CE36 - Santé publique, santé et societé 2020

Impact des écrans sur la santé cardiométabolique, l'adiposité et le neurodéveloppement des enfants – iSCAN

Écrans et développement de l'enfant : risques modérés, inégalités sociales marquées

L'omniprésence des écrans dans l'environnement familial soulève d'immenses questions de santé publique quant à leurs effets sur le développement physique, cognitif et comportemental des jeunes enfants.

Évaluer l'impact propre des écrans sur le développement et la santé de l'enfant, par-delà le contexte familial

Bien que des recommandations en matière d’écran existent, la littérature sur lesquelles elles s’appuient est fortement limitée méthodologiquement pour déterminer si les écrans sont réellement un facteur causal. Cette littérature est notamment marquée par une sur-représentation d'études : - Conduites outre-Atlantique, mais rarement dans d’autres contextes culturels comme celui de la France ; - Sans suivi longitudinal, reposant principalement sur des observations transversales incapables de documenter l'évolution à long terme des enfants ; - Prenant insuffisamment en compte le contexte familial connu pour influencer à la fois les usages d’écrans et l'état de santé des enfants ; - Reposant sur des indicateurs de santé déclaratifs ou limités, sans données objectives sur les paramètres de développement physique, métabolique ou cognitif. Le projet iSCAN avait pour objectif de caractériser les usages d'écrans depuis la naissance et d'évaluer leur impact sur le développement de l'enfant, en contrôlant pour le contexte familial, notamment les facteurs sociaux et comportementaux.

Le projet iSCAN s'est appuyé sur les données de trois grandes cohortes de naissance : EDEN et ELFE en France, et GUSTO à Singapour. Au total, plus de 20 000 enfants ont été suivis dès leur naissance, dont la moitié sur plus de 10 ans Ces cohortes permettent de documenter l'évolution des usages d'écrans au cours de l'enfance. Les parents ont fourni des descriptions détaillées de ces usages à différents âges, tandis que les enfants ont été soumis à des évaluations cliniques et cognitives : poids/taille, composition corporelle par imagerie (IRM, EchoMRI, BodPod), biomarqueurs sanguins, comportements, tests cognitifs, résultats scolaires, ou encore dessins explorant les capacités graphiques. L'atout majeur de cette approche réside dans l'analyse multivariée longitudinale : elle permet d'isoler l'effet propre des écrans en tenant compte simultanément du contexte familial, notamment socio-économique et culturel, de la santé antérieure et des autres comportements (sommeil, activité physique, jeux). C'est cette démarche qui permet de répondre à la question centrale : quel est l'impact des écrans, indépendamment de tout le reste ?

Le projet iSCAN révèle que les usages d'écrans s'établissent précocement : dès 2 ans, 9 enfants sur 10 regardent déjà des écrans, avec des trajectoires individuelles persistantes et fortement marquées par les inégalités sociales. Un temps d’écran excessif dès la petite enfance est associé à une accumulation progressive de masse grasse chez les garçons, soulevant des enjeux métaboliques précoces. Au-delà du temps d'écran strict, le contexte d'usage est déterminant : les écrans pendant les repas interfèrent avec les interactions familiales essentielles et influencent négativement le langage et les aptitudes scolaires. Le projet iSCAN fournit des preuves scientifiques robustes et directement actionnables pour orienter les politiques de prévention dès la petite enfance.

Le projet iSCAN a généré plus de 20 publications scientifiques avec plusieurs autres en préparation, consolidant la littérature sur l’impact sanitaire des écrans chez l’enfant. Cette productivité repose sur un collectif structuré (8 rapports d’étudiants, 1 thèse, 1 HDR) autour du porteur du projet. Le porteur a coproduit deux rapports d’expertise, traduisant directement les résultats en recommandations publiques. De nouveaux financements sont venus consolider la dynamique du collectif autour de cette thématique de recherche.

Au cours des dernières décennies, les appareils électroniques dotés d'un écran (télévision, jeux vidéo, ordinateur, smartphone, tablette) sont devenus de plus en plus répandus et accessibles. Les révolutions technologiques et numériques ont été si rapides et étendues que les potentielles conséquences sanitaires et sociales de l'usage accru des écrans n'ont pu être évaluées en détail. La santé des enfants est au cœur des préoccupations puisque la période allant de la naissance à l'âge adulte est marquée par la succession d’étapes essentielles pour le développement physique, comportemental et cognitif. L'augmentation de l’usage des écrans par les enfants a suscité des positionnements scientifiques et des recommandations de santé publique contradictoires, soulignant de fait l’insuffisance de preuves robustes quant à l’influence des écrans sur la santé et le développement. Une analyse détaillée de la littérature souligne des limites méthodologiques majeures, comme le peu d'études récentes, longitudinales, ayant examiné les appareils et contenus numériques les plus récents. En outre, peu d’études ont été menées chez des enfants européens ou asiatiques, alors que les usages des écrans diffèrent entre populations. La littérature a insuffisamment pris en compte des facteurs de confusion (contexte socioculturel, interactions parents-enfants, etc.), tandis que les activités de loisirs qui entrent en concurrence avec l'usage de l'écran sont rarement examinées. Il n'est en effet pas clair si l'usage des écrans affecte le développement directement ou via le déplacement du temps passé dans d'autres activités quotidiennes.
Le projet iSCAN vise à examiner les profils et trajectoires d’usage des écrans, leurs facteurs de risque et leur influence sur la santé et le développement de l'enfant de la naissance à l'adolescence. Il s’appuiera sur des données déjà collectées dans trois cohortes de naissance en France et à Singapour : les études EDEN (n=1 907 enfants nés en 2003-2006), ELFE (18 329 enfants nés en 2011) et GUSTO (1 257 enfants nés en 2009-2010). Toutes ont recueilli des données détaillées sur l'usage des écrans (type d'appareil, temps, contenu médiatique, contexte d'usage) et sur d'autres activités sans écran (temps passé à l'extérieur, lecture d'histoires, etc.), et ce de façon répétée entre 2 et 10 ans. L'axe 1 du projet décrira et comparera les profils/trajectoires d'usage des écrans et identifiera leurs déterminants démographiques, socio-économiques, comportementaux et génétiques. L'axe 2 examinera les associations entre l'usage des écrans et des mesures répétées de la croissance, de l'adiposité, de la pression artérielle et de biomarqueurs cardiométaboliques. L'axe 3 se concentrera sur les associations avec le sommeil (quantité et qualité) et le neurodéveloppement (cognition verbale et non verbale, aptitudes motrices, apprentissages scolaires et comportement). Enfin, l'axe 4 vise à soutenir la collecte de données subjectives (par questionnaire) et objectives (via une application mobile) sur l'usage des écrans par les adolescents dans le cadre du suivi des enfants EDEN. Le risque de biais (confusion, causalité inverse) sera traité via l’emploi de méthodes épidémiologiques et statistiques de pointe (ajustement multivarié approprié, mesures répétées, scores de propension, pondérations de probabilité inverse, randomisation mendélienne, etc.).
Via l’exploitation de données longitudinales récentes et détaillées, le projet iSCAN permettra d'étendre les connaissances scientifiques et de renforcer le niveau de preuves sur les liens entre l'usage des écrans et le développement et la santé des enfants. Il permettra d’améliorer les interventions visant à limiter les effets négatifs de l’usage des écrans et identifiera les usages qui s’avéreraient vertueux. Il permettra enfin d'affiner les recommandations et les politiques de santé publique et d’en améliorer la clarté auprès des populations cibles.

Coordination du projet

Jonathan Bernard (Centre de Recherche en Epidémiologie et StatistiqueS)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CRESS Centre de Recherche en Epidémiologie et StatistiqueS

Aide de l'ANR 355 906 euros
Début et durée du projet scientifique : - 48 Mois

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