CE27 - Culture, création, patrimoine 2021

Construire le nationalisme en Asie Centrale : L'appropriation de la révolution tibétaine au début du XXe siècle – NATINASIA

La construction du nationalisme en Asie centrale au début du 20e siècle

La révolution chinoise de 1911 en Asie centrale

La construction du discours nationaliste en Asie centrale au début du 20e siècle

La révolution chinoise de 1911 au Tibet, les différents facteurs internes et externes qui l'ont conditionnée, son déroulement et ses conséquences sur la géopolitique de l'Asie centrale n'ont pas encore été étudiés. Ce projet propose une histoire connectée de la révolution au Tibet en prenant en considération les trois provinces tibétaines (Tibet central (Ü-Tsang), Kham et Amdo) et en mettant en relation les espaces sociopolitiques de l'Asie intérieure. Il s'éloigne d'une analyse historique classique, basée uniquement sur les sources gouvernementales, pour confronter l'archive aux chroniques de la révolution, qu'elles soient prises sous forme de notes au jour le jour ou qu'elles forment un récit de voyage ou de guerre écrit a posteriori. Elle vise à déterminer l'influence exercée par la production, la publication et la diffusion des écrits sur le contexte de l'événement et sur le développement des différentes formes de nationalisme en Asie centrale au début du 20e siècle. Les recherches menées par les membres de l'équipe se concentreront sur plusieurs thèmes : la politique derrière l'éveil nationaliste des populations tibétaines, l'impact de la révolution sur l'évolution des idées politiques des populations tibétaines et les conséquences sur la cartographie des frontières du Tibet et de l'Asie centrale. Le point crucial pour le projet est que bien que chaque membre base ses recherches sur la documentation relative à une province tibétaine ou à une zone géographique donnée, une vision globale de la situation tibétaine émergera. L'objectif principal du projet est de caractériser la construction du discours politique en Asie intérieure à travers les réseaux de transmission, en analysant les concepts politiques transmis et en les traduisant en tibétain et en mongol.

Les considérations du projet sont que le Tibet fut au cœur de multiples ambitions politiques entre les trois empires britannique, russe et mandchou, et au centre des échanges religieux entre les pays d'Asie centrale, principalement la Mongolie et la Bouriatie. La relation entre l'empereur de Chine et le hiérarque tibétain prit fin lorsque l'empereur mandchou lança un processus de colonisation du Tibet et se confirma lorsque l'armée mandchoue présente à Lhasa se mutina après l'annonce de la révolution de 1911. A la suite de ces événements, le dalaï-lama déclara la fin de la "relation de maître spirituel à donateur laïc" entre lui et l'empereur mandchou. Les voyageurs, les témoins, les militaires et les fonctionnaires qui se trouvaient alors au Tibet ont véhiculé des idées nationalistes qui se sont exprimées à travers des textes et que les Tibétains ont empruntées et traduites dans leur propre langue et leurs propres écrits.

Partant de ces constats, la démarche est guidée par la volonté de mener des analyses à plusieurs niveaux (historique, anthropologique et philologique), de déplacer les perspectives (par provinces tibétaines : Tibet central, Kham, Amdo) et les zones géographiques de l'Asie intérieure (principalement la Mongolie, la Mandchourie/Chine et la Bouriatie) et de combiner différentes échelles (témoignages d'acteurs tibétains et de voyageurs, observations de diplomates et documents d'archives), afin de mettre en évidence les liens entre le contexte tibétain et la situation en Asie centrale de 1901 à 1918. Le travail de terrain et la collecte de données sont au cœur du projet actuel et sont essentiels à son achèvement et à son succès. Chaque participant contribuera pleinement à cette tâche cruciale en travaillant sur des récits de voyage et des documents d'archives selon les méthodes pertinentes utilisées dans les domaines de l'histoire et de l'anthropologie. Le projet entend fonder sa recherche sur les récits (journaux de voyage, récits de guerre, notes) et les documents d'archives liés au contexte de la révolution chinoise de 1911 au Tibet.

La documentation, en partie déjà rassemblée par les participants et en plusieurs langues (européen, chinois, japonais, mandchou, mongol, russe et tibétain), rassemblera les partenaires scientifiques du projet ainsi que leurs compétences sur l'histoire du Tibet, de la Chine et des pays de l'Asie centrale (EFEO) ainsi que sur les humanités numériques (IAO). L'équipe de l'EFEO s'efforce de répondre à deux grandes questions de recherche : Le Tibet a-t-il été au cœur de la construction des nationalismes en Asie centrale ? L'actualisation de la révolution chinoise de 1911 au Tibet s'est-elle révélée être la dynamique spécifique à l'origine des transferts d'idées politiques au Tibet et en Asie intérieure ? Sur le plan technique, les membres de l'équipe de l'EFEO complèteront une base de données contextualisant les sources (auteurs, date, publication).

 

 

A la suite d'un séminaire en ligne mensuel et de quatre journées d'étude, il est possible de dégager plusieurs résultats:

- les journaux de voyage, les témoignages en tant que sources principales pour le projet apportent une dimension d'observation bien plus que participative. En effet, les voyageurs décrivent les situations rencontrées, qui permettent de mieux appréhender les forces en présence, la culture tibétaine mais très peu les échanges personnels et les conversations qu'ils auraient pu avoir avec les Tibétains ou les Mongols et qui auraient pu contribuer à une meilleure compréhension de la circulation des idées. L'absence de maîtrise de la langue est certainement un handicap pour ces voyageurs. Cette faiblesse, rencontrée dans ces sources est cependant fortement contrebalancée par les rapports des diplomates et des missionnaires qui fournissent des informations extrêmement précises des situations rencontrées et des conversations qu'ils ont pu tenir avec les fonctionnaires locaux, chinois ou tibétains. Ainsi, les forces en présence, en l'occurrence les Britanniques et les Russes mais aussi les français sont extrêmement bien renseignées. Ces sources sont également complétées par les rapports des fonctionnaires, voyageurs, explorateurs, curieux qui cherchèrent à rencontrer le 13e Dalai Lama pendant ses exils (en Mongolie, en Chine et en Amdo de 1904 au début 1910 ainsi qu'en Inde de 1910 au début de 1913). Ainsi, des informations émanant des rencontres entre les plus hautes autorités tibétaines et des voyageurs ou visiteurs auxquels je n'avais pas pensé en élaborant le projet s'avèrent extrêmement utiles pour comprendre les origines de la volonté d'indépendance du 13e Dalai Lama ainsi que sa compréhension et sa formulation de l'idée même d'indépendance. De même que les observations du 13e Dalai Lama pendant ses déplacements ont permis l'élaboration de son plan de modernisation du Tibet à partir de 1913. Un premier livre "Emerging Consciousness of State-building Needs in Inner Asia in the early 20th c." est en cours d'élaboration sur ce point.

Un second volume intitulé "Himalayan and Inner Asian Geopolitical Discourses after the Xinhai Revolution" qui sera publié dans la revue Inner Asia se prépare également. Il propose de répondre aux questions suivantes : Comment la révolution chinoise de 1911 modifia l'ordre géopolitique en Asie centrale et comment elle a conduit à la définition de nouvelles frontières territoriales ?

La conférence finale qui sera organisée en décembre 2025 poursuit la réflexion telle qu'elle avait été définie dans la proposition déposée auprès de l'ANR. Son thème a déjà été discuté collectivement et des invitations vers des chercheurs tibétains, mongols et bouriates que nous avons sélectionnés collectivement. Son titre est "Imaginer l'État : Droit international et concepts politiques au Tibet et en Mongolie au début du XXe siècle" et l'appel à communication est le suivant : L'interaction entre le droit international et la transition de l'empire Qing à la République de Chine a fait l'objet d'une attention considérable. Cependant, les déclarations d'indépendance de la Mongolie extérieure et du Tibet sont moins largement reconnues. Le discours académique dominant, largement influencé par les perspectives chinoises, dépeint souvent ces mouvements comme étant de nature sécessionniste, produits d'une instigation venant de l'extérieur, en l'occurrence des Britanniques et des Russes. Cette conférence vise à changer d'angle d'analyse pour reconnaître et explorer au plus près l'action des peuples mongols et tibétains dans l'élaboration de leur propre destin au cours des premières décennies du vingtième siècle. Notre préoccupation est d'évaluer dans quelle mesure le droit international a éclairé non seulement leurs déclarations d'indépendance respectives, mais aussi la manière dont les Tibétains et les Mongols ont utilisé ces nouveaux concepts pour imaginer la transformation de leurs nations et de leurs États et pour comprendre quelle était leur place respective dans le contexte mondial changeant des relations entre les sociétés. Comment, par exemple, les acteurs politiques d'Asie centrale ont-ils communiqué ces nouvelles conceptions de l'État et de la société à leurs peuples, à leurs rivaux régionaux et à la communauté internationale ? Et par quels canaux les Mongols et les Tibétains ont-ils échangé et influencé leurs conceptions respectives du nationalisme, de l'État et de l'indépendance ? En approfondissant ces questions, notre recherche cherche à introduire une compréhension plus nuancée des contextes historiques et juridiques entourant la (ré)émergence de nouveaux États tibétains et mongols au début du vingtième siècle.

 

La compréhension de cette période clé pour le Tibet et son éveil nationaliste par les Tibétains de l'exil dès les années 60 est également au coeur de nos discussions et nous réfléchissons à la façon dont les Tibétains de l'exil ont tenté de transmettre aux étrangers la vision d'un Tibet indépendant.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’objectif du projet est d’analyser le contexte de la révolution chinoise de 1911 au Tibet (provinces du Tibet central, du Kham et de l’Amdo) à travers des « regards croisés ». Cette période des relations sino-tibétaines est particulièrement importante car elle détermine la fin de la relation privilégiée qui liait les hiérarques du Tibet aux empereurs de Chine, généralement qualifiée de « maître spirituel à protecteur laïc » (chöyön). Les recherches menées dans le cadre de ce projet couvriront la période allant de 1901, marquée par un rapprochement russo-tibétain, à 1918, lorsque les derniers fonctionnaires et militaires mandchous et chinois quittèrent le Tibet. Elles se fonderont sur des archives mais aussi sur les récits publiés, rapports et carnets de notes, laissés par les voyageurs, les diplomates, les militaires et les fonctionnaires civils, tibétains et étrangers, afin de confronter le point de vue officiel à celui des acteurs et des témoins de la révolution. L’objectif sera non seulement de retracer les prémisses, le déroulement et les conséquences de la Révolution chinoise de 1911 au Tibet, mais aussi de cerner de quelle façon la situation tibétaine, par la rupture des relations entre le Tibet et la Chine, accéléra les mutations politiques de l’Asie centrale. La démarche envisagée sera guidée par la volonté de mener des analyses à plusieurs niveaux (historique, anthropologique, politique et philologique), de déplacer les perspectives (par aires géographiques tibétaines et centrales asiatiques) et de combiner différentes échelles (témoignages des acteurs tibétains et des voyageurs, observations des diplomates et documents d’archives), afin de révéler des liens entre le contexte tibétain et la situation en Asie centrale en général, par une approche comparatiste, à une époque où l’empire mandchou (1644-1912) se disloque et où la montée des nationalismes se confirme.

Coordination du projet

Fabienne JAGOU (Ecole française d'Extrême-Orient)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

IAO Institut d'Asie Orientale
EFEO Ecole française d'Extrême-Orient

Aide de l'ANR 373 728 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2022 - 48 Mois

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