Stimulation de l'immunité innée respiratoire pour traiter les pneumonies à bactéries résistantes aux antibiotiques – BIP
Stimulation des défenses immunitaires naturelles des voies respiratoires pour traiter les infections respiratoires
Le projet propose une stratégie innovante contre les pneumonies bactériennes résistantes aux antibiotiques : associer un immunomodulateur inhalé, la flagelline, à des antibiotiques pour renforcer les défenses immunitaires de l'épithélium respiratoire et restaurer l’efficacité thérapeutique. Le projet vise aussi à identifier des marqueurs spécifiques de l'efficacité du traitement et précise le rôle des cellules épithéliales respiratoires.
Renforcer les traitements antibiotiques avec les défenses naturelles des voies respiratoires : une nouvelle voie pour soigner les pneumonies
Les infections respiratoires, et en particulier les pneumonies, sont l’une des principales causes de mortalité dans le monde. Leur traitement repose sur les antibiotiques, mais ces médicaments deviennent de moins en moins efficaces face à la montée de la résistance bactérienne aux antibiotiques. Pour éviter que des infections courantes ne redeviennent mortelles, il est urgent d’explorer de nouvelles stratégies thérapeutiques. Ce projet propose une approche originale : stimuler les défenses immunitaires naturelles du corps pour aider les antibiotiques à mieux agir. Dans ce but, la flagelline, dérivée d’une protéine bactérienne, qui est capable d’activer les défenses immunitaires dites innées, a été utilisé. Administrée par voie respiratoire, la flagelline déclenche des mécanismes de défenses rapides dans les cellules des voies aériennes, renforçant leur capacité à éliminer les microbes. L’objectif a été de démontrer la synergie entre la flagelline inhalée et les antibiotiques dans le traitement des pneumonies causées par des bactéries multirésistantes, d’identifier les marqueurs biologiques associés à cette protection renforcée, et de comprendre quelles cellules (épithéliales ou immunitaires) sont essentielles à cet effet. À terme, le projet pourrait ouvrir la voie à de nouvelles thérapies combinées, plus efficaces et durables, pour lutter contre les infections respiratoires résistantes et réduire la dépendance aux antibiotiques.
Le projet a combiné des approches sur des modèles précliniques : animaux et cellules pour étudier la réponse induite par la combinaison de la flagelline inhalée et des antibiotiques dans le traitement des pneumonies. Des modèles animaux de pneumonie induite par des bactéries multirésistantes ont été utilisés pour évaluer l’efficacité thérapeutique et la réponse immunitaire des voies respiratoires. En parallèle, des cultures tridimensionnelles de cellules épithéliales respiratoires humaines qui reproduisent les différents compartiments du tissu respiratoire (nasal, bronchique, alvéolaire) ont permis l’analyse détaillée des mécanismes cellulaires et moléculaires. Les réponses ont été explorées par des techniques d’analyses omiques (transcriptomique et protéomique). Des modèles animaux et cellulaires spécifiques ont été investigué pour distinguer le rôle des cellules épithéliales dans l'effet protecteur du traitement. L’ensemble des données construit un modèle intégré de fonctionnement de cette thérapie innovante, transposable à l’humain.
Notre projet a permis de démontrer l’efficacité et l'innocuité de nouvelles stratégies pour renforcer les défenses naturelles contre la pneumonie bactérienne dans les modèles précliniques. L'antibiotique amoxicilline élimine efficacement S. pneumoniae tout en préservant la production de neutrophiles matures dans la moelle osseuse, révélant un effet immunomodulateur inédit. L’administration nasale de flagelline, combinée aux antibiotiques (amoxicilline), renforce le recrutement et l’activité des neutrophiles dans les poumons, soulignant leur rôle central dans la protection. L'administration de flagelline par nébulisation (mode d'administration envisagé chez l'homme) active également l’immunité respiratoire, accélère la résolution de l’inflammation et améliore l’efficacité contre les bactéries résistantes aux antibiotiques.
Dans des modèles animaux plus proches de l'homme, la nébulisation de flagelline déclenche le recrutement des neutrophiles dans le tissu respiratoire et la production de cytokines tout en étant bien toléré, avec une absorption minimale dans le sang et un retour rapide à l’état basal. Sur l’épithélium respiratoire humain reconstitué, la flagelline active les mécanismes de protection en induisant la production de médiateurs immunitaires importants pour le recrutement de neutrophiles et la défense antibactérienne, même en présence de bactéries, et ce dans des tissus sains ou pathologiques (BPCO, mucoviscidose).
Enfin, des analyses ont montré que l'activation des cellules épithéliales est essentielle à l’efficacité thérapeutique et ont identifié des gènes comme biomarqueurs potentiels du traitement. Ces résultats appuient le développement de thérapies respiratoires sûres et ciblées pour renforcer l’immunité face aux pneumonies bactériennes.
Notre travail se poursuit actuellement au travers d'une étude clinique dite de phase 1 chez l'homme.
Les pneumonies bactériennes sont des causes majeures de mortalité dans le monde. Les antibiotiques sont le traitement de première intention mais font face à l’émergence de résistances (AMR). Le projet va évaluer un traitement d'appoint à l'antibiothérapie et s'appuie sur (i) une flagelline immunomodulatrice qui renforce les défenses immunitaires des voies respiratoires et augmente l'efficacité thérapeutique par rapport à l'antibiotique seul et (ii) une administration spécifique aux voies respiratoires par inhalation/nébulisation. Les objectifs sont (1) de démontrer que la flagelline améliore l'efficacité des antibiotiques dans des modèles de pneumonies résistantes aux antibiotiques et (2) d'identifier les facteurs immunitaires de l'hôte nécessaires au gain de protection grâce à la biologie des systèmes. Les résultats incluent de nouveaux traitements contre les pneumonies, le renforcement de la capacité à contrôler l'AMR, et de nouvelles recherches sur le mode d’action de la flagelline.
Coordination du projet
Jean-Claude SIRARD (Centre d'infection et d'immunité de Lille)
L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.
Partenariat
NPS Neurosciences Paris-Seine
CIIL Centre d'infection et d'immunité de Lille
Aide de l'ANR 452 471 euros
Début et durée du projet scientifique :
janvier 2020
- 36 Mois