risques d'inondation accrus à d'autres moments de l’année.<br /><br />D'ici 2050, ces deux défis risquent de s'aggraver dans un contexte de croissance démographique rapide, d'urbanisation et d'évolution des régimes alimentaires qui vont peser davantage sur les systèmes alimentaires. Le changement climatique risque également d’entraîner des catastrophes naturelles plus graves et plus fréquentes et une nouvelle hausse des températures.<br /><br />Dans ce contexte, les systèmes alimentaires de fruits et légumes (F&L) sont particulièrement importants à renforcer car ils contribuent de manière substantielle à la sécurité alimentaire et nutritionnelle. Ils sont également vulnérables au changement climatique et posent des problèmes environnementaux et de sécurité sanitaire liés à l'utilisation intensive de pesticides et des ressources en eau.<br /><br />Le projet SAFOODS vise à améliorer la résilience des systèmes alimentaires F&L face au changement climatique, et ainsi à contribuer durablement à la sécurité alimentaire et nutritionnelle, en particulier des consommateurs urbains pauvres, en Côte d'Ivoire et au Sénégal. Plus précisément, SAFOODS se donne comme objectif i) d'évaluer les risques liés au changement climatique pesant sur le fonctionnement des systèmes alimentaires F&L, et ii) de coconcevoir, avec les acteurs des filières, des innovations qui contribuent à garantir un approvisionnement en F&L de qualité, sûrs et abordables.<br /><br />Deux stratégies d'adaptation complémentaires sont explorées : 1) la réduction des pertes post-récolte, et 2) la diversification des systèmes de culture et des bassins d’approvisionnement à travers les zones agro-climatiques.<br /><br />SAFOODS se concentre sur les systèmes alimentaires de Dakar et Ziguinchor au Sénégal et de Yamoussoukro et Abidjan en Côte d'Ivoire. Le cas du Royaume-Uni est étudié pour illustrer les risques potentiels du changement climatique sur les flux commerciaux internationaux.<br /><br />Il se concentre également sur trois produits : la mangue (fruits), la tomate (légumes) et l'épinard (légumes feuilles). Les haricots verts sont étudiés comme exemple de produits cultivés au Sénégal et exportés vers l'Europe pour illustrer l’impact potentiel du changement climatique sur les flux commerciaux.
Le projet SAFOODS mobilise une combinaison de méthodes d'enquêtes quantitatives, à partir de données secondaires ou produites par le projet, et de méthodes d'enquêtes qualitatives. Des analyses statistiques sont effectuées sur des bases de données de consommation réunissant des centaines de ménages afin d'identifier les principaux déterminants de la consommation de F&L par les ménages urbains les plus démunis. Des enquêtes quantitatives sont également conduites auprès des détaillants et des grossistes pour repérer les principaux points critiques de pertes post-récolte liées à des paramètres climatiques tout au long des filières, et pour identifier les stratégies de gestion des risques de pertes mises en oeuvre par les opérateurs. Des méthodes qualitatives (focus groupes, entretiens semi-directifs) sont mobilisées pour mieux comprendre d'une part la perception qu'ont les consommateurs de leur environnement alimentaire dans les quartiers populaires des villes ciblées, et d'autre part les pratiques des producteurs dans les bassins de production.
Le projet adopte également une approche participative avec l'ensemble des acteurs des systèmes alimentaires pour réfléchir à des scénarios d'évolution de ces systèmes dans un contexte de changement climatique d'ici 20250. Des ateliers participatifs sont également organisés avec les acteurs pour coconcevoir avec eux des innovations techniques et organisationnelles permettant de renforcer la résilience des systèmes alimentaires face au changement climatique.
Par ailleurs, SAFOODS propose une approche originale de l'analyse du fonctionnement des systèmes alimentaires, qui consiste à partir des consommateurs, de leurs lieux d’achat, pour ensuite remonter la filière avec les détaillants, les grossistes jusqu’aux bassins de production. Cette remontée des filières permet de mettre les consommateurs et les enjeux de sécurité alimentaire et nutritionnelle au coeur de l'analyse des systèmes alimentaires. D’autre part, dans les bassins de production, les flux de produits partant vers les marchés urbains des villes ciblées, les marchés d'exportation, la transformation, ou ce qui est perdu, sont estimés pour mettre en perspective les filières locales avec les autres filières.
Enfin, SAFOODS entend contribuer au développement de la recherche sur les F&L aussi bien dans les travaux portant sur la sécurité alimentaire que ceux sur le changement climatique. La plupart des études sur la sécurité alimentaire et nutritionnelle et le changement climatique tendent en effet à se concentrer sur les céréales et SAFOODS ambitionne de contribuer à combler le manque de recherche sur les F&L.
Les analyses statistiques sur la consommation de F&L montrent que le prix est le facteur de décision d’achat le plus déterminant des fruits et légumes aussi bien au Sénégal qu’en Côte d’Ivoire. Les focus groupes réalisés avec les consommatrices résidant dans le quartier pauvre de Ziguinchor confirment également que le prix est le principal facteur qui conditionne les achats alimentaires, en particulier pour les légumes et les fruits. Les fruits (desserts) sont peu consommés par les ménages vivant dans les quartiers pauvres, qui les jugent trop chers et destinés à des personnes disposant de revenus confortables. Outre le prix, les consommateurs sont attentifs dans leur choix des vendeurs à la qualité, aux relations interpersonnelles, et à la confiance, en particulier à la possibilité d’obtenir des crédits pour leurs achats. Le recensement des lieux de vente de F&L dans les quartiers ciblés montre que la très grande majorité des détaillants sont des femmes.
La situation au Sénégal et en Côte d’Ivoire diffère sensiblement quant aux principaux types de lieux de vente de F&L (marché, stand hors marché, ambulant, etc.). Dans les deux pays, le type de lieu de vente diffère suivant le produit vendu. En Côte d’Ivoire, les tomates et les légumes feuilles sont majoritairement vendus dans les marchés, alors que les mangues sont plutôt vendues en dehors des marchés. Au Sénégal, les vendeurs de tomates et de légumes feuilles sont à peu près équitablement répartis entre « dans » et « hors » marché, tandis que les vendeurs de mangues se situent en grande majorité en dehors du marché. Les conditions de vente des F&L ne protègent pas la qualité des produits des risques climatiques. En Côte d’Ivoire, dans les deux villes, les détaillants s’approvisionnent en grande majorité auprès de grossistes ou semi grossistes au niveau des marchés de gros, quel que soit le produit. Au Sénégal, les modes d’approvisionnement diffèrent entre les deux villes. A Pikine la situation est similaire à celle de la Côte d’Ivoire, avec la quasi-totalité des approvisionnements se faisant auprès de auprès de grossistes ou semi grossistes. En revanche, à Ziguinchor, les sources d’approvisionnement sont bien plus diversifiées.
Dans les bassins de production de la mangue en Côte d’Ivoire, la production est principalement faite par des petits producteurs qui ont avant tout comme objectif d'exporter vers l'Europe, et dans une moindre mesure vers les marchés de la sous-région. La Côte d’Ivoire dispose d’un important verger de manguiers traditionnels sur l’ensemble du territoire dont les rendements sont faibles (< à 6t/ha) comparés à d’autres pays comme le Mali ou le Sénégal (20 t/ha) et le Cap-Vert (40 t/ha).
L'approche participative adoptée par le projet, avec l'ensemble des acteurs des systèmes alimentaires y compris les décideurs, ainsi que l'organisation de dialogues politiques offrent des perspectives favorables quant à l'appropriation des résultats de recherche et la mise en oeuvre des recommandations qui seront formulées par les acteurs concernés.
La co-conception des innovations techniques et organisationnelles avec les acteurs des systèmes alimentaires à partir des bonnes pratiques qu'ils mettent déjà en oeuvre, doit permettre de faire en sorte que les innovations proposées soient réalistes.
En outre, les conditions économiques et institutionnelles pour la mise en oeuvre à grande échelle des innovations identifiées seront également étudiées de façon participative avec les acteurs. Pour cela, un travail d'analyse des politiques et des instruments de politiques publiques qui sont favorables, ou au contraire défavorables, aux innovations sera conduit. Ce travail doit contribuer à s'assurer que les recommandations de politiques formulées par le projet soient également réalistes et puissent être mises en oeuvre par les acteurs concernés.
Plusieurs publications scientifiques sont en cours de développement. Elles portent en particulier sur les résultats de l'analyse statistique de la consommation de fruits et légumes par les consommateurs urbains pauvres, aussi bien en Côte d'Ivoire qu'au Sénégal.
Coordination du projet
Arlène Alpha (Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
Natural Resources Institute, University of Greenwich
Institut Sénégalais de Recherches Agricoles
MOISA Marchés, Organisations, Institutions et Stratégies d'Acteurs
Nangui Abrogoua University
Aide de l'ANR 310 406 euros
Début et durée du projet scientifique :
mai 2021
- 36 Mois