DS0802 - Inégalités, discriminations, intégration

Vieillir à deux, vie conjugale, inégalités et décisions économiques des couples après 50 ans – Vieillir-à-deux

Les babyboomers ont eu des histoires conjugales et professionnelles différentes

Les premières générations du baby-boom ont atteint la soixantaine au début du siècle. Ces nouveaux retraités sont plus nombreux mais aussi différents des générations precedents : les couples sont moins souvent marries, ils ont plus souvent connu une rupture d’union et plusieurs histoires conjugales ou des recompositions familiales. Les trajectoires professionnelles diffèrent aussi avec l’arrivée de générations de femmes nettement plus actives et des générations plus touchées par le chômage.

Déterminants et conséquences économiques des évenements maritaux après 50 ans

Si les recherches sur l’impact des trajectoires professionnelles sur les différentes dimensions de la vieillesse foisonnent, l’impact de l’évolution des comportements conjugaux est nettement moins documenté. Les couples âgés ont été un peu étudiés en sociologie (Caradec 1994, 1996) et en démographie (Murphy et al. 2007, Tomassini et al. 2004, [16]) mais ont fait l’objet de moins d’attention jusqu’ici dans la littérature économique malgré ces transformations. Aux âges proches de la retraite, la vie en couple est largement majoritaire. Les inégalités entre partenaires en termes de revenus ou de partage des tâches domestiques, déjà observées pendant la vie active peuvent s’accentuer ou s’atténuer. Les couples de seniors doivent faire des choix dont les déterminants peuvent différer de ceux dictant ceux des couples plus jeunes. <br />Ce projet se propose de s'intéresser aux couples à partir de 50 ans, en passe d’être ou étant déjà à la retraite dans différentes dimensions. Le passage à la retraite est un moment clef du cycle de vie et pas forcément simultané pour les conjoints. Un premier axe décrit l’évolution des comportements matrimoniaux autour de la retraite et aux âges avancés : nouvelles formes d’union, ruptures et recompositions après 50 ans. Le passage à la retraite est aussi un moment où les rôles traditionnels en termes de division du travail domestique [peuvent se renégocier quand l'un est retraité avant l’autre. C’est aussi le cas quand l’un des conjoints devient dépendant. Un deuxième axe porte sur cette allocation du temps des couples de seniors. La fin de la vie active a aussi des conséquences financières en termes de revenu et patrimoine auxquelles s’intéresse le troisième axe. Enfin, nous traitons des conséquences économiques qu’entraîne la désunion aux âges élevés suite à la séparation ou le décès d’un conjoint.

Nous recourrons à des sources de différentes natures et complémentaires. D’une part, nous traitons des données d’enquêtes en coupe comme l’enquête Famille et logements 2011 (une enquête de grande taille portant sur 360 000 hommes et femmes âgés de 18 ans ou plus associée au recensement), ou les enquêtes patrimoines. Par ailleurs, les données de l’état-civil accessibles depuis peu à distance sur un serveur sécurisé (CASD) par l’INSEE (et payantes) sont aussi une source d’une très grande richesse pour examiner le profil des couples sur longue période. Enfin, il s’agira aussi de valoriser l’utilisation d’enquêtes comparatives européennes (LFS, Silc, GGS). Toutefois, afin de suivre les individus sur plusieurs années et de disposer d’un nombre important d’évènements démographiques à des ages où il se raréfient, nous recourrons à des données administratives. Des chercheurs exploitent les bases Fideli et EDP, récemment enrichi de données fiscales.
Nous recourrons à différentes approches méthodologiques, tant disciplinaires (économie, démographie, sociologie) qu’en termes d’outils techniques (approche qualitative, modélisation économétrique avancée, outils économétriques d’évaluation des politiques publiques). En particulier, une attention toute particulière sera donnée aux indicateurs de dispersion, plus adaptés pour quantifier les inégalités de niveau de vie que les estimateurs à la moyenne. A la fois des méthodes ethnographiques pour saisir les mécanismes sociaux à l’oeuvre derrière les phénomènes statistiquement observés, en particulier les perceptions qu’en ont les acteurs eux-mêmes, et des méthodes plus économétriques d’évaluation des politiques publiques seront mobilisées.

Voici quelques faits marquants des travaux en cours

* Les formations des couples au-delà de 50 ans : une remise en couple plus fréquente pour les hommes que pour les femmes et cet écart s’amplifie au fil des âges. Les hommes les plus riches sont plus enclins à former une union tandis que c’est l’inverse pour les femmes. Les ménages les plus aisés contractualisent plus souvent leur union en pacs ou mariage.
* Cependant l’augmentation des ruptures d’union marque le pas, tandis que la mortalité continue à baisser. À l’avenir la proportion d’hommes vivant seuls entre 60 et 75 ans devrait rester constante, tandis qu’elle augmenterait pour les femmes les moins diplômées.
* Sur la population des 50 ans et plus, le patrimoine accumulé dépend plus de l’histoire conjugale que de l’histoire professionnelle en particulier pour les femmes.
* Deux ans après la retraite, un sur-risque de divorce est observé.
* Quand l’homme part à la retraite avant sa femme, la répartition des tâches n’est modifiée qu’à la marge.
* En l’absence de couverture publique et d’aide familiale, seule la moitié des 65 ans et plus aujourd’hui pourrait couvrir ses dépenses de dépendance avec son revenu et son patrimoine, financier et immobilier.
* Le patrimoine des personnes de plus de 60 ans vivant en couple s’est individualisé au cours de la période 1998-2010. Cette individualisation s’explique par un recours plus fréquent au régime de la séparation des biens, mais aussi par l’accroissement des biens propres des couples remariés. L’intervention des professionnel•le•s du droit (notaires, avocat•es, juges aux affaires familiales) aux différentes étapes de la vie conjugale (divorce, remariage) favorise cette individualisation ainsi qu’une répartition inégalitaire des biens du couple au détriment des femmes.

Le projet se poursuit avec beaucoup de travaux comme l'effet du passage à la retraite sur la stailité des couples, l'effet du passage à la retraite sur l'allocation du temps dans les couples, les types de contrats de mariage en Italie, ou le rôle du parcours conjugal dans 'accumulation patrimoniale. Un workshop est prévu fin 2019.

Publications
Gollac Sibylle, « Le patrimoine immobilier des femmes et des hommes en couple. Une analyse du genre de la propriété », in Bonvalet, Dietrich-Ragon et Lambert (dir.), Femmes et habitat, Editions de l’INED, à paraître.
Gollac Sibyl

Les premières générations du baby-boom ont atteint la soixantaine au début du siècle. Les départs à la retraite sont chaque année plus importants et demeureront soutenus jusqu’en 2035. Ces nouveaux retraités sont plus nombreux mais aussi différents des générations précédentes. Les couples sont moins souvent mariés. L’augmentation du divorce et des séparations conjugales fait qu’ils ont plus souvent connu une rupture d’union, plusieurs histoires conjugales ou des recompositions familiales. Les trajectoires professionnelles diffèrent aussi avec l’arrivée de générations de femmes nettement plus actives et des générations plus touchées par le chômage.

Si les recherches sur l’impact des trajectoires professionnelles sur les différentes dimensions de la vieillesse foisonnent, l’impact de l’évolution des comportements conjugaux est nettement moins documenté. Les couples âgés ont été un peu étudiés en sociologie (Caradec 1996) et en démographie (Murphy et al 2007, Tomassini et al 2004, Delbès Gaymu, 2004) mais ont fait l’objet de moins d’attention jusqu’ici dans la littérature économique malgré ces transformations.

Aux âges proches de la retraite, la vie en couple est largement majoritaire et concerne 75% des femmes de 55 à 65 ans et 85 % des hommes (Toulemon 2007). Les inégalités entre partenaires en termes de revenus ou de partage des tâches domestiques, déjà observées pendant la vie active peuvent s’accentuer ou s’atténuer à ces âges. Les risques de veuvage et de dépendance (Bonnet et al 2011) peuvent devenir suffisamment forts pour que les conjoints souhaitent s’en prémunir en changeant de logement, le réaménageant, ou en réduisant leur consommation. Ces couples de seniors doivent donc faire des choix dont les déterminants peuvent différer de ceux dictant ceux des couples plus jeunes.

Ce projet se propose donc de s'intéresser aux couples à partir de 50 ans, en passe d’être ou étant déjà à la retraite dans différentes dimensions. Le passage à la retraite est un moment clef du cycle de vie et pas forcément simultané pour les conjoints. Un premier axe décrit l’évolution des comportements matrimoniaux autour de la retraite et aux âges avancés : nouvelles formes d’union, ruptures et recompositions après 50 ans. Cette description du paysage matrimonial est essentielle pour effectuer des projections démographiques et estimer les besoins futurs en termes de dépendance. En effet, la vie en couple peut retarder le recours à des aides publiques, le conjoint s’avérant souvent un premier aidant précieux. Le passage à la retraite est aussi un moment où les rôles traditionnels en termes de division du travail domestique peuvent se renégocier quand l'un est retraité avant l’autre. C’est aussi le cas quand l’un des conjoints devient dépendant. Un deuxième axe porte sur cette allocation du temps des couples de seniors. La fin de la vie active a aussi des conséquences financières en termes de revenu et patrimoine auxquelles s’intéressele troisième axe. Enfin, nous traitons des conséquences économiques qu’entraîne la désunion aux âges élevés suite à la séparation ou le décès d’un conjoint.

Les conséquences du vieillissement sont multiples et ne peuvent être traitées par une seule discipline ou domaine d’expertise. Si l’approche de ce projet est principalement économique, elle bénéficie aussi des apports et de regards de la sociologie et de la démographie. L’équipe est constitué de 14 chercheurs dans six institutions (EHESS, CES, CRESPPA, CREST, Université de Cergy-Pontoise et l’INED). En fédérant ces chercheurs, ce projet propose de développer une compétence particulière sur ce thème des couples âgés, de publier des travaux de recherche dans des revues internationales, d’éclairer le débat public sur cette population dont l'importance est amenée à croître dans l’avenir. Cela pourra guider les politiques publiques de lutte contre la pauvreté des personnes âgées ou de droit à l’information sur les droits et conséquences des statuts maritaux.


Coordinateur du projet

Madame Anne SOLAZ (Institut National d'Etudes Démographiques)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

INED Institut National d'Etudes Démographiques
CES Centre d'Economie de la Sorbonne
CES / CNRS DR O/N Centre d'Economie de la Sorbonne

Aide de l'ANR 212 128 euros
Début et durée du projet scientifique : décembre 2015 - 48 Mois

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