CE02 - Milieux et biodiversité : Terre vivante

Identifier les acteurs invisibles du recrutement corallien pour la conservation des récifs – CoralMates

Résumé de soumission

Les coraux produisent des larves planctoniques qui doivent se fixer sur un substrat approprié pour compléter leur cycle de vie. La persistance des populations coralliennes est étroitement liée au succès de l’implantation des larves et à la survie des jeunes recrues. Dans les récifs coralliens, les algues corallines jouent avec les coraux hermatypiques un rôle important de bioconstructeur et de puit naturel de carbone. Elles hébergent aussi une diversité de microorganismes qui pourraient avoir un rôle-clé comme attracteurs de larves de coraux. Une étude récente suggère que les espèces d’algues corallines favorisant l’implantation des larves de coraux ont une grande proportion de bactéries qui inhibent la croissance de pathogènes chez les coraux. Vice versa, les espèces moins bénéfiques pour les larves hébergent une large proportion de pathogènes et cyanobactéries. Certaines macroalgues qui entrent en compétition avec les coraux adultes peuvent causer le blanchissement et la mort des polypes. Plusieurs bactéries pathogènes des coraux ont été retrouvées à la surface des macroalgues. Il est donc fort possible que les larves de coraux sélectionnent comme substrat d’accrochage et de développement les espèces d’algues corallines contenant des bactéries qui leur sont bénéfiques. En outre, la reconnaissance bactérienne par les larves de coraux semble s’opérer par l’intermédiaire de composés chimiques produits par ces mêmes bactéries, mais les composés suggérés jusqu’à présent (ex : tétrabromopyrrole) induisent un faible taux d’accrochage. Des composés directement associés à la trame calcifiée des algues corallines sembleraient plus prometteurs, mais aucun n’a été caractérisé jusqu’à présent. Les médiateurs chimiques et microbiens qui régissent l’interaction entre les algues corallines et les coraux sont donc méconnus.

Ce projet propose d’unir observations sur le terrain, expériences en laboratoire, et techniques de pointe en microbiologie, génétique, écologie chimique et métabolomique pour comprendre l’association intime entre les algues corallines et les coraux. Les deux premiers objectifs sont: 1) d’identifier les espèces d’algues corallines ayant un rôle clé dans le recrutement du corail et 2) de caractériser les procaryotes et les biomolécules qui régissent cette association. Le changement climatique pourrait affecter le lien fragile entre ces organismes et interagir avec les facteurs locaux pour perturber le recrutement corallien. Le troisième objectif est donc: 3) de déterminer comment les menaces globales et locales altèrent l’interaction microbienne et chimique entre les algues corallines et les coraux. Enfin, le quatrième objectif est: 4) d’évaluer l’utilisation de ces « acteurs invisibles » (algues, procaryotes et biomolécules) pour la restauration des récifs coralliens. Cet objectif inclut une analyse coût-bénéfice de la restauration par rapport à la colonisation naturelle.

Au vu de la vulnérabilité des récifs coralliens face au changement climatique, ces recherches répondent à la nécessité de mieux comprendre les mécanismes du recrutement corallien afin de favoriser le repeuplement des récifs en déclin. Elles amèneront de nouveaux résultats sur les acteurs et les mécanismes régulant le fonctionnement et l’évolution des écosystèmes et de la biodiversité pour mieux prédire l’impact des hommes et du changement climatique. Au contraire des nombreuses études démontrant les effets négatifs des algues et des microbes sur les coraux, ce projet valorise les interactions positives entre espèces. Il améliorera notre compréhension du rôle des microorganismes et des biomolécules dans la dynamique du recrutement corallien et permettra la découverte de nouvelles molécules ayant un intérêt fondamental et appliqué dans la gestion et la restauration des récifs. Enfin, ce projet favorisera le développement de techniques de restauration qui réduisent les prélèvements de coraux sauvages et pourra donc ainsi contribuer à l’économie locale.

Coordinateur du projet

Madame Maggy Nugues (Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

LECOB Laboratoire d'Ecogéochimie des Environnements Benthiques
CRIOBE Centre de recherche insulaire et observatoire de l'environnement
ENTROPIE Ecologie marine tropicale dans les Océans Pacifique et Indien

Aide de l'ANR 600 494 euros
Début et durée du projet scientifique : mars 2019 - 48 Mois

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