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Frictions à l’UNESCO: Fabriquer du patrimoine en régime de gouvernance globale – UNESCO FRICTIONS

UNESCO FRICTIONS

Ce projet étudie les politiques du patrimoine à l’ère de la gouvernance globale. Il retrace la vie sociale de la Convention de l’Unesco pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, dès débats diplomatiques dans les salles de l’Unesco, à travers son application par les institutions nationales du <br />patrimoine en Grèce, Brésil et Chine, jusqu’à son appropriation dans des projets locaux, tout en comparant les différentes interprétations du tournant participatif proposé par la Convention.

Étudier les traductions nationales et locales d'un standard international

L’objectif global de ce projet est de comparer la mise en œuvre de la Convention Unesco sur le PCI dans trois pays choisis comme études de cas (Grèce, Brésil et Chine) à travers : <br /> <br />1. L’arène internationale où les principes des politiques sont négociés (Unesco) <br />2. Les institutions nationales du patrimoine où sont intégrées les normes internationales; <br />3. Les projets locaux de mise en patrimoine où les normes internationales sont appropriées. <br /> <br />Le défi consiste à élargir l'éventail des analyses anthropologiques existantes portant sur les politiques du patrimoine à l'ensemble de la chaîne qui relie les acteurs de la gouvernance mondiale du patrimoine dans un réseau d'interactions de plus en plus complexe. <br /> <br />Dans le cadre de cette visée générale Unesco Frictions décline la recherche en trois objectifs : <br /> <br />1) explorer empiriquement les traductions successives de la norme internationale à travers les différents régimes patrimoniaux en mettant l'accent sur les « zones de contact » où s’opère cette confrontation. <br /> <br />2) analyser le développement participatif mis en avant par la Convention de l'Unesco. L'accent est mis sur les interprétations multiples du principe de « participation des communautés » dans l’arène internationale, dans les différentes institutions nationales et dans les projets locaux. <br /> <br />3) analyser réflexivement notre propre collaboration avec la communauté épistémique opérant dans le domaine du patrimoine. <br /> <br />Ce projet considère les tensions qui globalisent et, en même temps, localisent les principes de politiques internationales dans le but de dépasser l'opposition entre des « normes mondiales » et des « réactions locales ». Au-delà, il cherche à atteindre une meilleure connaissance des implications politiques du tournant participatif dans la gouvernance mondiale et interroge les dilemmes découlant de notre collaboration avec les acteurs mêmes de notre terrain de recherche. <br />

L'exploration ethnographique des politiques du patrimoine à travers toute la chaîne de la gouvernance mondiale impulsée par l'Unesco questionne les modes classiques de construction et de conduite du terrain et implique l'expérimentation d'une méthodologie ad hoc.
Le maintien d'une approche résolument ethnographique pour comprendre la complexité de l’application d’une gouvernance globale (c'est-à-dire des observations empiriques de des interactions sociales) nous permet de ne pas succomber aux grands récits sur la « dimension globale ». Cela implique l'identification et l'accès à des situations clés où nous pouvons étudier les interactions concrètes d'acteurs, de dispositifs et de règlementations. Les chercheurs du projet UNESCO frictions se concentreront donc sur les zones de contact où se fait la traduction d'un régime patrimonial à un autre (projets de renforcement des capacités ou pour l'élaboration de candidatures aux listes internationales de l'Unesco.) En tant qu'anthropologues, ils peuvent négocier l'accès à ces situations parce que leur domaine d'expertise coïncide avec celui du le PCI. L'appartenance à la « communauté épistémique » impliquée dans la mise en œuvre de la convention, qui est en même temps l'objet de leur investigation, est une condition particulièrement delicate car elle soulève la question de la représentation d'une culture à partir d'une position d'intimité. Cette expérience leur permet de s'attaquer à des questionnements éthiques et politiques plus larges concernant le rôle de l'anthropologue dans le monde dans lequel nous vivons et les dilemmes de la collaboration avec des dispositifs politiques. UNESCO FRICTIONS dépassera ainsi le seul champ du patrimoine pour contribuer à la réflexion sur certains défis éthiques et méthodologiques qui concernent la discipline en général.

Le premier atelier organisé dans le cadre du projet a rassemblé 13 chercheurs pour explorer les « dilemmes de la collaboration » tout en nourrissant un débat méthodologique fondamental pour le projet UNESCO FRICTIONS. Une table ronde virtuelle sur allegralaboratory.net fait suite à cet atelier.

Une session intitulée «At the UNESCO feast: Foodways across global heritage governance » a été organisée lors du colloque de l’Association for Critical Heritage Studies (Montréal, 2016) et a déclenché une conversation interdisciplinaire entre juristes, anthropologues et historiens qui se poursuivra dans un numéro spécial du International Journal of Cultural Property.

Des conférences invitées en France, en Allemagne, au Portugal et en Suisse ont permis de présenter et de discuter les bases théoriques et méthodologiques du projet..

Un partenariat a été établi avec le master «Expertise ethnologique en patrimoine immatériel« à l'université de Toulouse Jean Jaurès. Un total de 24 heures d’enseignement ont été dispensées.

Le projet a attiré des fonds supplémentaires :
• Le ministère français de la Culture a cofinancé l'atelier « Dilemmes collaboratifs ».
• Un accord est en cours d'élaboration entre l' Instituto do Patrimônio Histórico s Artístico Nacional et l’EHESS pour accueillir un chercheur postdoctoral généreusement mis à disposition pour travailler dans le cadre de notre projet.

Collaborations avec d'autres projets :
• « PatriMondial : l’invocation du mondial dans le Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO », Université de Genève (2017-2020) (CH).

• Expertise et sensibilisation
• Centro Studi Silvia Santagata - CSS Ebla (IT)
• Unesco
• Centre français du patrimoine culturel immatériel (FR)
• Fondazione Feltrinelli (IT)
• Fondo per L’Ambiente Italiano-FAI (IT)
• Archivio di Etnografia e Storia Sociale- Regione Lombardia (IT) et Polo Poschiavo (CH)

Plusieurs axes de recherche du projet UNESCO FRICTIONS sont valorisés et développés dans des projets et collaborations internationales :
• Poursuite d’un dialogue interdisciplinaire avec des juristes. La première perspective de cette réflexion commune est la proposition d'un numéro spécial sur le PCI et la sphère alimentaire, accepté par l’International Journal of Cultural Property .
• La réflexion sur les dilemmes de la collaboration entreprise par UNESCO FRICTIONS s’est élargie à d’autres chercheurs. Actuellement sous la forme d'une table ronde virtuelle ouverte, elle pourrait déboucher sur une publication et pourrait s’étendre à la question de l'impact épistémologique de l'incertitude sur les pratiques, les approches et les résultats de la recherche.
• Une collaboration scientifique entre UNESCO FRICTIONS et un réseau de recherche interdisciplinaire sur l’impératif participatif dans les politiques du patrimoine est établie et pourra étendre et renforcer la recherche sur l'articulation entre patrimoine et participation tout en ayant des retombées concrètes sur l'élaboration et la mise en œuvre des politiques.

Direction d’ouvrages

Chiara Bortolotto, 2015 (with Nicolas Adell, Regina Bendix et Markus Tauschek), Between Imagined Communities and Communities of Practice: Participation, Territoritory and the Making of Heritage. Göttingen, Universitätsver

Ce projet explore les politiques du patrimoine culturel à l’ère de la gouvernance globale, en se penchant en particulier sur son domaine le plus récent et le plus débattu, celui du patrimoine culturel immatériel (PCI), et sur son principe central et controversé, à savoir la « participation » des « communautés » à l’identification et à la sélection du patrimoine.

En suivant la vie sociale de la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, dès débats diplomatiques dans les salles de réunion de l’Unesco à la mise en œuvre de projets patrimoniaux à l’échelle locale, ce projet étudie la chaîne politique qui relie l’arène internationale où les standards sont négociés, les institutions nationales du patrimoine qui procèdent à leur adaptation, et les programmes locaux auxquels ils donnent lieu dans trois pays (Grèce, Brésil et Chine) choisis comme études de cas en fonction de la diversité de leurs régimes patrimoniaux nationaux.

Explorer ethnographiquement la complexité de la gouvernance globale permet d’observer empiriquement, en les mettant en évidence, les interactions de réseaux d’acteurs à travers une multiplicité d’échelles, permettant ainsi une analyse qui dépasse l’opposition simpliste entre « norme globale » et « réactions locales ». Pour suivre les traductions successives d’un standard international, le projet se concentre sur les coulisses de la confrontation entre ces différents régimes patrimoniaux et explore les controverses qui naissent de leurs interprétations respectives du changement participatif introduit par la convention de l’Unesco.

L’expertise ethnologique se rapportant au champ du PCI, nous négocions notre entrée dans ces zones de contact par un engagement dans la mise en œuvre de cette politique en tant qu’acteurs dans le processus même que nous observons. Cette association originale d’une enquête multi-échelle et comparative et d’une démarche collaborative introduit de nouveaux développements dans la conception du terrain et dans la pratique ethnographique. Une analyse réflexive de l’entente entre chercheurs et sujets de la recherche a le potentiel de combler l’écart entre théorie et pratique dans le domaine du patrimoine et, en dernière instance, interroge le rôle de l'anthropologue dans la société.

Coordinateur du projet

Institut Interdisciplinaire d'anthropologie du Contemporain (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Institut Interdisciplinaire d'anthropologie du Contemporain

Aide de l'ANR 700 000 euros
Début et durée du projet scientifique : novembre 2014 - 48 Mois

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