Avant l’âge de trois ans : socialisation de genre dans la famille – sogenre
La socialisation genrée au sein des familles
Le projet vise à explorer les processus de socialisation de genre dans la prime enfance au sein de la sphère privée, avec l’hypothèse que très tôt les enfants sont exposés à des pratiques parentales différenciées selon leur sexe. Cette socialisation est examiné sous l'angle des soins corporels et du travail de l'apparence, tels que les mères et les pères les réalisent respectivement, auprès de leurs filles et fils.
Comprendre les mécanismes de la socialisation genrée dans la petite enfance
Alors que le principe de l'égalités femmes/hommes est aujourd'hui largement partagé en France et fait l'objet de différentes législations, notamment dans les domaines de la politique ou de l'emploi, les inégalités persistent et sont particulièrement prégnantes dans l'espace domestique. Dans ce contexte, il importe de documenter précisément les processus au travers desquels les inégalités se construisent dès le plus jeune âge au sein de l'espace familiale. En effet, l’enfance correspond à un temps fort d’intériorisation des normes et des dispositions de genre, et ce projet a pour objectif une meilleure compréhension des modalités de transmission de ces dispositions et, ce faisant, de la genèse des inégalités de genre au sein des familles. Il s'intéresse par conséquent à une période encore peu étudiée sociologiquement: les premières années de la vie des enfants. Le projet se propose de répondre à trois grandes questions: - Quelles normes et dispositions de genre les parents (mères et pères) transmettent-ils à leurs filles et à leurs garçons ? - Comment se réalise le travail parental de socialisation de genre sur les très jeunes enfants ? - Quelles sont les variations sociales de ces pratiques éducatives genrées selon le capital culturel et/ou économique et de la trajectoire de mobilité des parents ? Pour répondre à ce questions, nous centrons notre attention sur deux ensembles thématiques : 1) Le corps comme dimension centrale de la socialisation. Celui-ci est le support d’inscription des normes de genre et un révélateur des différences et des inégalités sociales. Il s’agit de décrire les goûts et les pratiques concrètes des parents en matière de soins corporels de puériculture, de soins de l’apparence corporelle, d’éducation à l’autonomie corporelle ainsi que d’organisation de la mixité ou de la séparation sexuée des corps des tout petits (chambre, sociabilité). Nous analyserons comment les corps sont façonnés – ou non – par les pères et les mères, selon des assignations genrées. corps. 2) La division du travail parental et les arrangements parentaux, qui donnent à voir aux très jeunes enfants, une organisation genrée – ou non – de la famille et des rôles sociaux. Le travail parental sera considéré comme une matrice de socialisation des enfants au genre. La socialisation étant un processus évolutif et interactif, elle sera saisie comme une double socialisation genrée – celle des enfants filles ou garçons au contact de leur mère et de leur père, ainsi que celle des pères et des mères, dans leurs activités parentales, au contact de leur(s) fille(s) ou garçon(s). Les résultats du projet contribueront à identifier des leviers pour lutter contre la construction très précoce des stéréotypes et des pratiques de discrimination de genre.
Le projet s'appuie sur un double matériau:
L’Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance (« enquête Elfe »)
qui suit sur une vingtaine d’années une cohorte de 18 000 enfants nés en France en 2011. Notre projet s'appuie sur les nombreuses questions posées aux parents alors que leur enfant avait 2 mois, 1 an, 2 ans et 3 ans et demi, quant à leurs pratiques éducatives en matière de soins aux enfants, de socialisation corporelle et de partage des tâches parentales et ménagères. Les deux parents de l’enfant ont été interrogés séparément, ce qui permet de comparer leurs réponses.
La dimension longitudinale de l'enquête permet de voir l'évolution des pratiques parentales entre 2 mois et 3,5 ans, avec des incursions jusqu'à 5 ou 10 ans pour saisir la (dis)continuité de certaines pratiques tout au long de l'enfance.
Le deuxième matériau est constitué d'un corpus de 80 entretiens réalisés auprès de 18 familles, dans lesquelles un enfant était né en 2011, et qui ont été suivies pendant 3 ans, avec des entretiens répétés. Les pères et les mères ont été interrogé·es séparément
sur leurs conditions de vie et leurs pratiques éducatives, en particulier sous l’angle des pratiques de soins et des modèles corporels transmis à leurs enfants. Contrairement à Elfe qui offre la possibilité d’explorer en détail les variations sociales et familiales de la socialisation sexuée en population générale, cette enquête-ci porte sur un segment plus restreint de l’espace social : des couples hétérosexuels, parents de deux enfants, bi-actifs et appartenant aux catégories socioprofessionnelles intermédiaires et supérieures, diplômés de l’enseignement supérieur. En se centrant sur ces familles scolairement dotées, on peut vérifier dans quelle mesure ces parents, présentés dans la littérature sociologique comme adhérant le plus au modèle égalitaire dans l’éducation des filles et des garçons et le partage des tâches parentales, s’en rapprochent ou s’en détachent.
Enfin, nous procéderons à la mise en relation des données statistiques de l’enquête Elfe et des données qualitatives sur cette fraction de population commune aux deux enquêtes (les couples diplômés) afin de relier les régularités statistiques - ou situations plus atypiques - aux mécanismes sociologiques sous-jacents repérés dans les entretiens.
Non rédigé
Ce projet porte sur les processus précoces de socialisation genrée au sein des familles, de la naissance d’un enfant jusqu'à ses 3 ans dans une perspective sociologique. Dans un contexte national et international où les inégalités de genre font l’objet de très vifs débats, il importe de documenter précisément les processus au travers desquels celles-ci se construisent dès le plus jeune âge. Pour ce faire, nous étudierons les processus familiaux de transmission de normes et de pratiques sexuées en nous centrant plus particulièrement sur la relation parents/enfants.
Plusieurs questions alimentent notre réflexion : quelles normes et dispositions de genre les parents (mères et pères) reçoivent-ils et transmettent-ils à leurs filles et à leurs garçons ? Comment s’accomplit le travail parental de socialisation de genre sur les très jeunes enfants ? Comment les parents font-ils face, en pratique, aux injonctions plus ou moins explicites qui leur sont faites à traiter de façon égalitaire filles et garçons, mais aussi à différencier et singulariser chaque enfant ? Quelles sont les variations sociales de ces pratiques éducatives genrées selon le capital culturel et/ou économique et de la trajectoire de mobilité des parents ?
Dans ce projet nous traitons de deux dimensions centrales de la socialisation sexuée : le façonnage du corps et la division sexuée du travail parental.
La première considère le corps comme le support d’inscription des normes de genre et nous conduira à décrire les goûts et les pratiques concrètes des parents en matière de soins corporels de puériculture, de soins de l’apparence corporelle, d’éducation à la motricité et à l’autonomie corporelle.
La deuxième examine les arrangements parentaux qui donnent à voir aux très jeunes enfants une organisation genrée – ou non – de la famille et des rôles sociaux. De ce point de vue, la division du travail parental sera considérée comme une matrice de socialisation des enfants au genre.
Ces deux dimensions seront mises en regard des configurations familiales et des positions et trajectoires sociales des parents. Il s’agit de tenir ensemble l’analyse des rapports sociaux de sexe, de la position occupée dans la famille (père, mère, fille, fils, rang de naissance) et celle occupée dans l’espace social.
Notre démarche est contextuelle et temporelle : elle vise à décrire en détail les variations sociales de cette socialisation en suivant son évolution au cours de la prime enfance.
La recherche s’appuie sur la cohorte ELFE (Etude Longitudinale Française sur l’Enfance) qui suit 18 000 familles depuis la naissance d'un de leurs enfants en 2011. L’analyse sera fondée sur l’exploitation de quatre vagues de cette enquête : les interrogations des deux parents aux 2 mois, 1 an, 2 ans et 3,5 ans de l’enfant. Le projet s’appuie également sur une enquête qualitative longitudinale portant sur les modèles éducatifs parentaux et l’organisation familiale, initiée en 2011 et menée auprès de couples interrogés à plusieurs reprises, de la naissance jusqu’aux 3 ans de leur enfant (80 entretiens en contexte familial).
Cette recherche permettra de combler les faibles connaissances sociologiques sur la socialisation familiale d’enfants d’âge préscolaire en France. Elle se propose d’éclairer les mécanismes sociaux à travers lesquels les différences entre filles et garçons – et les inégalités qui en découlent – se fabriquent dans les toutes premières années de la vie. Ce faisant elle permettra d’identifier des leviers pour lutter contre la construction précoce des inégalités de genre.
Coordination du projet
Olivia Samuel (Laboratoire PRINTEMPS (Professions, Institutions, Temporalités))
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
PRINTEMPS Laboratoire PRINTEMPS (Professions, Institutions, Temporalités)
CRESPPA Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris - CRESPPA
ELFE ETUDE LONGITUDINALE FRANCAISE DEPUIS L'ENFANCE
Aide de l'ANR 288 944 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2022
- 48 Mois