CE20 - Biologie des animaux, des organismes photosynthétiques et des microorganismes

Olfaction, cognition et comportement alimentaire chez le lapin nouveau-né – NEONATOLF

Résumé de soumission

L’olfaction est un sens décisif tout au long de la vie des animaux, impliqué dans l’expression de certains de leurs comportements les plus cruciaux (relations mère-jeunes, choix de nourriture, évitement de dangers, etc.). Chez les mammifères, Homme y compris, cette sensorialité est connue pour fonctionner dès la vie fœtale, ainsi que pour influencer les premières orientations du nouveau-né au contact du corps maternel en vue de la tétée. Néanmoins, la nature chimique des odeurs impliquées et des mécanismes biologiques sous-tendant leur traitement et leur perception demeure largement méconnue. Le lapin est la seule espèce à ce jour chez laquelle une phéromone, émise par la mère et jouant un rôle clé dans l’aptitude des nouveau-nés à localiser les tétines et à téter lors de leur unique et bref allaitement quotidien, a été identifiée: la phéromone mammaire (PM). Cette phéromone a par ailleurs un puissant pouvoir cognitif en étant apte à promouvoir, de façon exceptionnellement rapide (1 essai, 5 minutes), l’apprentissage d’autres odeurs, initialement neutres: 24h après le couplage d’une telle odeur avec la PM, les lapereaux répondent à l’odeur apprise en exprimant le comportement orocéphalique de localisation-prise en bouche des tétines aussi efficacement qu’envers la PM. Cela fait du lapin une formidable espèce modèle pour étudier l’olfaction, la perception phéromonale, et la mémoire olfactive néonatales. Dans ce contexte, le projet franco-américain NEONATOLF de recherche fondamentale, à visée également appliquée, associe les forces de 3 partenaires français (Unités CNRL, CSGA, NutriNeuro) et 1 américain (Duke University), tous spécialistes des sens chimiques et de la perception olfactive, dans un travail multidisciplinaire sans précédent chez cette espèce allant de la protéomique au comportement. Il vise à révéler certains processus biochimiques, neurophysiologiques et comportementaux qui participent au traitement par le lapereau de la PM et d’odeurs apprises grâce à elle, à caractériser plus avant la mémoire du nouveau-né, et à évaluer les conséquences de ces processus sur la prise lactée. Notre programme scientifique, basé sur de fructueux essais préliminaires, explorera trois questions inédites et actuelles en biologie du lapin: 1) comment des signaux induisant une réponse comportementale "innée" vs. apprise tels que la PM ou des odorants appris par couplage avec la PM sont ils traités à la périphérie du système olfactif néonatal ? 2) comment la mémoire de nouvelles odeurs se met-elle en place chez les lapereaux dans le cadre de procédures d’apprentissage direct (couplage avec PM) ou indirect (préconditionnement sensoriel) ? 3) quelles conséquences le traitement périphérique (réception, transport, métabolisme) de la PM et l’apprentissage d’odeurs nouvelles ont-elles sur la tétée et la survie ? A ce jour, nous disposons de suffisamment d’acquis conceptuels et techniques pour obtenir des résultats novateurs dans ce domaine. En recherche fondamentale, ces résultats seront utiles à tous scientifiques intéressés par la perception de stimuli précis et biologiquement signifiants pour un animal au sein de l’environnement, par nature très complexe sensoriellement: chimistes, écologistes, éthologistes, neurobiologistes et psychologues. En générant une meilleure compréhension de la perception des odeurs chez le lapereau, les résultats permettront également d’envisager l’utilisation de stratégies olfactives plurielles pour lutter contre la mortalité néonatale, forte en élevage cunicole, donc douloureuse émotionnellement et financièrement pour les éleveurs, et d’optimiser la transition vers l’aliment solide. Enfin, en caractérisant certains processus biologiques fonctionnels à la naissance et utile à l’interaction vitale du jeune avec la mère, ce projet offrira au grand public une vision nouvelle de cet animal méconnu, au travers de la mise en lumière de compétences sensorielles, cognitives et comportementales tout à fait remarquables.

Coordination du projet

Gérard Coureaud (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Duke University School of Medicine / Duke Neurobiology - Matsunami Lab
NutriNeurO Nutrition et Neurobiologie intégrée
CRNL Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon
CSGA CENTRE DES SCIENCES DU GOUT ET DE L'ALIMENTATION - UMR 6265 - UMR A1324 - uB 80

Aide de l'ANR 390 881 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2020 - 42 Mois

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