Patrimoine, savoirs locaux et innovation : consommation d’insectes en Amérique latine – LATINSECT
Patrimoine, savoirs locaux et innovation : consommation d’insectes en Amérique latine
Comparaison de la consommation d’insectes, de sa valorisation, patrimonialisation ou au contraire de sa dépréciation, dans quatre pays multiculturels d’Amérique latine (Mexique, Colombie, Équateur, Brésil).
Insectes comestibles en Amérique latine : savoirs environnementaux et culinaires, commerce, mutations alimentaires, valorisation, patrimonialisation ou dépréciation de la consommation
L’objectif de ce projet interdisciplinaire est d’étudier, par une comparaison systématique, la représentation de la consommation des insectes dans quatre pays multiculturels d’Amérique latine (Mexique, Colombie, Équateur, Brésil), en se centrant sur des espèces commercialisées, consommées à la fois en zones rurales et urbaines. Qui collecte ces animaux ? Quels savoirs détiennent les collecteurs ? Comment ces animaux sont-ils cuisinés, en contexte familial ou de vente ? Où et comment les pratiques autour de ces animaux sont-elles considérées comme un patrimoine ? Qui les consomme ? Comment leur consommation est-elle un révélateur de relations, voire de tensions, entre groupes culturels et sociaux ?
Les méthodes employées par les chercheurs de sciences sociales sont l’observation participante, les entretiens semi-directifs sur la collecte, la préparation, le commerce et la consommation, auprès de personnes qui collectent, cuisinent et consomment des insectes au niveau familial et/ou pour le commerce. Ils ont mené des enquêtes sur les filières commerciales, les lieux de vente et de présentation des insectes in natura et préparés (marchés, restaurants, foires gastronomiques), ainsi que sur les changements d’usage des terres. Des ateliers de cartographies participatives ont eu lieu, et des cartes des circuits commerciaux ont été élaborées.
Les entomologistes et anthropologues-ethnobiologistes ont procédé à des collectes entomologiques, notamment pour des insectes qui n’ont pas été identifiés précédemment ou qui correspondent à plusieurs espèces. Les entomologistes ont réalisé eux-mêmes les identifications morphologiques ou ont demandé l’intervention de taxonomes spécialistes de ces espèces. Des identifications par barcoding moléculaire ont été effectuées pour quelques espèces, ainsi que des analyses physico-chimiques. De telles analyses ont également été réalisées sur des produits transformés à base d’insectes pour évaluer leur qualité nutritionnelle.
Le projet a bien mis en évidence le contraste entre les différents pays concernant la valorisation ou la dépréciation de la consommation des insectes commercialisés. Il a montré l’importance des savoirs des collecteurs et des interactions entre humains et insectes. Les enjeux de patrimonialisation et la question de la durabilité ont été discuté, en lien avec la perte des savoirs, la surexploitation et les changements environnementaux. Le projet a aussi révélé l’organisation du commerce, sur lequel il n’y avait pas de données et montré la diversité des préparations culinaires et les innovations en cours. Par ailleurs, de nouvelles espèces comestibles ont été identifiées, et de nouvelles analyses physico-chimiques réalisées, dont certaines sur des produits transformés. Parallèlement au projet, une expérimentation d’élevage de larves de charançons est en cours en Équateur.
Les participants ont organisé une session de colloque, et présenté dans des colloques 32 communications orales et 5 posters. Des résultats ont été publiés sur les questions identitaires, le patrimoine, les savoirs locaux des collecteurs, les changements environnementaux et territoriaux, le contenu physico-chimique (7 articles et 3 chapitres). Une base de données a été mise en place et continuera à être alimentée.
Le réseau de chercheurs constitué pour ce projet sera consolidé, et les partenariats internationaux seront poursuivis. Les chercheurs espèrent continuer et approfondir cette recherche, ce qui dépendra de nouveaux financements.
La base de données des insectes comestibles d’Amérique latine continuera à être alimentée par tous les partenaires du projet.
Des publications issues de ces recherches communes sont encore à prévoir, en particulier un ouvrage collectif. En vue de son élaboration, une journée d’étude est programmée en septembre 2026 à Paris, avec l’appui de l’Initiative Alimentation de Sorbonne Université.
À partir des matériaux recueillis, des résultats analysés, des photos et des vidéos, des actions de diffusion au grand public seront menées, la première prévue étant la Fête de la Science d’octobre 2026, dont le thème est « Saveurs savantes ».
Une restitution des données aura lieu dans les communautés où ont eu lieu des terrains de plusieurs semaines.
L’élevage des larves de charançons sera mis en œuvre en Amazonie équatorienne, à l’issue de l’étude en cours.
L’objectif de ce projet est d’étudier, par une comparaison systématique, la représentation de la consommation des insectes dans différents pays multiculturels d’Amérique latine, en se centrant sur des espèces commercialisées consommées à la fois en zones rurales et urbaines. Il questionne également comment, au niveau local, la collecte, la transformation, le commerce et la consommation des insectes constituent un patrimoine bioculturel, et à un niveau plus large, quelles actions de patrimonialisation impliquant des insectes comestibles ont lieu ou pas. Finalement, comment cette consommation est-elle un révélateur de tensions entre classes sociales et groupes ethniques ? En analysant les savoirs environnementaux et culinaires, les menaces sur l’environnement des insectes et leur qualité nutritionnelle, le projet vise à valoriser ce patrimoine, soutenir les acteurs locaux dans leurs pratiques et co-construire avec eux des savoirs pour répondre aux défis alimentaires du futur.
Coordination du projet
Esther Katz (PATRIMOINES LOCAUX, ENVIRONNEMENT ET GLOBALISATION)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
PALOC PATRIMOINES LOCAUX, ENVIRONNEMENT ET GLOBALISATION
EA Eco-Anthropologie
SayFood Paris-Saclay Food and Bioproduct Engineering Research Unit
PUCE Pontificia Universidad Católica del Ecuador / Escuela de Ciencias Biológicas
IAvH Instituto de Investigación de Recursos Biológicos Alexander von Humboldt / Colecciones Biológicas IAvH, Subdirección de Investigaciones
Aide de l'ANR 330 291 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2022
- 48 Mois