CE45 - Mathématiques et sciences du numérique pour la biologie et la santé 2021

Dynamique des proteines de reparation de l'ADN dans le nucleosome – DYPROSOME

Comment les protéines qui réparent les défauts dans l'ADN trouvent leurs cibles?

DYPROSOME combine théorie et expériences visant à la compréhension des mécanismes de reconnaissance moléculaire par lesquels les protéines de réparation identifient les premiers stades des dommages à l’ADN. Tous les processus de réparation cellulaire se font dans le contexte de la chromatine, la structure densément repliée que l’ADN assume dans le noyau sous forme de nucleosomes, les briques élémentaires de la chromatine et des chromosomes, qui sont étudiés dans le projet.

Le défi de cibler l'ADN enroulé dans le noyau cellulaire

Dans nos cellules, l’ADN est constamment exposé à des dommages. Pour y faire face, des mécanismes de réparation très efficaces existent, dont la réparation par excision de base (BER), qui corrige les altérations les plus courantes. Cependant, l’ADN n’est pas libre : il est étroitement enroulé autour de protéines appelées histones, formant des structures compactes nommées nucléosomes. Cette organisation protège l’ADN, mais complique aussi l’accès des protéines chargées de le réparer. Des études récentes ont montré que cette structure en nucléosomes peut ralentir l’action de certaines enzymes de réparation, comme l’UDG ou d’autres glycosylases, bien que leur sensibilité varie. Par exemple, la position précise d’une lésion sur l’ADN enroulé joue un rôle crucial dans sa reconnaissance. D’autres facteurs, comme certaines variantes d’histones ou le niveau de compaction de la chromatine, influencent également l’efficacité de la réparation. Malgré ces avancées expérimentales, il manque encore une compréhension globale et détaillée de la manière dont ces protéines repèrent les dommages dans un environnement aussi compact. Le projet DYPROSOME vise précisément à combler ce manque. Il propose d’étudier, pour la première fois de manière intégrée, comment les protéines de réparation détectent les toutes premières étapes des dommages de l’ADN lorsqu’ils sont enfouis dans les nucléosomes. L’objectif est de comprendre comment ces protéines parviennent à accéder à l’ADN malgré son organisation dense, et comment la structure et la dynamique des nucléosomes influencent ce processus. Pour cela, le projet combine des approches expérimentales de pointe et des simulations informatiques avancées. La cryo-microscopie électronique permettra d’observer directement les interactions entre protéines et ADN à très haute résolution. En parallèle, des simulations de dynamique moléculaire, réalisées à grande échelle, modéliseront le comportement de ces systèmes dans le temps. Ces approches complémentaires permettront non seulement d’analyser les mécanismes existants, mais aussi de prédire de nouveaux modes d’interaction. Un défi majeur du projet est de relier différentes échelles, depuis le niveau des bases de l’ADN jusqu’à celui de structures plus larges composées de plusieurs nucléosomes. Cette approche multi-échelle est essentielle pour refléter la réalité biologique. En apportant une vision détaillée et dynamique des premières étapes de la réparation de l’ADN dans la chromatine, DYPROSOME ouvre la voie à une meilleure compréhension des maladies liées aux défauts de réparation, comme le cancer. À plus long terme, ces connaissances pourraient contribuer au développement de nouvelles stratégies thérapeutiques ciblant spécifiquement ces mécanismes essentiels.

Les partenaires du IAB Grenoble et LBMC Lyon, parmi les spécialistes majeures dans leurs domaines, assemblent des échantillons de nucléosomes reconstruits en laboratoire, avec des défauts insérés dans la séquence d’ADN, imitant le résultat de l’endommagement, tels que typiquement apportés à la cellule par des agents pathogènes chimiques, des processus d’oxydation et vieillissement cellulaire, ou l’interaction avec les rayonnements ionisants. Ces nucléosomes « endommagés » sont mis en solution avec les enzymes de la BER députés à la reconnaissance des défauts, pour étudier leur structure en interaction avec l’ADN endommagé. Les détails de la structure moléculaire sont révélés par la cryo-microscopie atomique.

En parallèle, les partenaires de l’IEMN et UGSF, tous les deux basés à Lille, réalisent des simulations à l’ordinateur par des méthodes de docking (amarrage) moléculaire et de dynamique moléculaire, visant à reconstruire les détails structurels et dynamiques à l’échelle atomique des interactions enzymes/ADN. Ces méthodes théoriques sont capables de décrire et suivre les mouvements et interactions moléculaires avec un degré de précision supérieure aux expériences, et représentent ainsi un ingrédient clé pour déchiffrer les données expérimentales.

 

 

Le projet DYPROSOME a permis des avancées importantes, notamment du côté de la modélisation théorique. Nous avons montré que l’ADN, lorsqu’il est légèrement déformé dans certaines structures compactes du noyau, peut exposer temporairement des bases normalement cachées. Cette ouverture rend possible l’action d’enzymes de réparation, comme l’UDG, qui peuvent alors détecter et corriger des anomalies. Ces résultats, confirmés par plusieurs études successives, montrent que la structure même de l’ADN, notamment sa courbure, son organisation autour des protéines histones, joue un rôle actif dans les mécanismes de réparation. Ces travaux se poursuivent aujourd’hui, notamment pour mieux comprendre l’influence des interactions électrostatiques dans le contexte de la chromatine, qui est la structure de l'ADN dans le noyau cellulaire.

 

Sur le plan expérimental, le projet a rencontré des défis importants mais aussi des résultats prometteurs. Nous avons réussi à stabiliser un complexe entre une enzyme de réparation (OGG1) et un ADN endommagé au sein d’un nucleosome, une étape clé vers la compréhension fine de ces mécanismes. Cependant, la production d’échantillons et leur analyse, très exigeantes techniquement, ont ralenti les progrès, et certains travaux ont été interrompus suite à des changements dans l’équipe. Malgré cela, les méthodes développées ont permis de poser des bases solides, aujourd’hui exploitées dans de nouvelles collaborations, ouvrant la voie à de futures découvertes sur la réparation de l’ADN.

Même si le projet DYPROSOME n’a pas pu aller jusqu’au bout sur le plan expérimental, il a permis de mieux comprendre comment certaines enzymes réparent l’ADN dans des conditions proches de celles rencontrées dans nos cellules. Plutôt que d’étudier l’ADN de façon simplifiée, nous avons cherché à le replacer dans son environnement naturel, où il est enroulé et compacté. Nous avons ainsi montré que des forces physiques peuvent légèrement déformer l’ADN et rendre visibles des défauts habituellement cachés, facilitant leur réparation. La forme et l’organisation de l’ADN autour des protéines (les nucléosomes) jouent donc un rôle clé. Nous avons aussi identifié un mécanisme d’ancrage qui aide l’enzyme UDG à se positionner correctement sur l’ADN.

 

Sur le plan expérimental, les objectifs initiaux n’ont pas pu être entièrement atteints, mais les simulations réalisées offrent des pistes solides pour de futures vérifications. Elles ouvrent la voie à de nouvelles approches expérimentales, par exemple en observant directement les forces qui agissent sur l’ADN à l’échelle d’une seule molécule, ou en suivant en temps réel l’interaction entre l’ADN et les enzymes de réparation. Ces techniques, autrefois difficiles, deviennent aujourd’hui accessibles.

 

Le projet suggère également d’explorer des formes d’ADN moins rigides que celles habituellement étudiées, car elles semblent plus facilement réparées. Cela pourrait permettre de mieux comprendre comment ces mécanismes fonctionnent réellement dans les cellules.

 

En résumé, ce travail montre que la réparation de l’ADN ne dépend pas seulement de réactions chimiques, mais aussi de propriétés physiques encore peu explorées. Il ouvre ainsi de nouvelles perspectives pour mieux comprendre, et à terme mieux maîtriser, ces processus essentiels à la vie.cohérent (par exemple pour un rapport ou un résumé global).

 

Nous proposons une étude combinée computationnelle et expérimentale des mécanismes moléculaires par lesquels les protéines de réparation identifient les dommages à l'ADN dans la chromatine. Les processus de réparation de l'ADN (DDR) sont étroitement réglementés parmi plusieurs voies adaptées pour chaque type de dommage. Cependant, les toutes premières étapes du DDR sont peu explorées au niveau moléculaire, car cela nécessite des techniques avancées encore en développement. Comment les protéines peuvent donc initialement identifier les régions d'ADN endommagées ? Quelles interactions dirigent le choix d'une voie de réparation par rapport à une autre ? Dans quelle mesure le degré de compaction des nucleosomes affecte-t-il l'accès des protéines de réparation à l'ADN endommagé? Nous allons cibler les lésions de l'ADN localisées au niveau des nucleosomes, pour étudier leur interaction avec un jeu de protéines pré selectionnées, opérant aux toutes premières étapes de la chaîne de réparation.

Coordination du projet

Fabrizio CLERI (Institut d'Electronique, de Microélectronique et de Nanotechnologie)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IEMN Institut d'Electronique, de Microélectronique et de Nanotechnologie
UGSF UMR 8576 - Unité de glycobiologie structurale et fonctionnelle
IAB Institut pour l'Avancée des Biosciences
LBMC LABORATOIRE DE BIOLOGIE ET MODELISATION DE LA CELLULE

Aide de l'ANR 648 681 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2021 - 48 Mois

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