Identification et caractérisation des TNT in vitro et in vivo – LiveTuneL
Identification et caractérisation des TNT in vitro et in vivo
Les nanotubes tunnélisés (TNTs) sont des conduits cellulaires composés d'actine permettant une communication à longue distance. Leur rôle dans le développement, la signalisation immunitaire et la propagation des maladies — en particulier dans les troubles neurodégénératifs — reste largement inexploité. Ce projet vise à élucider leur base moléculaire, leur diversité et leur fonction, à la fois in vitro et in vivo
Découvrir l’identité moléculaire et la pertinence fonctionnelle des TNT à travers les systèmes biologiques, en faisant le lien entre les contextes développementaux et pathologiques.
Bien que découvertes il y a près de deux décennies, les TNT (tunneling nanotubes) restent mal comprises en raison de l’absence de marqueurs spécifiques et des limites des techniques d’imagerie. Leur morphologie chevauche celle d’autres prolongements cellulaires comme les filopodes, ce qui complique leur classification. De plus, la majorité des connaissances provient d’études in vitro, laissant leur rôle physiologique dans les tissus encore non élucidé. Ce projet vise cinq objectifs majeurs : Identifier les mécanismes moléculaires régissant la formation des TNT et en quoi ils diffèrent de ceux des autres protrusions à base d’actine. Découvrir des marqueurs moléculaires et des régulateurs à l’aide de criblages à haut débit et de la protéomique. Comprendre la diversité des TNT selon les types cellulaires, en particulier dans les interactions neurone-glie, et leur rôle dans la neurodégénérescence. Définir l’ultrastructure et la mécanique des TNT, notamment comment l’adhésion et la tension régulent le transfert de cargaisons. Démontrer la fonctionnalité des TNT in vivo pendant le développement du poisson-zèbre et valider leur capacité à médiatiser des échanges de matière durant l’embryogenèse. Ce travail établit un lien entre la biologie cellulaire fondamentale et des enjeux translationnels en oncologie et en neurodégénérescence, en proposant que les TNT pourraient devenir de futures cibles thérapeutiques.
WP1 (Work Package 1) a utilisé des micropatterns, des tests biophysiques et de l’imagerie en direct pour montrer que l’inhibition du complexe Arp2/3 modifie la dynamique de l’actine en faveur de la formation de TNT via l’interaction entre Eps8 et IRSp53.
WP2 a développé une nouvelle stratégie biochimique de purification des TNT, suivie d’un profilage protéomique, identifiant les tétraspanines CD9 et CD81 comme régulateurs fonctionnels de la formation des TNT et du transfert de vésicules.
WP3 a utilisé l’imagerie de cellules vivantes et des tests de transfert de cargaisons fluorescentes pour caractériser les TNT entre neurones et microglies in vitro. Ceux-ci ont montré qu’ils médiatisent un transfert mitochondrial sélectif et la propagation d’agrégats d’α-synucléine, modulant ainsi la charge neurodégénérative.
WP4 a appliqué la cryo-microscopie électronique et des tests fonctionnels pour définir l’ultrastructure des TNT, révélant que la N-Cadhérine est essentielle à l’intégrité structurale et au flux de cargaisons, régulée par la p120-caténine et la NMIIA (myosine II non musculaire A).
WP5 a utilisé des embryons de poisson-zèbre avec un marquage mosaïque et des perturbations pharmacologiques pour démontrer l’existence in vivo de connexions ouvertes de type TNT, capables de transporter des cargaisons durant le développement.
Les découvertes clés incluent :
WP1 : A démontré que la polymérisation linéaire de l’actine, plutôt que les réseaux ramifiés, est à l’origine de l’élongation des TNT. A identifié la coopération entre Eps8 et IRSp53 comme essentielle à l’architecture des TNT.
WP2 : A remplacé un criblage par imagerie peu fiable par une stratégie protéomique. A identifié CD9 comme essentiel à la stabilité des TNT et CD81 comme indispensable au transfert fonctionnel de cargaisons — révélant certaines signatures moléculaires des fonctions des TNT.
WP3 : A montré que l’α-synucléine favorise la connectivité des TNT. Les neurones transfèrent de l’α-synucléine aux microglies, tandis que les microglies envoient des mitochondries aux neurones affectés — mettant en évidence le rôle des TNT comme médiateurs des interactions neuro-immunes.
WP4 : A mis en lumière un mécanisme de régulation mécanosensible des TNT, contrôlé par la N-cadhérine et la tension cytosquelettique. A décrit comment la dynamique de l’actomyosine gouverne l’efficacité du transport des cargaisons via les TNT.
WP5 : A apporté la première preuve in vivo de TNT fonctionnels au cours du développement des vertébrés. A démontré le transfert de cargaisons et d’organites dans des embryons de poisson-zèbre, influencé par des régulateurs de l’actine et reflétant les observations faites in vitro.
Il s’agit du premier projet à combiner des analyses moléculaires, biophysiques et ultrastructurales des TNT avec une démonstration fonctionnelle in vivo. La découverte de TNT fonctionnels capables de transférer des cargaisons chez le poisson-zèbre en développement propose un nouveau paradigme pour l’étude de la communication intercellulaire durant l’embryogenèse.
Le projet ouvre de nouvelles perspectives pour cibler les TNT dans les cancers et les maladies neurodégénératives, où ils pourraient jouer un rôle aussi bien dans la pathologie que dans la réparation. L’identification de certains marqueurs spécifiques des TNT pourrait offrir des opportunités d’innovation diagnostique et thérapeutique. Les avancées mécanistiques sur la dynamique de l’actine et la signalisation via la N-Cadhérine élargissent également le champ de la biologie des membranes.
Les travaux futurs viseront à affiner la classification des TNT, à explorer leurs rôles immunologiques, et à tester leur modulation thérapeutique. Le modèle du poisson-zèbre offre une plateforme à haut débit pour le criblage in vivo de modulateurs des TNT, accélérant ainsi la recherche translationnelle sur la communication cellulaire.
De nouvelles protrusions membranaires à base d'actine ('"tunneling nanotubes"-TNTs) ont été découvertes, reliant des cellules distantes et permettant la communication intercellulaire dans des contextes physiologiques et pathologiques. Cependant, leur existence in vivo n'a pas été démontrée et les mécanismes responsables de leur formation et fusion avec une cellule cible restent incompris. Notre objectif est de comprendre comment les interactions spécifiques protéine-protéine/protéine-lipide sont impliquées dans la formation des TNTs et les différences mécaniques et dynamiques les distinguant des filopodes. Le rôle de l'actine, de ses protéines régulatrices et connecteurs membranaires et de nouveaux candidats identifiés par criblage sera déterminé in vitro et corrélé à des mesures mécaniques, puis testé in vivo sur des embryons de poissons zèbre. De plus, la cryoCLEM corrélative permettra d'obtenir la structure native des TNTs dans différents contextes cellulaires et chez l'animal.
Coordination du projet
Chiara Zurzolo (Institut Pasteur - Unité de Trafic membranaire et pathogenèse)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IP - UTRAF Institut Pasteur - Unité de Trafic membranaire et pathogenèse
IC Institut Curie, Unite physico-chimie Curie, UMR168
Aide de l'ANR 410 789 euros
Début et durée du projet scientifique :
avril 2021
- 36 Mois