Parcellaires agraires et dynamiques d’exploitation du sol dans la longue durée – PARCEDES
PARCEDES : Parcellaires agraires et dynamiques d’exploitation du sol dans la longue durée
Le projet PARCEDES cherche à évaluer la part des sociétés et des milieux dans l’organisation et la transmission des parcellaires agraires dans la longue durée, en comparant quatre terrains français, anglais et italiens, de l’âge du Bronze au temps présent. PARCEDES envisage également la valorisation et la médiation des sources mobilisées et des données et résultats produits, auprès du grand public et des gestionnaires des archives, du patrimoine et des territoires contemporains.
Contribuer à revitaliser les études géohistoriques de morphologie agraire grâce à une recherche interdisciplinaire et numérique
PARCEDES ambitionne d’étudier l’organisation et l’évolution des parcellaires agraires de la Protohistoire à nos jours sur quatre terrains français, italien et anglais. Il s’agira :<br />(i) d’identifier et de caractériser les articulations possibles entre ces évolutions et les paramètres sociétaux et/ou géographiques ; <br />(ii) de proposer une modélisation des phénomènes observables de résilience des parcellaires dans la longue durée ; <br />(iii) de proposer une comparaison innovante des quatre terrains sous la forme d’une « carte d’identité géomatique » pour chacune de ces fenêtres, fondée sur l’analyse géomatique et statistique de la géométrie des parcelles.<br /><br />Ce faisant, le projet PARCEDES souhaite contribuer à lever trois verrous scientifiques et méthodologiques : <br />(i) résoudre le problème de la grande dispersion et hétérogénéité des données disponibles en partant de l’analyse morphologique des parcellaires des XIXe-XXe s. et en construisant une base de données exhaustive des « faits planimétriques archéologiques » (le plus souvent des fossés) trouvés en fouilles et diagnostics ; <br />(ii) dépasser les études locales closes sur elles-mêmes par une approche comparée et une méthodologie harmonisée ;<br />(iii) améliorer notre connaissance des structures agraires terrassées par la datation de 12 d’entre elles (Devon) grâce à une méthode archéométrique innovante (OSL-Profiling & Dating). <br />Enfin, PARCEDES s’emploiera à faire un bilan critique sur les données et disciplines mobilisées.<br /><br />Le programme de travail s’organise en 4 « work packages » et 16 tâches afin de remplir ces objectifs, qui couvrent toute la « chaîne opératoire » depuis l’acquisition des données jusqu’aux activités de diffusion et de médiation des données et des résultats de l’enquête : <br />- Work package n°1 : acquisition de données complémentaires à celles déjà accessibles dont 1 base de données des fossés archéologiques (Vendée, Nîmes, tâches 1 et 3) ; 200 clichés photo-interprétés d’une mission aérienne de 1976 (Vendée, tâche 2) ; 24 feuilles de section du cadastre ancien vectorisées (Nîmes, tâche 4) ; vectorisation d’une partie du cadastre Lorenese en Maremma et saisie des états de section associés (Toscane, tâches 5 et 6) ; photo-interprétation de 5 missions aériennes (Toscane, tâche 7) ; réalisation de 12 sondages archéologiques dans des structures agraires terrassées d’où ont été prélevés 12 échantillons sédimentaires pour datation par OSL-PD (Devon, tâches 8-9). <br />- Work package n°2 : création de 4 webSIG pour valoriser les données produites et l’ensemble des données utiles pour une lecture archéogéographique des quatre terrains. <br />- Work package n°3 : analyses et synthèses, modélisation des résultats, finalisation des webSIG et de 4 Story Maps. <br />- Work package n°4 : parallèlement, des actions de communication, de dissémination et d’information sont et seront menées et 5 réunions de travail pour l’équipe.
Le projet PARCEDES mobilise certaines méthodes et techniques relevant de différents champs disciplinaires, mais qui tous concourent à une meilleure compréhension de l’histoire des parcellaires :
1. Champ disciplinaire de l’archéogéographie : le problème de la grande dispersion et de l’hétérogénéité des données géohistoriques est affronté en adoptant une analyse morphologique des parcellaires des XIXe-XXe s. (à partir des plans cadastraux anciens) conduite selon les principes méthodologiques renouvelés par l’école française d’archéogéographie depuis vingt ans ;
2. Champ disciplinaire de l’archéologie : la difficile datation des limites agraires est abordée par le biais de :
(i) l’élaboration d’une base de données exhaustive des fossés parcellaires mis au jour lors de fouilles et diagnostics en France, en partenariat avec l’Inrap ;
(ii) par la datation archéométrique de 12 earthworks (structures agraires terrassées) dans le South-Hams (Devon, Angleterre), en partenariat avec l’université de Newcastle, grâce à la technique innovante, « Optically Stimulated Luminescence-Profiling and Dating », qui permet d’établir un profil chronologique fiable de l’âge de construction de la structure agraire et de ses modifications ultérieures.
3. Champ disciplinaire de la géomatique : la difficulté des études locales closes sur elles-mêmes qui nuisent aux comparaisons sera résolue par une approche comparée entre les quatre terrains selon une méthodologie harmonisée, d’un point de vue archéogéographique (cf. supra) et d’un point de vue géomatique et statistique. Cette dernière dimension est rendue possible par le fait de traiter des données de nature numérique, gérées et analysées sous SIG (système d’information géographique). Cela permettra de proposer une comparaison innovante des quatre terrains sous la forme d’une « carte d’identité géomatique » pour chacune de ces fenêtres, fondée sur l’analyse géomatique et statistique de la géométrie des parcelles. Elle débouchera par ailleurs sur la mise à jour du plugin pour QGIS appelé MorphAL, conçu il y a quelques années dans le cadre de l’ANR ALPAGE sur l’espace urbain parisien. Outre le fait que ce plugin était initialement pensé pour un autre environnement logiciel (Open Jump) et qu’il faut le faire évoluer (pour QGIS), il était trop réduit du point de vue des calculs effectués (orientations et rectangularité des parcelles) et pensé pour le parcellaire urbain et non agraire. Le projet PARCEDES sera donc l’occasion de le faire évoluer pour intégrer d’autres calculs, certains classiques, d’autres plus exploratoires et innovants. Ce travail s’effectue dans le cadre du partenariat avec le consortium « Projets Time Machine » de l’IR* Huma-Num dont PARCEDES est « projet associé ».
Les résultats du projet contribueront à la recherche scientifique de plusieurs manières :
(i) en valorisant les recherches innovantes sur les parcellaires articulant des données variées, en particulier archéologiques et planimétriques, dans une perspective de longue durée. Cela contribuera à revitaliser un champ de recherche plutôt laissé de côté en archéologie depuis les années 2000 (excepté les parcellaires fossiles sous forêt), quasiment abandonné en géographie rurale et peu renouvelé sur le plan méthodologique en histoire rurale. Les webSIG seront un des outils de cette valorisation.
(ii) en venant abonder un « manuel numérique ouvert sur la morphologie agraire » (MaNOMA) dans le monde (https://manoma.hypotheses.org), placé sous le haut patronage de l’Académie d’Agriculture de France. L’ambition est de rassembler les nombreuses études qui changent depuis trente ans les termes de l’analyse des formes planimétriques agraires et d’intégrer de nouvelles contributions, comme celles du projet PARCEDES.
(iii) en contribuant à mieux valoriser les opérations de diagnostic archéologique comme véritables outils au service de l’histoire des espaces ruraux, dans le droit fil du séminaire organisé par l’Inrap en 2017 sur « Le diagnostic archéologique comme outil de recherche ». Les diagnostics ne se réduisent pas à la découverte de fossés parcellaires, mais ils en sont les plus grands pourvoyeurs. Or la plupart n’étant pas suivis de fouilles, ces données ne sont pas ou peu exploitées. Le travail de récolement en Vendée et à Nîmes, en partenariat avec l’Inrap, ambitionne donc d’aboutir à la proposition d’un protocole d’enregistrement et d’étude de ces structures à destination des archéologues du préventif.
(iv) sur le plan opérationnel, en aidant les archéologues des services régionaux de l’archéologie dans leur tâche de prescription des interventions archéologiques parce que la cartographie des parcellaires et des chemins anciens qui sont bien souvent imbriqués avec représente un outil prédictif pour l’anticipation des découvertes et leur compréhension au sein des espaces étudiés.
(v) en étant une source de sujets de recherche en Master et thèses pour poursuivre ou approfondir les pistes dégagées. À ce jour, la dynamique autour de PARCEDES a déjà débouché sur :
- une inscription en thèse d’un doctorant sur le terrain de Grosseto en Maremma (Simone Grosso, sous la direction de Christophe Petit, Magali Watteaux et Carlo Citter, co-tutelle Paris 1/Rome La Sapienza) ;
- un mémoire de Master en Vendée sur les campagnes gauloises et antiques autour du Langon (Louis Lefebvre, Rennes 2) ;
- un stage de Master à Nîmes avec l’Inrap Midi-Méditerranée pour aider à la saisie de la base de données des faits planimétriques archéologiques (Alice Merchet, Montpellier 3).
En retour, ces étudiants profitent d’un « écosystème » de recherche utile, durant le projet lui-même ou à sa suite en raison des actions de dissémination qui suivront.
PARCEDES contribuera, par les publications en cours et à venir, par les communications d’ores et déjà présentées ou futures, ainsi que par les évènements organisés (https://parcedes.hypotheses.org/category/events) à revitaliser un champ de recherche aujourd’hui délaissé en archéologie, quasiment abandonné en géographie et peu renouvelé en histoire rurale. La dimension européenne du projet et l’organisation d’une session à l’EAA à Belfast le 31 août 2023 augurent par ailleurs de développements scientifiques à l’échelle européenne à la suite du projet. Sont attendus également des développements intéressants en termes de formation, sur la base des contenus proposés lors de l’école d’été qui aura lieu en juillet 2024 (https://parcedes.sciencesconf.org/).
Hors du champ académique, les résultats apportés permettront aussi de contribuer à valoriser les diagnostics archéologiques comme outils de recherche sur les espaces agraire, et au travail de prescription des services régionaux de l’archéologie en France en apportant des informations à portée prédictive pour de futures opérations (cf. rubrique « Résultats »).
Le programme PARCEDES envisage également, pendant ou après le projet, la médiation des résultats auprès des gestionnaires des archives, du patrimoine et de l’aménagement des différents territoires impliqués afin de montrer que les parcellaires, loin d’être insignifiants, sont utiles pour penser la durabilité des projets d’aménagement et que leur histoire est digne d’être racontée et intégrée pour construire la résilience des territoires de demain. En d’autres termes, il s’agira de porter ou aider à construire un discours historique accessible sur les limites agraires comme éléments culturels et paysagers et d’expliquer le fonctionnement des mémoires paysagères pour aider à construire la résilience des territoires de demain. Concrètement, cela prendra la forme de conférences grand public (au moins 7 au total avant la fin du projet), d’une école d’été à l’Historial de Vendée (juillet 2024), d’une participation à la réflexion sur le futur projet de rénovation du musée de l’Historial en tant que « musée de territoire », et de collaborations avec les archives départementales des deux terrains français. Par exemple, une expérience est en cours dans le domaine de la « science participative » en partenariat avec les archives départementales de Vendée pour la co-construction d’un site web de saisie collaborative grand-public des informations historiques contenues dans les états de section du cadastre ancien (convention de recherche entre le CD-85 et l’université Rennes 2 portée par la coordinatrice de l’ANR PARCEDES). Une fois finalisée, cette plateforme sera présentée aux vendéens via une conférence (le 15 juillet 2024) puis via des sessions de saisie collective aux archives départementales.
Le projet PARCEDES débouchera sur plusieurs livrables, produits au fur et à mesure du projet et dont certains sont déjà accessibles :
(i) 4 webSIG en open access (ArcGis Online) rassemblant les données géomatiques produites ainsi que toutes les données utiles à une lecture archéogéographique d’un territoire. Trois webSIG sont déjà publiés, dans une première version : parcedes.hypotheses.org/category/webgis
(ii) 1 rapport d’étude sur 10 earth banks du South Hams décrivant les sondages archéologiques réalisés sur le terrain et les datations des prélèvements sédimentaires effectuées en laboratoire ;
(iii) 2 bases de données sur les « faits planimétriques archéologiques » retrouvés dans le cadre des diagnostics et fouilles préventives en Sud-Vendée et dans la plaine nîmoise (avec un manuel décrivant la base) ;
(iv) 1 Plan de Gestion des Données, réactualisé à mi-parcours et en fin de parcours du projet ;
(v) la version 2 du plugin MorphAL dans le cadre d’un partenariat avec le consortium « Projets Time Machine » de l’IR* Huma-Num dont PARCEDES est « projet associé » ;
(vi) des publications et communications dans des supports et contextes variés (hors édition des actes du colloque de clôture, postérieurs au projet) ;
(vii) 3 outils d’information dédiés au projet : 1 carnet de blog Hypothèses (https://parcedes.hypotheses.org), 1 compte X/Twitter (@ANR_Parcedes), 1 compte Facebook (Anr Parcedes) ;
(viii) 4 Story Maps, sur chacun des terrains, dont une première version sur la Maremma est déjà disponible : parcedes.hypotheses.org/category/multimedia_content/storymaps
(ix) des procédures rédigées et des tutoriels vidéos sur les traitements géomatiques des parcelles et la qualité des données nécessaires ;
(x) 1 chaîne YouTube pour la diffusion de tutoriels vidéos.
Par ailleurs, PARCEDES a organisé une session au congrès de l’EAA (European association of archaeologists) à Belfast le 31 août 2023 (#257 “Long-term Dynamics of Field Patterns and Land Use”), ainsi qu’une école d’été de formation sur le thème de l’analyse des parcellaires agraires au service de la recherche archéologique et géohistorique, qui se tiendra en juillet 2024 à l’Historial de Vendée (https://parcedes.sciencesconf.org). Un colloque de clôture est prévu après la fin du projet.
Enfin, le rapport final du programme PARCEDES sera publié sur le blog du projet afin de résumer l’ensemble des activités développées et des résultats obtenus.
PARCEDES ambitionne d’étudier l’organisation et les évolutions des parcellaires agraires de la Protohistoire à nos jours à partir de 4 terrains français, italien et anglais. Il s’agira (i) d’identifier et, le cas échéant, de caractériser les articulations possibles entre ces évolutions et les paramètres sociétaux et/ou géographiques, (ii) de proposer une modélisation des phénomènes observables de résilience des parcellaires dans la longue durée. S’appuyant sur les avancés de l’archéogéographie française qui évalue la part des transformations et transmissions qui affectent les formes des paysages, PARCEDES est un projet original car il souhaite lever 3 verrous scientifiques et méthodologiques : (i) résoudre le problème de la grande dispersion et hétérogénéité des données disponibles en partant de l’analyse morphologique des parcellaires des XIXe-XXe s. et en construisant une base de données exhaustive des fossés parcellaires trouvés en fouilles et diagnostics ; (ii) dépasser les études locales closes sur elles-mêmes par une approche comparée et une méthodologie harmonisée ; (iii) améliorer notre connaissance des structures agraires terrassées par la datation de 10 d’entre elles (Devon) grâce à une méthode archéométrique innovante (OSL-Profiling & Dating). Enfin, PARCEDES s’emploiera à faire un bilan critique sur les données et disciplines mobilisées.
PARCEDES sera porté par Magali Watteaux (univ. Rennes 2) pendant 3 ans, en collaboration avec 3 archéologues et 1 ingénieur(e) d’étude en géomatique. Le programme de travail s’organisera en 4 work packages et 16 tâches. WP1 (2022) : acquisition de données complémentaires à celles déjà accessibles. L’aide demandée à l’ANR (305 280 €) permettra de financer : 1 base de données des fossés archéologiques (Vendée, Nîmes, tâches 1, 3) ; 200 clichés photo-interprétés d’une mission aérienne de 1976 (Vendée, tâche 2) ; 24 feuilles de section du cadastre ancien vectorisées (Nîmes, tâche 4) ; 1 MNT par aérophotogrammétrie (Toscane, tâche 5) ; vectorisation d’une partie du cadastre Lorenese (Toscane, tâche 6) ; photo-interprétation de 5 missions aériennes (Toscane, tâche 7) ; réalisation de 10 sondages archéologiques dans des structures agraires terrassées d’où seront prélevés 10 échantillons sédimentaires pour datation par OSL-PD (Devon, tâches 8-9). WP2 (2023) : analyses et création d’un webSIG où seront mises en open access les données produites. WP3 (2024) : synthèses, modélisation des résultats, finalisation du webSIG. WP4 : parallèlement, des actions de communication, de dissémination (4 conférences grand public) et d’information seront menées et 5 réunions de travail pour l’équipe. Ce travail collectif donnera 12 livrables : 1 webSIG (TGIR Huma-Num), 1 rapport sur les sondages du Devon, 6 publications (revues à comité de lecture), 3 outils d’information (carnet Hypotheses.org, page Facebook, compte Twitter), 1 Plan de Gestion des Données. Seront organisées : 1 session à l’EAA (sept. 2023), 1 école d’été (juil. 2024), 1 colloque de clôture (déc. 2024).
PARCEDES contribuera à revitaliser un champ de recherche aujourd’hui délaissé en archéologie, quasiment abandonné en géographie et peu renouvelé en histoire rurale. Il s’agira aussi de contribuer (i) à valoriser les diagnostics archéologiques comme outils de recherche sur les espaces agraires, (ii) au travail de prescription des services régionaux de l’archéologie (France) en enrichissant la base de données archéologiques nationale par des informations à portée prédictive pour de futures opérations. Enfin, PARCEDES envisage également, après le projet, la médiation des résultats auprès des gestionnaires du patrimoine et des territoires contemporains car les parcellaires sont utiles pour penser la durabilité des projets d’aménagement. À l’échelle de la coordinatrice, il lui permettra de renforcer ses recherches sur les parcellaires, ses collaborations avec les archéologues français et son réseau européen en vue de futurs projets européens.
Coordination du projet
Magali Watteaux (TEMPORA)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
TEMPORA
Aide de l'ANR 305 279 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2021
- 36 Mois