CE37 - Neurosciences intégratives et cognitives

Vers un accès en temps réel à l’activité mentale du dormeur – DREAMGATE

Résumé de soumission

Malgré son rôle crucial pour notre santé, les mécanismes et fonctions exactes du sommeil ne sont pas encore élucidés, en partie car il est difficile d’obtenir des mesures cognitives chez une personne endormie. Mon but est d’accéder en temps réel aux processus cognitifs qui se déroulent lors du sommeil. Pour cela, je présenterai des stimuli auditifs à des participants qui sont dans un état de conscience modifiée, à la frontière entre l’éveil et le sommeil : des rêveurs lucides qui peuvent potentiellement rapporter leurs expériences mentales alors qu’ils sont en sommeil paradoxal (SP) et des somnambules dont les comportements nocturnes peuvent permettre de visualiser objectivement les processus cognitifs sous-jacents en sommeil lent (SL).

Le premier projet a pour but de poser les premières pierres nécessaires pour établir un dialogue entre un expérimentateur et un rêveur : je testerai si les rêveurs lucides sont capables d’entendre des informations extérieures, de les comprendre et les discriminer, et d’y répondre de manière appropriée. Normalement, un rêveur accepte son rêve comme s’il était réel. Les rêveurs lucides, eux, ont la rare capacité d’être conscients d'être immergés dans un monde imaginaire lorsqu’ils rêvent en SP, et de signaler leur lucidité à un expérimentateur. Jusqu’à maintenant, la recherche a montré que les rêveurs lucides étaient capables de réaliser des tâches pré-établies en rêve, mais il n’y avait pas d’intervention de l’expérimentateur pendant le sommeil. Ici, nous testerons s’il est possible pour un rêveur lucide de répondre à des instructions en direct. Nous demanderons à des narcoleptiques rêveurs lucides de réaliser une tâche de décision lexicale durant cinq siestes en journée. Ils devront contracter les muscles de leur visage (zygomatique et corrugator) en réponse à des stimuli verbaux (mots ou pseudo-mots). Nous faisons l’hypothèse que les rêveurs lucides seront capables d’entendre les stimuli, de discriminer les mots des pseudo-mots et de répondre correctement en contractant le bon muscle du visage tout en étant en train de rêver.

Le deuxième projet a pour but de visualiser en direct les processus mnésiques associés au sommeil lent : nous appliquerons des indices sonores liés à un apprentissage moteur pour influencer les comportements exhibés par les somnambules endormis. Le somnambulisme se caractérise par l’extériorisation de comportements complexes qui émergent du SL ; il peut donc ouvrir une fenêtre d’observation sur l’activité mentale en SL. L’existence de réactivations mnésiques lors du sommeil a été abondamment montrée chez les rongeurs, mais les preuves restent indirectes chez l’homme. Nous utiliserons la targeted memory reactivation (TMR), une méthode qui permet d’influencer quel souvenir sera réactivé. La TMR consiste à associer des indices sensoriels à un apprentissage, puis à les ré-appliquer lors du sommeil pour provoquer la réactivation de l’apprentissage associé. Des somnambules seront entraînés à réaliser, aussi vite et précisément que possible, une séquence de gestes en réponse à différents indices sonores. Nos objectifs sont de : 1) démontrer que l’application des indices sonores durant le SL entraîne la ré-exécution de la ‘chorégraphie’ apprise chez les somnambules, 2) quantifier, grâce à un algorithme de reconnaissance des gestes, en quoi les gestes réalisés endormis diffèrent de ceux réalisés éveillés (vitesse, précision, fidélité de la séquence) et 3) tester si la présentation de l’indice est suivie d’un rêve de la séquence motrice.

Mon projet ambitionne de surmonter les difficultés inhérentes à la recherche sur le rêve, -l’impossibilité d’accéder et de contrôler expérimentalement le contenu des rêves- ; il devrait permettre de mieux comprendre la phénoménologie, les corrélats cérébraux et les fonctions cognitives du sommeil.

Coordination du projet

Delphine OUDIETTE (INSTITUT DU CERVEAU MOELLE EPINIERE)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

ICM INSTITUT DU CERVEAU MOELLE EPINIERE

Aide de l'ANR 268 380 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2020 - 24 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter