Comparaison crosslinguistique et développementale du traitement des consonnes et des voyelles dans l’acquisition lexicale précoce – CROSSCV
La proposition par Nespor et al. (2003) que les consonnes sont plus impliquées que les voyelles dans l’encodage et la reconnaissance des mots a été soutenue expérimentalement par des études sur les enfants et les adultes. Toutefois, alors qu’il est possible que cet avantage consonantique (appelé aussi biais consonantique, C-bias en anglais) est très stable à l’âge adulte au travers des langues, son émergence pourrait ne pas suivre la même trajectoire développementale crosslinguistiquement pendant l’enfance, dans la mesure où des différences entre langues ont été rapportées dans la littérature développementale. En effet ; alors qu’un avantage consonantique a été fermement démontré depuis l’âge de 8 mois, cette asymétrie n’a pas été observée avant 30 mois en anglais. De plus, à 20 mois, il a été trouvé que les enfants acquérant l’allemand sont aussi sensibles aux informations consonantiques que vocaliques, et les enfants acquérant le danois ont un biais vocalique. Cette variation crosslinguistique suggère fortement le biais consonantique lexical est acquis lors de l’acquisition du langage, ce qui questionne l’hypothèse initiale d’un biais langue-général, possiblement inné, qui faciliterait l’acquisition lexicale. Toutefois, la question reste entière concernant la nature des propriétés langue-spécifiques qui affectent l’expression du biais consonantique.
Le projet crosslinguistique et développemental proposé a pour but de nous éclairer sur le rôle potentiel de l’input linguistique dans l’émergence et la trajectoire développementale du biais consonantique, en comparant de façon systématique la sensibilité relative et l’utilisation des consonnes et des voyelles chez les enfants acquérant l’allemand ou le français, à différents âges, et à travers différentes tâches lexicales. L’allemand et le français se distinguent sur plusieurs variables qui pourraient affecter le traitement des consonnes et des voyelles : leur ratio consonne-voyelle (allemand: 25–15 vs. français 17–15), leur structure rythmique (allemand : langue à stress vs. Français, langue syllabique), l’existence de stress/accentuation lexical-e (présent en allemand, mais pas en français), le trait phonétique de « tenseness » (l’allemand distingue les voyelles « tense » et « lax », le français non), …
Nous collecterons des données sur des enfants acquérant l’allemand et le français, depuis la naissance jusqu’à l’âge de 20 mois, à Potsdam et à Paris. Toutes les tâches explorent l’utilisation comparée des informations consonantiques et vocaliques dans le traitement lié au niveau lexical, à différents niveaux de traitement: les tâches 1-2 se focalisent sur le traitement de formes de mots sans sens, alors que les tâches 3-5 se focalisent sur le traitement de mots connus. Ces études s’appuieront sur un éventail de techniques comportementales (HPP, eye-tracking), électrophysiologiques (ERPs), et de neuroimage (NIRS). Nos données apporteront des informations cruciales relatives à l’origine et à la trajectoire développementale du biais consonantique lors du traitement lexical. Elles apporteront des éclaircissements concernant les interactions entre les capacités perceptives innées et l’input linguistique en explorant le rôle différentiel des consonnes et des voyelles à la naissance, et en déterminant les invariants crosslinguistiques versus les aspects langue-spécifique de l’émergence du biais consonantique.
Coordination du projet
Thierry NAZZI (Laboratorie Psychologie de la Perception)
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Partenaire
UPD-LPP Laboratorie Psychologie de la Perception
UP Universität Potsdam
Aide de l'ANR 199 791 euros
Début et durée du projet scientifique :
August 2017
- 36 Mois