DS06 - Mobilité et systèmes urbains durables

Durabilités et spatialités des pratiques de mobilité des coworkers – COWORKWORLDS

COWORKWORLDS

Le projet COWORKWORLDS vise à questionner les effets présumés vertueux, mais non démontrés, du coworking en matière de mobilité durable. Il s’appuie, pour cela, sur une définition large du concept de mobilité et de la notion de durabilité. La mobilité est envisagée comme mobilité spatiale (mobilité quotidienne, résidentielle, etc.), mais aussi sociale (mobilité professionnelle, etc.). De même, la durabilité est étudiée dans ses dimensions environnementale, mais aussi économique et sociale.

Durabilités et spatialités des pratiques de mobilité des coworkers

Apparus en 2005 à San Francisco, les espaces de coworking se sont multipliés en France, aussi bien dans les métropoles que dans les villes moyennes, les territoires périurbains ou ruraux. Ils correspondent à de nouveaux lieux de travail, intermédiaires entre le domicile et le lieu de travail traditionnel, basés sur le partage d’un espace de travail et d’un réseau de travailleurs encourageant la collaboration. En France, la création d’espaces de coworking s’accompagne d’un discours très volontariste des pouvoirs publics qui encouragent, voire soutiennent financièrement, leur développement. Ce soutien est notamment justifié par les effets présumés vertueux, mais non démontrés, du coworking en matière de mobilité. En offrant aux actifs la possibilité de travailler à proximité de leur domicile, les espaces de coworking sont supposés réduire les impacts négatifs des déplacements liés au travail (congestion, pollution, etc.). <br /> <br />L’objectif du projet COWORWORLDS est de questionner l’évidence de la durabilité des pratiques de mobilité des coworkers dans une perspective plus large : en s’intéressant à d’autres formes de mobilité, en prenant en compte toutes les dimensions de la durabilité et en investiguant différents types de territoires (métropoles, villes intermédiaires, petites villes, espaces périurbains). Comment cette nouvelle forme d’organisation du travail amène-t-elle les individus à articuler différemment leurs mobilités ? Quelles conséquences cela peut-il avoir pour les territoires ? Ces évolutions favorisent-elles la durabilité urbaine ? <br /> <br />Le projet vise à répondre à ces questions à travers : <br />- L’identification précise de ce qu’est un espace de coworking <br />- La connaissance des pratiques de mobilité des coworkers, <br />- La compréhension des choix qui président à l’adoption de ces pratiques <br />- La connaissance des spatialités qu’elles dessinent <br />- La mise en perspective des enjeux qu’elles soulèvent en matière de durabilité urbaine

Le projet COWORKWORLDS vise à combiner des méthodologies issues de différentes disciplines (aménagement-urbanisme, anthropologie, économie, géomatique, informatique, sociologie). A ce stade, ont été réalisés :
- un recensement des espaces de coworking au sein de la région AURA afin d’analyser l’environnement urbain des espaces de coworking à différentes échelles spatiales
- une enquête par questionnaire auprès des coworkers pour mieux connaître leurs caractéristiques socio-démographiques et socio-économiques, leurs habitudes de travail et de mobilité
- des entretiens semi-directifs auprès de créateurs d’espaces de coworking afin de mieux comprendre leurs motivations, leurs projets, leur choix de localisation et l’intérêt porté ou non aux questions de mobilité
- des entretiens par récits de vie auprès de coworkers afin de retracer leurs trajectoires professionnelles, familiales et résidentielles. Ces éléments permettent de mieux comprendre les choix qui président à l’adoption du coworking et des pratiques de mobilité
- un travail d’observation participante dans deux espaces de coworking afin d’apporter une définition précise de la pratique du coworking

Les résultats montrent, tout d’abord, que les espaces de coworking ne favorisent pas obligatoirement des pratiques de mobilité quotidienne plus vertueuses sur le plan environnemental. Celles-ci restent largement conditionnées par les localisations résidentielles, avec un usage de modes alternatifs dans les espaces de forte densité et un usage de l’automobile dans les espaces de faible densité. On note, cependant, une volonté chez certains coworkers d’organiser leur quotidien autour de logiques de proximité. Les espaces de coworking apparaissent, par contre, comme des lieux clés d’articulation des mobilités résidentielles et professionnelles. Par leur souplesse et leur flexibilité d’usage (coûts mutualisés, durée d’engagement limitée, diversité des localisations, etc.), les espaces de coworking permettent de concrétiser des projets professionnels ou résidentiels. Ils facilitent ainsi certaines reconversions professionnelles en permettant l’accès à un lieu de travail et à un réseau professionnel et local. De même, ils sont un moyen de réaliser des projets résidentiels, fondés autour du nomadisme comme de l’ancrage, qui profitent aussi bien aux métropoles qu’aux petites villes. Enfin, les espaces de coworking apparaissent comme une échappatoire au télétravail à domicile pour ces travailleurs qui se distinguent par leur haut niveau de qualification. Ils permettent, d’une part, de rompre l’isolement social en retrouvant une sociabilité ordinaire (discuter autour d’un café, fréquenter des collègues travaillant dans d’autres secteurs d’activité, etc.) et, d’autre part, d’instaurer un partage clair entre vie personnelle et professionnelle. Les pratiques de mobilité des coworkers, entendues dans une acception large, répondent ainsi davantage à des enjeux de durabilité économique et sociale qu’environnementale et dessinent des spatialités qui s’organisent aussi bien autour d’espaces métropolitains que de petites villes, caractérisés par de fortes aménités urbaines.

Les résultats du projet COWORKWORLDS sont susceptibles d’intéresser aussi bien les acteurs publics (services de l’Etat, collectivités locales, etc.) que les acteur privés (entreprises, associations, bureaux d’études, etc.). Ils peuvent leur apporter de nouveaux éléments de connaissance sur les évolutions des modes d’organisation du travail des actifs très qualifiés et leurs impacts sur les mobilités et les territoires. Pour les acteurs publics, ils permettent de mieux identifier les enjeux associés à l’implantation d’espaces de coworking dans leur territoire et les modalités de soutien qu’ils peuvent leur apporter. Pour les acteurs privés, ils procurent une meilleure connaissance de ce nouveau mode d’organisation du travail qui permet de répondre aux attentes de salariés très qualifiés et de mieux cerner l’intérêt ou non d’intégrer le coworking comme une modalité de travail en entreprise.

Flipo A., Ortar N., 2021, « Séparer les espaces pour maîtriser le temps », Temporalités, 31-32 2020, DOI : doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.4000/temporalites.7712

Flipo A., Lejoux P., 2020, « Les dimensions sociales et spatiales du coworking : un état de l’art », EspacesTemps.net, Travaux, [En ligne], DOI : 10.26151/espacestemps.net-6rp7-3826.

Flipo A.,2020, « Espaces de coworking et tiers-lieux : les réseaux d’une nouvelle ruralité ? », Études rurales, 206 | 2020, DOI :https://doi-org.inshs.bib.cnrs.fr/10.4000/etudesrurales.23887

Lejoux P., 2020, Co-organisation avec le PUCA d’un webinaire Le coworking : sous l’effet de mode, quelle réalité ? Analyse des effets urbains et sociaux de la multiplication des espaces de coworking, 22 septembre. Source : www.urbanisme-puca.gouv.fr/22-09-webinaire-le-coworking-sous-l-effet-de-mode-a2059.html

Flipo A. ,2020, “Tiers-lieux et espaces de coworking à la campagne: quel impact sur les mobilités ?” In: Demoli Y. (dir.), Peut-on se passer de la voiture hors des agglomérations?, Paris Saclay, Editions de la Maison des Sciences de l’Homme-Paris Saclay, p. 205-222.

Lejoux P., Flipo A., Ortar N., Ovtracht N., Souche-Lecorverc S., Stanica R., 2019, “Coworking, a way to achieve sustainable mobility ? Designing an interdisciplinary research project”, Sustainability, 11 (24), 7161, doi.org/10.3390/su11247161.

Le projet COWORKWORLDS vise à comprendre comment les technologies du numérique peuvent favoriser ou non une mobilité plus durable au sein des systèmes urbains en s’intéressant à un objet de recherche encore peu étudié dans le champ des urban studies et des mobility studies : le développement du coworking. Le coworking peut être défini comme un nouveau mode d’organisation du travail basé sur le partage d’un espace de travail et d’un réseau de travailleurs encourageant la collaboration. Favorisés par le développement des technologies numériques portatives et la dématérialisation de l’information, ces nouveaux lieux de travail intermédiaires entre le bureau traditionnel et le domicile sont apparus en 2005 à San Francisco et se sont multipliés depuis à travers le monde. En France, le phénomène a vraiment pris de l’ampleur depuis 5 ans avec l’implantation d’espaces de coworking dans les métropoles mais aussi dans les villes moyennes, les territoires périurbains ou ruraux. La création d’espaces de coworking par les entreprises s’accompagne d’un discours très volontariste des pouvoirs publics qui encouragent, voire soutiennent financièrement, leur développement. Ce soutien est notamment justifié par les effets présumés vertueux, mais non démontrés, du coworking en matière de mobilité durable. En offrant aux actifs la possibilité de travailler à proximité de leur domicile, les espaces de coworking sont supposés permettre une baisse de la congestion et de la pollution, une amélioration des conditions de transport et un développement plus équilibré des territoires. L’objectif du projet COWORWORLDS est de questionner l’évidence de la durabilité urbaine du coworking dans des contextes territoriaux différenciés. Dans quelle mesure le développement du coworking peut-il constituer une nouvelle voie susceptible de favoriser des pratiques plus durables de mobilité ? L’hypothèse principale du projet est que la durabilité urbaine des pratiques de mobilité des coworkers dépend des configurations sociales et spatiales dans lesquelles ils sont engagés. Tout l’enjeu du projet est d’identifier la diversité de ces configurations socio-spatiales et leur caractère plus ou moins favorable à la durabilité urbaine à travers la connaissance des pratiques de mobilité matérielles comme immatérielles des coworkers, la compréhension des choix qui président à l’adoption de ces pratiques et la mise en perspective des spatialités qu’elles dessinent. Pour analyser les pratiques de mobilités matérielles et immatérielles des coworkers et caractériser les systèmes de lieux qu’elles dessinent, le projet souhaite associer des enquêtes qualitatives (entretiens semi-directifs) et quantitatives (enquête par questionnaire, traces numériques). L’objectif étant de diversifier à la fois le profil des coworkers et des territoires enquêtés, les enquêtes seront réalisées dans les régions urbaines de Lyon et de Grenoble (ville-centre, périurbain), à Annecy, dans la Drôme et l’Ardèche. Le programme du travail est composé de trois phases. La première phase sera dédiée à la caractérisation des configurations sociales et spatiales des coworkers. La seconde phase cherchera à identifier la diversité des configurations sociales et spatiales dans lesquelles sont engagés les coworkers et leur caractère plus ou moins favorable à la durabilité urbaine. La troisième phase cherchera à mettre en perspective les spatialités que dessinent les pratiques de mobilité des coworkers du point de vue de la durabilité urbaine. Le projet COWORKWORLDS présente un fort potentiel de valorisation auprès de la communauté scientifique comme du monde socio-économique (acteurs publics et privés intervenant dans le domaine des transports et de la mobilité, entreprises, salariés.

Coordinateur du projet

Madame Patricia LEJOUX (Laboratoire Aménagement Economie Transports)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

LAET Laboratoire Aménagement Economie Transports

Aide de l'ANR 188 946 euros
Début et durée du projet scientifique : - 36 Mois

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