Catalyse à l'or sous lumière visible – LuxOr
Quand la lumière rencontre les complexes organométalliques d'or(I)...
Promouvoir le couplage croisé par catalyse à l'or(I) grâce à la lumière visible. Photosensibilisation de complexes organométalliques d'or(I)
Portée synthétique et compréhension du couplage croisé catalysé par l'or(I) par photosensibilisation
Le programme de recherche LuxOr était consacré au développement de nouveaux procédés de synthèse catalysés par l’or(I) sous irradiation en lumière visible, ainsi qu’à l’étude de leurs mécanismes. Dans ce cadre, l’accent a été mis sur des processus de catalyse duale impliquant l’activation d’intermédiaires de l’or par transfert d’énergie (EnT). Il avait été montré que la photoexcitation constituait un mode d’activation des processus organométalliques, permettant dans certains cas de s’affranchir de conditions thermiques sévères. L’accès à l’état excité d’un intermédiaire organométallique par irradiation lumineuse pouvait faciliter des étapes élémentaires telles que l’addition oxydante ou l’élimination réductrice, tout en évitant une dépendance aux limitations rédox. Ainsi, l’utilisation d’un photosensibilisateur sous irradiation en lumière visible offrait une voie d’activation générale et douce pour le couplage croisé organométallique. Plusieurs problématiques interdépendantes concernant l’étendue des partenaires possibles, les conditions optimales en termes d’irradiation et de photocatalyseurs, ainsi que la nature de l’intermédiaire de l’or (or alkyle, vinyle, aryle ou alkynyle) et de son ligand ont donc été abordées. Le projet LuxOr visait également à lever certains verrous techniques majeurs, tels que l’utilisation de la spectroscopie d’absorption transitoire pour élucider des mécanismes photocatalytiques complexes, le recours à la spectrométrie de masse et à la RMN sous irradiation pour le suivi des réactions, ainsi que l’emploi de la modélisation afin de caractériser les états réactifs des complexes organométalliques et de décrire les mécanismes réactionnels. Sur la base de ces connaissances, il était attendu que l’illumination permette de concevoir de nouvelles voies de synthèse impliquant de nouveaux partenaires pour des transformations de couplage croisé.
Le projet s'articulait autour de deux lots de travail, le premier consacré à la synthèse organique et le second aux études mécanistiques :
WP1 par le partenaire 1 (Sorbonne Université)
Tâche 1 : Portée synthétique du processus EnT et
applications
Techniques : synthèse organique, criblage de substrats, études d'optimisation, caractérisation de substrats organiques
Tâche 2 : Sondes mécanistiques, intermédiaires organométalliques
Techniques : synthèse moléculaire, isolation de complexes organométalliques et caractérisation
WP2
Tâche 1 par le partenaire 2 (ENS) : Études photophysiques et photochimiques
echniques : spectres d'absorption, d'émission et d'excitation en régime permanent de toutes les espèces, identification des espèces absorbant la lumière.
Études d'absorption/émission, études d'extinction de luminescence en régime permanent des espèces absorbant la lumière.
Détermination par spectroscopie résolue en temps de la constante de vitesse d'extinction, effet de la polarité du solvant et de l'énergie triplet du photocatalyseur.
Absorption transitoire.
Tâche 2 par le partenaire 3 (INSERM Lille) : études RMN.
Techniques : surveillance des réactions, caractérisation des intermédiaires, cinétique, RMN illuminée.
Tâche 3 par le partenaire 1 (Sorbonne Université) : modélisation et études MS.
Techniques : DFT et TD-DFT, études de collision.
Le LuxOr programme a totalement rempli les objectifs vises. D’une part, nous avons pu étendre le processus d’addition oxydante photosensibilisée à divers nucleophiles. Dans le cas des amines tosylées, nous avons montré que celle-ci peut aussi avoir lieu sans photocatalyseur exogène, l’agrégat du sel potassique de l’amidure tosylé formé in situ pouvant jouer ce rôle. Ce travail a donné lieu à une analyse mécanistique approfondie : photophysique, suivis RMN, calcults (TD)-DFT dans le cadre du consortium de l’ANR. Cette étude nous a permis d’accéder à divers indoles et carbazoles originaux (Nature Comm. 2022, 13, 2295).
Cette photosensibilisation a été étendue à d’autres nucleophiles comme les carboxylates (J. Org. Chem. 2024, 89, 16242) ou les allénoates (Org. Chem. Front. 2024, 11, 5695).
Mécanistiquement, nous avons également avancé grâce aux calculs DFT: la nature coudée de l’iodoalcyne lorsqu’il interagit avec l’état triplet du vinylor(I) a été précisée. Résultant, d’un second transfert d’énergie (état triplet du vinylor(I) – iodoalcyne), cette espèce a la réactivité d’un radical alcynyle qui va s’additionner sur l’or(I) pour conduire à un intermédiaire Au(III) plan carré. Ce dernier subit une élimination réductrice pour conduire au produit de couplage (JACS Au 2025, 5, 448).
Enfin, les composés alkylor(I) ont été étudiés et nous avons montré que la photoactivation (transfert d’énergie ou d’électrons) conduisait à une rupture homolytique de la liaison C-Au.
De l'avis de nombreux spécialistes, la photosensibilisation des vinylor(I) correspond au premier exemple d’un réel transfert d’énergie de type Dexter entre un photocatalyseur dans son état triplet et un intermédiaire organométallique. Cela a ouvert de nombreuses questions : est-ce généralisable ? quelle est la réactivité des états excités ? Comment les générer le plus efficacement possible ? que nous avons en globalement élucidé dans LuxOr.
Cependant, malgré une bien meilleure connaissance sur la réactivité des organoaurés photoexcités, il y a encore des résultats qui échappent à notre compréhension, par exemple l’effet de la lumière sur la cycloisomerisation des o-alkynylbenzoic acid (Synthesis 2026, DOI: 10.1055/a-2757-2765).
Il demeure donc des questionnements mécanistiques.
Il y a aussi des voies d'optimisation potentielle : nous travaillons ainsi sur l'hétérogénisation du photocatalyseur (nanoparticules d'or).
Enfin, la nouvelle voie de génération de radicaux alkynyle va trouver d'autres applications synthétiques organique, car ils restent des intermédiaires trop peu mobilisés en synthèse.
La catalyse à l'or(I) est une méthode efficace d’activation de liaisons pi et conduit généralement à des produits résultant de la protodéauration de l’intermédiaire organoauré. Il apparaît opportun d’engager ce dernier dans d’autres réactions comme des couplages croisés. Cependant, les complexes d'or(I) ne réagissent globalement pas par addition oxydante. Une solution a consisté à combiner l’addition d’un radical issu d’un cycle photoredox sur l’or(I) à l’étape d’activation électrophile par l’or (double catalyse), le cycle photoredox assurant une navette électronique entre les états Au(I)/Au(III). Seuls les aryldiazoniums ont pu être utilisés dans ce cadre. Récemment, nous avons mis en évidence un nouveau type de double catalyse (or/photocatalyse) pour le couplage croisé. L'étape de photoactivation passe par un transfert d’énergie (photosensibilisation) et non par un processus redox. Cette voie sans précédent ouvre d'importantes perspectives que nous voulons explorer dans le projet LuxOr. D’une part, en engageant des partenaires inédits pour ce type de couplages, nous examinerons diverses applications synthétiques de ce nouveau processus. D’autre part, les questions mécanistiques seront examinées en détails à l'aide d'études photophysiques avancées, d'analyses RMN sous illumination et de modélisations DFT/TD-DFT.
Coordination du projet
Louis Fensterbank (Institut Parisien de Chimie Moléculaire)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
IPCM Institut Parisien de Chimie Moléculaire
PASTEUR Processus d'Activation Sélectif par Transfert d'Energie Uni-électronique ou Radiatif
LiNC LILLE NEUROSCIENCE ET COGNITION
Aide de l'ANR 528 952 euros
Début et durée du projet scientifique :
décembre 2020
- 48 Mois