Prélèvements de cornée pendant et après la pandémie SARS-Cov-2 Quels tests microbiologiques faut-il réaliser ? Quels risques ? – CorDon
La greffe de cornée est la greffe la plus fréquente au monde (environ 200000/an) et était cependant AVANT l’épidémie de COVID en grande pénurie puisque 1 greffon était disponible pour 70 nécessaires. Il existe déjà de nombreuses contre-indications au don de cornée et le niveau de sécurisation est déjà très élevé. De nombreux pathogènes sont recherchés dans le sang du donneur alors que les maladies générales transmissibles par la cornée sont totalement exceptionnelles du fait de l’absence de vaisseaux sanguin et lymphatique dans le tissu cornéen. L’hépatite B et de la rage sont les 2 seules maladies générales qui ont pu être transmises dans un nombre très limité de cas. Malgré tout, comme la cornée est exposée à l’environnement et que le SARS-CoV-2 est aéroporté, il est théoriquement possible qu’il soit présent à la surface oculaire. Il n’en existe cependant aucune preuve. L’impact de nouvelles règles de sélection des donneurs et l’imposition de nouveaux tests virologiques systématiques auront un impact considérable sur le nombre et le coût des greffons. A titre d’exemple, l’Agence de la Biomédecine (ABM) a autorisé le 4 mai la reprise des prélèvements thérapeutiques après sélection des donneurs asymptomatiques de pathologie respiratoire, fièvre, dyspnée, asthénie (autant de symptômes qui ne sont pas exceptionnels en fin de vie) et réalisation d’une PCR sur écouvillon nasopharyngé.
Afin de faire reposer d’éventuelles recommandations sur des données scientifiques robustes et non sur le simple principe de précaution, le présent projet a pour but d’accumuler rapidement sur 12 mois (avec analyse intermédiaire à M6), des données sur le risque de contamination des cornées par le SARS-CoV-2. Cette étude se déroulera dans les CHU de St-Etienne et Nantes qui sont 2 des équipes les plus dynamiques en termes de nombre de prélèvements. Elle est en train d’être étendue à en UK, Belgique, Pays Bas, Allemagne, Italie, et Espagne sur des fonds propres de chaque nation.
Nous effectuerons en parallèle une analyse sur des prélèvements à des fins scientifiques (autorisation de l’ABM déjà obtenue le 9 avril) et sur des prélèvements à des fins thérapeutiques. Cette stratégie permettra d’obtenir rapidement un plus grand nombre de données.
Les dons scientifiques concerneront tous les donneurs potentiels dont ceux décédés de COVID, ceux porteur du virus mais décédés d’autre cause, ceux à risque, et enfin ceux non à risque équivalent aux donneurs à but thérapeutique (mais présentant une contre-indication « classique » telle une maladie d’Alzheimer, Parkinson etc…). Les dons après décès de COVID sont les seuls qui permettront de savoir si la cornée peut héberger naturellement le virus. Nous avons déjà effectué le premier de ces prélèvements. Sur une partie des dons scientifiques, nous effectuerons un travail expérimental en contaminant volontairement des cornées négatives et en analysant la possibilité d’infection, de prolifération en condition d’eye banking et de transmission à une autre cornée. Nous utiliserons pour cela le bioréacteur innovant de notre laboratoire, véritable plateforme d’expérimentation ex vivo. Nous testerons sur ce modèle et sur d’autres types cellulaires, l’efficacité diagnostique de nanobodies fluorescents et de nanobodies bloquants, en collaboration avec le 3ème partenaire (Dr Alain Roussel, Architecture et Fonction de Macromolécules Biologique, UMR Univ/CNRS7257)
Les dons à but thérapeutiques des 2 banques de St-Etienne et Nantes auront déjà eu une PCR sur écouvillon nasopharyngé (à leur charge). Nous effectuerons en plus une PCR sur les liquides de conservation des greffons juste avant délivrance ET une PCR sur la cornée broyée pour les rares donneurs PCR nasopharyngée+.
L’ensemble des données recueillis et ceux des expérimentations ex vivo permettront d’établir les recommandations finales sur la nécessité ou non de présélectionner les donneurs sur le risque COVID et sur les tests à réaliser ou non sur les prélèvements.
Coordination du projet
Gilles THURET (Biologie ingénierie et imagerie de la Greffe de Cornée)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
PHU 7 PHU 7 - Biologie
BiiGC Biologie ingénierie et imagerie de la Greffe de Cornée
AFMB Architecture et fonction des macromolécules biologiques
Aide de l'ANR 125 076 euros
Début et durée du projet scientifique :
juin 2020
- 12 Mois