CE17 - Recherche translationnelle en santé 2018

Imagerie translationnelle et multimodale des corrélats neuronaux de la vigilance et de la conscience – IMAGINA

Pour atteindre ces objectifs, IMAGINA repose sur une approche translationnelle originale combinant plusieurs niveaux d’étude. Le projet s’appuie d’abord sur un modèle animal proche de l’humain, qui permet d’explorer de manière causale le rôle de structures cérébrales clés en modifiant temporairement leur activité. Ces expériences sont associées à des acquisitions d’imagerie cérébrale avancée, combinant imagerie par résonance magnétique et imagerie métabolique.

En parallèle, IMAGINA a constitué une base de données clinique unique chez des patients à différents stades des troubles de la conscience, intégrant des données d’imagerie cérébrale, des enregistrements de l’activité électrique du cerveau et des évaluations cliniques répétées dans le temps. L’ensemble de ces données est ensuite analysé à l’aide d’outils statistiques et informatiques avancés afin d’identifier des signatures cérébrales pertinentes et de développer des modèles capables de prédire l’évolution de l’état de conscience. Cette combinaison de méthodes permet de dépasser les simples observations cliniques et d’aborder la question du coma de manière globale et intégrée.

 

Les travaux menés dans IMAGINA ont permis de démontrer le rôle central de certaines régions du thalamus dans la modulation de l’éveil, grâce à une approche expérimentale causale. Le projet a également abouti à la constitution d’une cohorte clinique multimodale de grande valeur scientifique, offrant une vision fine et longitudinale de l’évolution des patients. Enfin, les résultats montrent que l’intégration de différentes sources d’imagerie améliore la capacité à prédire l’éveil par rapport aux approches reposant sur un seul type de donnée. IMAGINA a par ailleurs ouvert de nouvelles pistes de recherche, donné naissance à des projets collaboratifs et renforcé les liens entre recherche fondamentale, imagerie avancée et clinique.

Depuis son lancement, IMAGINA a donné lieu à plusieurs publications dans des revues internationales à comité de lecture, ainsi qu’à de nombreuses communications dans des congrès nationaux et internationaux. Les résultats ont contribué à structurer une communauté de recherche autour des troubles de la conscience et ont servi de base au montage de nouveaux projets de recherche compétitifs. Le projet n’a pas donné lieu à des dépôts de brevets, ses retombées reposant principalement sur des avancées scientifiques, méthodologiques et cliniques.

 

Les résultats du projet IMAGINA ouvrent des perspectives importantes pour la recherche et la prise en charge des troubles de la conscience après un coma. En combinant des études sur des modèles animaux et des données cliniques issues de patients, IMAGINA a permis de mieux comprendre le rôle de certaines structures clés du cerveau dans la régulation de l’éveil et de la conscience. Ces avancées constituent une base solide pour explorer de nouvelles approches diagnostiques et thérapeutiques.

À court terme, les méthodes développées dans le cadre du projet permettront d’exploiter plus largement les données d’imagerie cérébrale multimodale afin d’affiner l’évaluation de l’état de conscience des patients. L’intégration de différentes sources d’information, telles que l’imagerie cérébrale et les évaluations cliniques, ouvre la voie à des outils d’aide à la décision capables de mieux anticiper l’évolution des patients. Ces outils pourraient, à terme, aider les équipes médicales et les familles à mieux comprendre les trajectoires possibles de récupération.

Sur le plan de la recherche, IMAGINA a initié de nouvelles pistes visant à explorer d’autres circuits cérébraux impliqués dans l’éveil et la conscience, ainsi que leurs interactions. Les modèles animaux développés dans le projet permettront de tester de nouvelles hypothèses sur les mécanismes cérébraux de la conscience et de mieux comprendre pourquoi certains patients récupèrent alors que d’autres restent durablement dans des états de conscience altérée.

À plus long terme, ces travaux ouvrent des perspectives thérapeutiques concrètes. Les régions cérébrales identifiées comme jouant un rôle clé dans l’éveil pourraient devenir des cibles pour des approches innovantes, telles que des traitements médicamenteux ou des techniques de stimulation non invasive. Bien que ces applications nécessitent encore des études complémentaires, elles offrent un espoir réel d’améliorer la prise en charge des patients.

Enfin, IMAGINA a favorisé la création de collaborations durables entre chercheurs, cliniciens et spécialistes de l’imagerie et des sciences des données. Cette dynamique collective permettra de poursuivre les recherches, de partager les connaissances et d’accélérer le transfert des avancées scientifiques vers la pratique clinique, au bénéfice des patients et de la société.

Malgré les progrès de la réanimation, les patients survivant à un coma lésionnel présentent une qualité de réveil incertaine et un risque élevé de handicap fonctionnel. L’évolution possible vers un trouble de conscience (entrée dans un état de « trouble chronique de la conscience ») soulève une question majeure : est-il possible d’identifier les bases neuronales de l’éveil et de la prise de conscience dans la phase aiguë de coma ou chez les patients qui entrent dans une phase chronique ? Existe-il des biomarqueurs prédictifs du réveil et de récupération fonctionnelle ? De nombreuses études en imagerie réalisées chez des patients chroniques ont étudié le corrélat neuronal de la conscience et ont mené à deux hypothèses : celle du mésocircuit (impliquant des structures sous-corticales comme le thalamus) et celle du Global Neuronal Workspace (impliquant des aires corticales du Default Mode Network). Le thalamus serait alors une structure clé par ses afférences corticales et ses efférences de la formation réticulée, connue pour son rôle dans l’éveil. L’approche corrélative traditionnelle (entre hétérogénéité des lésions observées et des états cliniques) devrait être complétée par le développement d’un modèle explorant le lien causal entre associations de lésions spécifiques et conséquences comportementales. Notre projet a pour but d’étudier les corrélats neuronaux de la conscience et d’identifier des biomarqueurs de l’éveil et de la prise de conscience dans le coma et le post-coma avec une approche translationnelle chez l’animal et l’homme et multimodale avec imagerie TEP-IRM, interventions pharmacologiques focales dans des régions cérébrales stratégiques, électrophysiologie, évaluations cliniques/comportementales et outils statistiques et computationnels innovants. L’étude préclinique servira de preuve de concept de l’effet du dysfonctionnement du mésocircuit sur la modulation de la vigilance chez l’animal. Nous évaluerons l’effet d’activations/désactivations locales et réversibles par microinjections intracérébrales dans des structures du mésocircuit impliquées dans la vigilance. Ces effets seront évalués par une échelle comportementale, des enregistrements électrophysiologiques et de l’imagerie TEP-IRM. En parallèle, nous conduirons une étude clinique multimodale reposant sur le recueil de données cliniques, électrophysiologiques et d’imagerie dans une cohorte de patients ayant une altération aigue et chronique de la conscience. Nous étudierons le lien entre lésions cérébrales, conséquences fonctionnelles et évolution possible vers un état de conscience altérée. Les études d’imageries précliniques et cliniques seront réalisées sur le même dispositif TEP-IRM permettant des co-acquisitions simultanées en TEP et IRM et utilisant les mêmes séquences chez les animaux et les patients. Nous développerons un outil de pronostic à partir des données précliniques et cliniques avec des approches mathématiques innovantes pour l’imagerie et les analyses statistiques multivariées. Nous utiliserons des cartes statistiques paramétriques supervisées et les avancées récentes en «machine learning» pour identifier les informations les plus discriminantes en TEP-IRM chez les patients, avec une analyse translationnelle venant des données précliniques. Nous construirons également une base de données clinique multiparamétrique pour tester l’effet synergique de chaque paramètre pour tenter de prédire de manière fiable le pronostic (coma aigu) et le diagnostic (patients chroniques). L’une des applications cliniques sera de proposer ces algorithmes en accès gratuit intégrant les variables disponibles selon les outils d’évaluation présents dans les centres experts ou moins experts. Ce projet générera un ensemble de données important sur les bases neurales de la vigilance et de la conscience. Identifier un «pattern» fonctionnel commun et des biomarqueurs du pronostic de coma constituera une avancée majeure dans la compréhension des troubles de la conscience.

Coordination du projet

Jacques Luauté (Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CRNL Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon
CREATIS-CNRS CENTRE DE RECHERCHE EN ACQUISITION ET TRAITEMENT D'IMAGES POUR LA SANTE
LBBE Frédéric FLEURY
CRNL Centre de Recherche en Neurosciences de Lyon
UMR-5229 CNRS Institut des sciences cognitives Marc Jeannerod

Aide de l'ANR 713 937 euros
Début et durée du projet scientifique : - 48 Mois

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