CE28 - Cognition, éducation, formation 2020

Compréhension des conséquences perceptives du toucher – COMTACT

Compréhension du toucher

La plupart de nos interactions avec le monde qui nous entoure passent par le toucher, que ce soit lorsque nous manipulons des objets avec nos mains ou lorsque nos pieds entrent en contact avec le sol. La perception tactile repose à la fois sur des capteurs situés dans la peau et sur la manière dont le cerveau interprète les signaux qu’ils produisent. Peu d’études ont examiné l’ensemble du processus, depuis le contact mécanique entre la peau et une surface jusqu’à la perception finale.

Relier surfaces, toucher et perception

Comprendre la transformation du contact mécanique en perception tactile Identifier comment les propriétés mécaniques des surfaces sont détectées par la peau, converties en signaux neuronaux et transformées par le système nerveux en perceptions de texture. Identifier les caractéristiques clés des stimuli tactiles Déterminer quels paramètres mécaniques et dynamiques des surfaces optimisent la quantité et la qualité de l’information transmise au cerveau. Dépasser les modèles centrés uniquement sur les mécanorécepteurs Mettre en évidence des mécanismes supplémentaires impliqués dans la perception des surfaces, au-delà des seules contraintes mécaniques et vibrations induites par le contact de la peau. Étudier le rôle du contrôle cortical et de l’action volontaire Comparer les conditions de toucher actif et passif afin de comprendre comment le cerveau module la transmission des signaux sensoriels en fonction de l’intention et de la pertinence de la tâche. Analyser l’influence de la multisensorialité sur la perception tactile Examiner comment les informations visuelles, auditives et proprioceptives associées au mouvement modifient la perception des textures et leurs dimensions émotionnelles telles que le plaisir. Relier perception tactile et design des surfaces Explorer comment la conception de matériaux interagissant spécifiquement avec les empreintes digitales ou celles de la sole plantaire peut renforcer les aspects perceptifs et émotionnels du toucher.

Nous avons utilisé des méthodes d’imagerie cérébrale (EEG) et des mesures comportementales (force, cinématique du mouvement, EMG…) avec le groupe Neurosciences et Psychologie Cognitive. Ces méthodes ont été couplées à l’analyse des interactions peau–surface réalisée par le groupe expert en mécanique du toucher. Le projet a également inclus la réalisation de textures réelles finement contrôlées. D’autres membres, spécialisés dans le contrôle de dispositifs de retour tactile piézoélectriques, ont développé des stimulateurs tactiles capables de simuler diverses textures, y compris des tissus, utilisés dans le cadre du projet. Enfin, pour la plupart des expériences, une analyse sensorielle a été réalisée.

Nous rapportons trois résultats portant sur les processus sensoriels, les facteurs cognitifs et les dispositifs de stimulation tactile afin de mieux comprendre les perceptions tactiles.

 

1. Processus sensoriels du toucher

Nous avons trouvé :

i) Les sons, qu’ils soient agréables ou désagréables, n’ont pas modifié l’évaluation des textures. Cependant, la surface la moins plaisante était associée à une valence hédonique négative plus forte, en particulier lorsqu’elle était couplée à une sonification du mouvement désagréable. Les analyses temps-fréquence de l’activité électroencéphalographique (EEG) ont révélé une réduction significative de la puissance dans la bande bêta [15–25 Hz] dans les cortex sensorimoteurs et pariétaux postérieurs supérieurs estimés par source, lorsque l’on comparait les sons agréables et désagréables au toucher silencieux. Cela suggère que le cortex somatosensoriel primaire, ainsi que les régions pariétales supérieures, participent à l’intégration audio-tactile, tant avec des sons agréables que désagréables.

 

ii) Une surface biomimétique, c’est-à-dire conforme aux dermatoglyphes cutanés et aux caractéristiques des récepteurs tactiles, facilite les processus corticaux. Debout sur la surface biomimétique a évoqué une réponse somatosensorielle (SEP) plus intense et plus brève. Ce résultat, ainsi que la diminution de l’activité (5–7 Hz) sur le cortex pariétal postérieur, suggèrent qu’un traitement sensoriel accru pourrait rendre la tâche d’équilibre moins exigeante lorsqu’on se tient sur une surface biomimétique. Ce point clé a été confirmé lorsqu’une tâche cognitive a été ajoutée, réduisant ainsi les ressources attentionnelles allouées à la tâche motrice d’équilibre.

 

2. Facteurs cognitifs et différences individuelles

Nous avons examiné si la perception du plaisir tactile est associée aux différences individuelles (questionnaires évaluant l’attitude envers le toucher, les traits de personnalité et les capacités d’imagerie mentale), en particulier lorsque le plaisir tactile est évalué uniquement visuellement, comme lors d’achats en ligne. Nous avons trouvé que les capacités d’imagerie mentale étaient le facteur le plus déterminant influençant le plaisir ressenti des textures. Plus précisément, les participants ayant de faibles capacités d’imagerie avaient tendance à attribuer des évaluations plus négatives lorsque l’information tactile était absente (visuel uniquement), par rapport aux évaluations tactiles seules ou visuo-tactiles. Ce n’était pas le cas pour les participants ayant de fortes capacités d’imagerie.

 

3. Dispositif tactile PIEZOTACT

Nous avons étudié un dispositif tactile nommé PIEZOTACT, capable de reproduire les vibrations induites par le frottement (FIV) et de restituer la perception des textures. Nous avons trouvé :

La reproduction correcte des FIV a été vérifiée en comparant les spectres des signaux mesurés lors du toucher de surfaces réelles avec ceux reproduits sur le bout du doigt par le dispositif

Le prochain projet étudiera la dimension hédonique (plaisante) du toucher, un sens fondamental qui guide et se façonne à travers nos interactions avec le monde physique. Notre principal défi consistera à atteindre une véritable « maîtrise du toucher » grâce à un « parcours » mécano‑neuro‑psychologique. Ce parcours commencera par l’identification des processus neuronaux reliant les sensations hédoniques aux interactions peau‑surface lors de mouvements sur des matériaux inertes.

La plupart de nos interactions avec l'environnement sont basées sur l'exploration tactile (e.g. avec des objets ou la surface sous les pieds). La perception tactile repose sur la stimulation des récepteurs cutanés et sur le traitement de la réponse cérébrale évoquée. Jusqu'à présent, peu d’études ont investigué la cascade de la "chaîne de perception", c'est-à-dire depuis les stimuli mécaniques, en passant par la conversion et la transmission du signal, jusqu'aux processus neuronaux liés à l'interaction entre le corps et la surface. Curieusement, la plupart des recherches dans le domaine du contrôle sensorimoteur ont ignoré les caractéristiques mécaniques de la surface en contact avec le corps et, inversement, la plupart des recherches dans le domaine de l'ingénierie et de la mécanique des surfaces (ou tissus) ont ignoré les mécanismes cérébraux impliqués dans le traitement des entrées tactiles périphériques. Le but du projet est de comprendre les conséquences perceptives du toucher.

Coordination du projet

Laurence Mouchnino (Laboratoire de neurosciences cognitives)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CNRS DR12 - LNC Laboratoire de neurosciences cognitives
LPMT LABORATOIRE DE PHYSIQUE ET MECANIQUE TEXTILES (LPMT) - UR 4365
LaMCoS LABORATOIRE DE MECANIQUE DES CONTACTS ET DES STRUCTURES
LEAD LABORATOIRE D'ETUDE DE L'APPRENTISSAGE ET DU DEVELOPPEMENT - UMR 5022

Aide de l'ANR 580 147 euros
Début et durée du projet scientifique : octobre 2020 - 48 Mois

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