Nouvelles approches de bio-impression pour la création de modèles d'initiation du cancer du pancréas – BioPrint_PaCiniMo
Modéliser les toutes premières étapes du cancer du pancréas grâce à la bioimpression 3D pour mieux prévenir, détecter et intercepter la maladie.
Comprendre et reproduire en laboratoire les toutes premières étapes du cancer du pancréas grâce à la bioimpression 3D, pour mieux repérer les signaux d’alerte et, à terme, prévenir ou retarder l’apparition de la maladie.
Mieux comprendre le démarrage du cancer du pancréas pour mieux le prévenir.
Le cancer du pancréas est l’un des cancers les plus graves, en grande partie parce qu’il est souvent découvert trop tard, lorsque les options de traitement sont limitées. Dans les années qui précèdent le diagnostic, le pancréas subit pourtant déjà des changements profonds, invisibles à l’œil nu, qui transforment progressivement un tissu sain en tissu malade. Comprendre ce « démarrage » silencieux du cancer est un enjeu majeur pour pouvoir, un jour, repérer plus tôt les personnes à risque et agir avant que la maladie ne soit trop avancée. L’objectif du projet est de recréer en laboratoire, grâce à la bioimpression 3D, des mini‑morceaux de pancréas qui imitent ces premières étapes de la maladie. On y combine des cellules pancréatiques normales ou porteuses d’une mutation fréquente dans le cancer du pancréas, avec des gels dont on peut régler la rigidité pour reproduire la fibrose (durcissement du tissu) observée chez les patients. On ajoute aussi des fibroblastes, cellules du « soutien » qui peuvent, lorsqu’elles s’activent, contribuer à rendre l’environnement plus favorable au cancer. En observant ces modèles dans le temps, le projet cherche à répondre à plusieurs questions clés, compréhensibles par tous. La rigidité du tissu peut‑elle, à elle seule, pousser des cellules fragilisées à changer de comportement et à adopter un profil « pré‑cancéreux » ? L’activation de certaines cellules de soutien est‑elle un simple témoin de la maladie, ou un moteur qui l’accélère ? Peut‑on détecter, dans le milieu de culture, des protéines ou des signaux précoces qui serviraient de « voyants lumineux » pour alerter bien avant l’apparition d’une tumeur visible ? Ces modèles 3D, miniaturisés et standardisés, ouvrent la possibilité de tester de nombreuses conditions en parallèle à partir d’un nombre limité d’animaux, ce qui répond aussi à l’enjeu éthique de réduction de l’expérimentation animale. À terme, ils pourraient servir de base pour concevoir de nouveaux tests de détection précoce, ou pour évaluer des traitements visant non seulement les cellules tumorales, mais aussi leur environnement.
Pour étudier le démarrage du cancer du pancréas, le projet s’appuie sur des « mini‑tissus » recréés en laboratoire à l’aide de bioimprimantes 3D. Concrètement, on prépare d’abord des gels spéciaux, dérivés de gélatine, dont on peut ajuster la rigidité pour imiter un pancréas sain ou en cours de fibrose (durcissement du tissu). Dans ces gels, on dépose avec précision de toutes petites gouttes contenant des cellules pancréatiques de souris, normales ou porteuses d’une mutation souvent retrouvée chez les patients.
Une fois les modèles imprimés, ils sont mis en culture et observés pendant plusieurs jours à l’aide de microscopes adaptés. On suit l’évolution de la forme des amas de cellules, leur prolifération et l’apparition de marqueurs caractéristiques d’un comportement « pré‑cancéreux ». En parallèle, on analyse les protéines et signaux libérés dans le milieu de culture, afin d’identifier des messages d’alerte précoces envoyés par les cellules lorsqu’elles se trouvent dans un environnement plus rigide ou entourées de fibroblastes activés. Cette approche permet de tester de nombreux scénarios de risque dans des conditions très contrôlées, en limitant le recours aux modèles animaux.
Les travaux ont permis de recréer en laboratoire des « mini‑tissus » pancréatiques qui imitent les toutes premières étapes du cancer, dans des conditions très contrôlées. Les chercheurs ont mis au point quatre types de gels dont on peut régler la rigidité, depuis un tissu sain jusqu’à un tissu fortement fibrosé, puis y ont intégré des cellules pancréatiques normales ou porteuses d’une mutation fréquente dans le cancer du pancréas.
Les résultats montrent que les cellules mutées changent de comportement dans une certaine « fenêtre » de rigidité : elles perdent leurs caractéristiques normales, commencent à se multiplier et adoptent un profil proche de lésions précancéreuses, alors que les cellules normales restent stables dans les mêmes conditions. Dans ces situations, les cellules sécrètent aussi davantage de certaines protéines, comme l’ostéopontine et PAI‑1, déjà associées au cancer du pancréas chez les patients, ce qui en fait de bons candidats comme signaux d’alerte précoces.
En ajoutant des cellules de soutien (fibroblastes), le projet montre également que l’état d’activation de ces cellules peut renforcer le dialogue avec les cellules pancréatiques mutées et favoriser un environnement plus propice au cancer. Enfin, grâce à la miniaturisation et à l’automatisation de ces modèles 3D, il est possible de tester de nombreuses conditions en parallèle à partir d’un petit nombre d’animaux, ce qui va dans le sens d’une recherche plus éthique et mieux adaptée au développement de nouvelles approches de prévention et de détection précoce.
Les résultats du projet ouvrent plusieurs pistes concrètes pour l’avenir.
D’abord, les mini‑tissus pancréatiques bioimprimés pourront servir de « banc d’essai » pour tester de nouvelles stratégies de prévention ou de traitement très en amont.
Ensuite, les signatures précoces mises en évidence pourraient, à terme, inspirer des tests de dépistage plus sensibles, par exemple chez des personnes à risque élevé de cancer du pancréas. Ces modèles pourront aussi être adaptés à d’autres cancers où la fibrose et le dialogue entre cellules tumorales et cellules de soutien jouent un rôle important.
Enfin, le fait de pouvoir tester de très nombreuses conditions à partir d’un petit nombre d’animaux contribue à une recherche plus éthique et plus durable. À plus long terme, ces outils de bioimpression 3D pourraient donc aider à mieux comprendre, détecter et prévenir certains cancers.
Le cancer du pancréas est une maladie complexe et progressive, pour laquelle des modèles in vitro sont nécessaires pour permettre le décryptage de ses mécanismes d'ontogenèse. Nous avons déjà montré que la bio-impression est un outil clé qui permet la fabrication de modèles quasi-physiologiques, qui, par le dépôt contrôlé de cellules dans une matrice 3D, peuvent reproduire davantage les événements d'initiation du cancer du pancréas. Nous voulons ici établir de nouvelles procédures de biofabrication, basées sur la combinaison de la bioimpression assistée par laser et de la microextrusion, afin de mieux contrôler la conception du modèle et de reproduire la niche précancéreuse. Ces outils peuvent ensuite être appliqués pour décrypter l'interaction complexe entre les cellules initiatrices du cancer et sa niche. L'objectif principal est d'atteindre la simplicité en termes de fabrication et contrôle des composants, permettant de reproduire un grand nombre de modèles 3D reproductibles.
Coordination du projet
Hugo DE OLIVEIRA (BIOINGÉNIERIE TISSULAIRE)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
BIOTIS BIOINGÉNIERIE TISSULAIRE
Aide de l'ANR 233 968 euros
Début et durée du projet scientifique :
mars 2022
- 42 Mois