DS0802 -

Menace du stéréotype et réactions agressives – STAR

Les effets de la menace du stéréotype sur les comportements agressifs

Ce projet vise à étudier le lien entre la menace du stéréotype et l’agression. L'agression est-elle une conséquence possible de la menace du stéréotype ? Si oui, cet effet s’observe-t-il uniquement pour des individus appartenant à des groupes stéréotypés comme agressifs ou bien est-ce un effet plus général ? En outre, ce projet tentera d’identifier les mécanismes sous-jacents expliquant cet effet, à savoir les pensées agressives, les émotions et l’autorégulation.

Déterminer les effets de la menace du stéréotype sur l’agression et mettre en lumière les mécanismes explicatifs.

Ce projet vise à déterminer les effets de la menace du stéréotype sur les réactions agressives (pensées, émotions, comportements). La menace du stéréotype correspond à la crainte ressentie par un individu lorsque celui-ci se retrouve dans une situation dans laquelle il risque de confirmer un stéréotype négatif associé à son groupe (Steele & Aronson, 1995). La littérature sur le sujet a montré que la menace du stéréotype pouvait avoir des conséquences délétères, notamment au niveau des performances académiques (e.g., Spencer, Steele & Quinn, 1999). En revanche, peu de recherches portent sur les potentielles conséquences de la menace du stéréotype au-delà de la performance. Ces situations de menace peuvent se retrouver fréquemment dans la vie des individus, et nous avons fait l'hypothèse que les individus stigmatisés pourraient manifester des comportements d’hostilité en réponse à une situation évaluative vécue comme menaçante. Ainsi, l’objectif de ce projet de recherche était de déterminer dans quelle mesure l'agression pouvait constituer une conséquence des effets de la menace du stéréotype et pouvait, chez les personnes stigmatisées en situation de menace, activer des pensées agressives, susciter des émotions liées à l’agression, et accroitre les comportements agressifs. Comprendre comment la menace du stéréotype pourrait engendrer des réactions agressives permettrait de mieux saisir l’apparition de comportements hostiles dans de nombreuses situations personnelles et professionnelles, telles que l’école.

Afin de tester d’une part les effets des situations de menace du stéréotype sur l’agression, et afin d’autre part de déterminer les mécanismes explicatifs, ce travail s’appuie sur une méthodologie expérimentale. Au travers de 9 expériences réalisées auprès de 1524 participants, les conséquences de la menace du stéréotype ont été investiguées. Pour cela, les participants étaient invités à réaliser une tâche dans laquelle leur performance serait mesurée. Afin d’induire une situation de menace du stéréotype, ces tests étaient présentés aux participants comme mesurant une compétence qui est associée négativement au stéréotype de leur groupe (e.g., les compétences en mathématiques des femmes). Suite à cette induction, les émotions ressenties par les participants, leur fonctionnement cognitif, ainsi que leurs comportements agressifs étaient mesurés et comparés à des participants non exposés à une situation menaçante afin de pouvoir tester ses effets.
Par ailleurs, deux études corrélationnelles menées auprès de 685 participants ont été menées afin de mettre en lumière les stéréotypes associés aux groupes sociaux étudiés au sein du présent projet.

Les principaux résultats de ce travail nous indiquent que les situations de menace du stéréotype peuvent engendrer des réactions agressives de la part des individus stigmatisés. Ces réactions agressives sont d’autant plus importantes que la menace est dirigée vers le soi. Malgré le fait que les individus en situation de menace manifestent une dégradation de certaines performances cognitives, nous n’avons pu observer d’effets délétères de la situation de menace du stéréotype sur les pensées agressives, les capacités de contrôle cognitif, ou encore les émotions de colère et d’anxiété. Enfin, une analyse actualisée du stéréotype associé aux hommes maghrébins indique qu’une dimension centrale du stéréotype de ce groupe est constituée de caractéristiques relevant de l’agressivité et de la violence.

Les travaux qui ont été menés dans le cadre de ce projet de recherche ont abouti à des résultats mitigés au regard des hypothèses testées. Si effectivement, nous avons pu observer que les situations de menace du stéréotype peuvent engendrer des réactions agressives dans le cadre de nos expériences, ces résultats n’ont pu être corroborés par des réplications successives. Par ailleurs, les mécanismes explicatifs de la menace du stéréotype restent encore à élucider, car les processus émotionnels et cognitifs investigués dans le présent travail sont certainement insuffisants pour rendre compte de la diversité des conséquences engendrées par la menace du stéréotype. Cependant, ce projet a permis de faire des avancées théoriques et méthodologiques importantes dans ce domaine de recherche. Au niveau théorique, les travaux réalisés sur des populations différentes ont pu mettre en lumière l’importance du statut social des groupes étudiés. En effet, si la situation de menace du stéréotype peut être vécue par tout un chacun en fonction des stéréotypes négatifs de notre propre groupe d’appartenance, il semblerait que ces effets nécessitent un ancrage sociétal pour significativement impacter les individus. Au niveau méthodologique, les difficultés rencontrées en début de projet pour parvenir à élaborer des tâches d’induction de la menace du stéréotype, ainsi que des mesures comportementales de l’agression en laboratoire nous ont amenés à élaborer et améliorer des procédures robustes d’études du comportement social en laboratoire.
Ces travaux permettent d’étendre la compréhension des facteurs psychosociaux impliqués dans l’émission des comportements agressifs en investiguant la façon dont la menace du soi en tant que membre d’un groupe peut générer des réactions aversives. Bien que fragiles, ces premiers résultats nous permettent d’envisager de nouvelles perspectives de recherches visant à spécifier le rôle de la perception de soi dans la compréhension des réactions agressives.

L’ensemble du programme a pour l’heure abouti à cinq communications scientifiques dans les colloques majeurs de la discipline ainsi qu’à deux conférences auprès de publics de plus large audience. Par ailleurs, les études portant sur l’actualisation des stéréotypes ont été soumises, et deux articles portant sur les principaux résultats du projet sont en préparation.

Ce projet a pour objectif d’étudier le lien entre la menace du stéréotype et les réactions agressives. La menace du stéréotype fait référence à l'appréhension, la peur ou l'anxiété que les individus peuvent ressentir quand ils se trouvent dans des situations où leurs comportements ou leurs performances pourraient venir confirmer le stéréotype négatif de leur groupe. Une personne noire, par exemple, peut ressentir cette menace quand elle doit accomplir une tâche présentée comme un test d'intelligence, car cela va activer, sous certaines conditions, le stéréotype négatif selon lequel les noirs seraient moins intelligents que les blancs. De nombreuses études dans le champ de la menace du stéréotype ont montré que la perception de la possibilité d’être jugé conformément aux stéréotypes négatifs de son groupe, conduit à une diminution de la performance réelle des membres des groupes sociaux stigmatisés.

Ce projet vise à étendre les conséquences possibles de la menace du stéréotype en s’intéressant non plus uniquement à la performance mais également aux réactions agressives. En effet, à quelques exceptions près, les études antérieures se sont focalisées exclusivement sur les effets de la menace du stéréotype sur les performances. Cependant, la menace du stéréotype peut avoir des conséquences autres que la seule baisse de performances (Shapiro & Neuberg, 2007). Parmi les conséquences possibles, nous faisons l'hypothèse que les individus stigmatisés pourraient manifester des comportements d’hostilité en réponse à une situation évaluative vécue comme menaçante. Ainsi, nous souhaitons déterminer dans quelle mesure l'agression peut constituer une conséquence des effets de la menace du stéréotype et peut, chez les personnes stigmatisées en situation de menace, activer des pensées agressives, susciter des émotions liées à l’agression, et accroitre les comportements agressifs.

Pour illustrer, imaginons des étudiants issus d'un milieu socio-économique défavorisé qui doivent passer un test standardisé. Le stéréotype d’une plus faible capacité intellectuelle d'étudiants de niveau socio-économique défavorisé peut être rendu saillant et peut induire chez eux l’appréhension d'être jugés par rapport au stéréotype négatif de leur groupe social d'appartenance. Cela va induire une performance plus faible dans la situation dans laquelle le stéréotype négatif a été activé par rapport à une situation dans laquelle il ne l'aurait pas été. Mais au-delà de cette baisse de performance, les étudiants issus d'un milieu socio-économique défavorisé pourrait manifester des réactions agressives par exemple en tapant du pied sur le bureau, en poussant d’autres étudiants à la sortie, en s’en prenant verbalement aux professeurs ou représentant de l’institution scolaire, etc… mais également ruminer des pensées agressives ou ressentir de la colère. Certaines recherches ont en effet montré que lorsque les individus se sentent menacés dans leur image d’eux-mêmes, ils sont plus enclins à manifester des réactions agressives. Ce sont ces réactions agressives que nous souhaitons examiner dans ce projet de recherche, permettant ainsi d’étendre les connaissances dans le champ de la menace du stéréotype.

Dans cette recherche, nous souhaitons examiner les questions suivantes: l’agression est-elle une conséquence possible de la menace du stéréotype? Si oui, est-ce une agression susceptible d'être observée uniquement chez les membres de groupes st ou chez toutes les personnes en situation de menace du stéréotype? En outre, Nous souhaitons examiner les émotions générées en fonction du type de menace que l’individu expérimente. Plus spécifiquement, la façon dont l’individu perçoit cette situation de menace (menace pour soi-même vs pour le groupe) est susceptible d’induire des émotions différentes (peur vs colère), ce qui peut engendrer une différence dans l’agressivité exprimée.

Coordination du projet

Baptiste Subra (Université de Bordeaux)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

EA4139 Université de Bordeaux

Aide de l'ANR 147 674 euros
Début et durée du projet scientifique : septembre 2016 - 36 Mois

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