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Géographies autochtones : origines, développements et perspectives dans le monde francophone – INDIGEO

Géographies autochtones : origines, développements et perspectives dans le monde francophone

En s’intéressant à la formation d’un champ de recherche autour des géographies autochtones, ce projet vise à interroger l’intérêt que revêt l’approche géographique pour le traitement de la question autochtone et identifier, en retour, les apports potentiels de l’étude des dynamiques territoriales autochtones pour les sciences sociales en général, et la géographie en particulier.

Valoriser l’intérêt d’une approche géographique de l’autochtonie

Le projet INDIGEO engage une réflexion épistémologique sur la formation des géographies autochtones, entendu en tant que champ d’investigation s’intéressant aux différentes configurations territoriales et formes d’inscription, dans l’espace, des peuples autochtones et de leurs identités. En France, on ne dispose à ce jour d’aucun espace ou structure de référence permettant d’encadrer, orienter et promouvoir le développement des géographies autochtones, et ce malgré l’intérêt porté à l’autochtonie par un nombre croissant de jeunes géographes. Cette absence d’espaces formels de discussion contribue, d’une certaine façon, à invisibiliser l’existence même de peuples autochtones dans le contexte national français (dans ses extensions ultramarines), portant à croire de manière équivoque, qu’en France, cette question ne se poserait pas. Par ailleurs, aucune recherche épistémologique globale n’a pour l’instant été menée quant aux origines et modalités de formation de ce champ d’investigation, ni permis par conséquent de systématiser et valoriser les apports potentiels d’une approche géographique de l’autochtonie. C’est précisément ce défi que propose de relever le projet INDIGEO, dont l’objectif est de s’interroger sur l’intérêt que revêt l’approche géographique pour le traitement de la question autochtone et, en retour, d’identifier les apports potentiels de l’étude des dynamiques territoriales autochtones pour la discipline géographique. Outre dresser un bilan rétrospectif de la production géographique autour de la question autochtone, et évaluer plus spécifiquement l’état et le développement de cette production dans la géographie de langue française, cette recherche vise à éclairer les implications géographiques de l’autochtonie par le biais d’enquêtes de terrain sur la question territoriale autochtone dans l’outre-mer français.

Le projet INDIGEO s’articule autour de trois grandes Tâches complémentaires. La première, intitulée « Généalogie des géographies autochtones », s’attache à dresser un bilan global et rétrospectif de l’intérêt des géographes pour la question territoriale autochtone dans les différentes régions du monde. Cette réflexion s’appuie sur un travail de recensement bibliographique visant à collecter et organiser, sous forme d’une base de données, l’ensemble des articles publiés dans des revues scientifiques et relevant du champ des géographies autochtones. Cette première Tâche pose le contexte global servant de cadre à la seconde Tâche : « Les géographies autochtones dans le monde francophone », dont l’objectif est de préciser l’apport spécifique des géographes francophones à la constitution d’un champ de recherche autour des géographies autochtones. Cette Tâche est de la sorte partiellement imbriquée dans la précédente avec laquelle elle partage un même intérêt épistémologique ; la réalisation d’entretiens auprès de géographes francophones s’étant explicitement intéressés à l’autochtonie dans leurs travaux complète par ailleurs l’analyse menée dans ce cadre. Finalement, la troisième et dernière Tâche, intitulée « La question territoriale autochtone en France », constitue le volet empirique du projet. Par le biais d’enquêtes menées en Guyane Française et en Nouvelle-Calédonie, ce volet s’intéresse aux enjeux territoriaux que pose l’autochtonie dans l’outre-mer français, à partir d’une approche située au croisement de la géographie historique, de la géographie culturelle et de la géographie politique. A l’étude des processus historiques de colonisation, des formes diverses d’usurpation territoriale et des conflits qui en découlent, s’agrège une réflexion sur l’émergence de mouvements politiques autochtones dans l’outre-mer français, ainsi qu’une analyse de leurs revendications et des réponses données par l’Etat à ces demandes.

Le projet INDIGEO vise à dynamiser l’intérêt pour la question territoriale autochtone en France, qui est directement concernée par ce sujet dans ses extensions ultramarines. La Nouvelle Calédonie, la Polynésie Française et la Guyane Française, bien que sous des statuts différents, sont effectivement des territoires français où la question autochtone est évidente. La nécessité de reconnaissance et formalisation, en France, d’un champ de recherche sur les géographies autochtones se fonde ainsi sur ses implications pratiques et l’importance indiscutable de son potentiel d’application. En (re)pensant la question territoriale autochtone, ce projet pourrait contribuer à éclairer les orientations des politiques publiques en matière d’autochtonie. Un rapport final sera déposé auprès des institutions et des instances politiques ad hoc, ainsi que des organisations autochtones concernées, sous forme de document informatif visant à orienter la (re)définition d’une politique autochtone soucieuse des réalités locales et des attentes des populations auxquelles elle s’adresse. Des retombées sont attendues, à ce titre, sur les conditions et le cadre de vie des peuples et communautés autochtones de l’outre-mer français. De ce fait, ce projet se veut d’utilité pratique et espère pouvoir contribuer à la résolution d’un important défi sociétal, par la production d’une recherche fondamentale de qualité en phase avec la réalité qu’elle prétend étudier. Son impact tient donc tant à son caractère innovant qu’à ses applications et retombées concrètes.

Les perspectives ouvertes par la formation d’un champ de recherche autour des géographies autochtones ont déjà fait l’objet de débats, depuis près de deux décennies, dans la géographie anglo-saxonne. Il n’en va pas de même dans la géographie de langue française où, par-delà quelques recherches ponctuelles sur l’intérêt que les géographes ont pu porter à la question autochtone et à la manière dont ils l’ont abordée dans des contextes nationaux et / ou historiques spécifiques, la question territoriale autochtone n’a pour l’instant fait l’objet d’aucune recherche épistémologique fondamentale. En comblant ce vide, le projet INDIGEO vise à positionner la géographie française sur la scène internationale en la connectant à des débats disciplinaires déjà ouverts dans d’autres régions du monde. Ce projet devrait donc permettre, non seulement d’engager une réflexion à même de consolider un champ de recherche encore embryonnaire dans la géographie française, mais aussi d’ouvrir formellement le débat sur une question jusqu’à présent éludée malgré l’importance de ses implications politico-territoriales. Par ailleurs, en sondant et déconstruisant les rapports que la géographie et les géographes ont entretenu historiquement avec l’autochtonie et les peuples autochtones, la réflexion proposée amènera à questionner les fondements de la discipline géographique, ses liens avec le colonialisme et ses implications vis-à-vis des processus de colonisation et de formation des empires coloniaux. Outre une contribution évidente à l’histoire de la géographie et des savoirs de l’espace, il peut être attendu de ces réflexions qu’elles alimentent un processus de décolonisation de la discipline et aient des retombées en termes de rapport au terrain et de pratiques de recherche en contextes autochtones.

Outre des livrables classiques sous forme d’articles scientifiques et de chapitres d’ouvrage, il est envisagé de mettre en ligne un site web dédié aux géographies autochtones et dont les effets sont attendus sur le long terme. En plus de répertorier l’ens

Ce projet s’articule sur une réflexion de fond autour des implications géographiques de l’autochtonie et des modalités de constitution d’un champ de recherche sur la question territoriale autochtone en géographie. Son objectif est de s’interroger sur l’intérêt que revêt l’approche géographique pour le traitement de la question autochtone et, en retour, d’identifier les apports potentiels de l’étude des dynamiques territoriales autochtones pour la discipline géographique. Tout en s’attachant à révéler les fondements, articulations et potentialités de ce champ de recherche, il sera fait état de ses développements et conditions d’émergence. Il s’agira, plus précisément, de se demander dans quelles régions du monde, depuis quand, et de quelles manières les géographes abordent-ils l’autochtonie, et ce que ces travaux apportent à la discipline. L’hypothèse de travail avancée est que les mobilisations autochtones formulées à partir des années 1970, tant localement que sur la scène internationale, ont suscité un intérêt croissant de la part de la communauté scientifique, et en particulier des géographes. Faisant écho à ces mobilisations et plus spécifiquement à la demande territoriale autochtone, cet intérêt donna lieu à une production géographique qui, dans un processus d’agglutinement, de partage et de mise en réseaux des connaissances, se constitua progressivement en un champ de recherche spécifique. En raison toutefois de son inscription simultanée dans plusieurs grands domaines de la discipline, ce champ n’a pendant longtemps pas été identifié en tant que tel. D’autre part, sa formation repose sur une production inégale selon les régions du monde, en fonction de certaines tendances, sensibilités et courants épistémologiques propres à chaque contexte académique et son histoire. En France, notamment, on ne dispose à ce jour d’aucun espace ou structure de référence permettant d’encadrer, orienter et promouvoir le développement des géographies autochtones, et ce malgré l’intérêt croissant porté à l’autochtonie par une jeune génération de géographes. Par ailleurs, aucune recherche de caractère épistémologique n’a pour l’instant été menée quant aux origines et modalités de formation de ce champ d’investigation, ni permis par conséquent de systématiser et valoriser les apports potentiels d’une approche géographique de l’autochtonie. C’est précisément ce défi que propose de relever le présent projet qui, tout en contribuant à combler un vide théorique majeur, permettra de positionner la France dans un débat scientifique de grande importance et accroître ainsi son rayonnement scientifique sur le plan international. Suivant une approche théorique située au carrefour d’une géographie à la fois historique, politique et culturelle, le projet se décomposera en trois grandes tâches successives et complémentaires permettant d’articuler sa mise en œuvre. La première tâche s’attachera à dresser un bilan global de l’intérêt des géographes pour la question territoriale autochtone dans les différentes régions du monde. Elle posera le contexte servant de cadre à la seconde tâche qui visera à préciser l’apport spécifique des géographes francophones à la constitution des géographies autochtones. Cette tâche sera de la sorte partiellement imbriquée dans la précédente avec laquelle elle partage un même intérêt épistémologique autour de l’émergence des géographies autochtones. Enfin, la troisième tâche du projet constituera son volet empirique qui s’intéressera aux implications concrètes des revendications territoriales autochtones et à l’utilité de la géographie à cet égard, en se focalisant sur le cas de la France dans ses extensions ultramarines. En (re)pensant de la sorte la question territoriale autochtone et ses implications, ce projet ambitionne de contribuer à la définition d’un cadre d’action pour le déploiement d’une politique autochtone en phase avec les réalités locales et les attentes des populations auxquelles elle s’adresse.

Coordinateur du projet

Monsieur Bastien SEPULVEDA (Territoires, Villes, Environnement et Sociétés)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

TVES Territoires, Villes, Environnement et Sociétés

Aide de l'ANR 379 057 euros
Début et durée du projet scientifique : - 48 Mois

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