PRTS - Programme de Recherche Translationnelle en Santé

Interférer avec la persistance des plasmocytes auto-immuns au cours des thérapies de déplétion des lymphocytes B – PC-RITUX

Contrer la persistence des plasmocytes dans les maladies auto-immunes

La déplétion des cellules B est une option thérapeutique pour les maladies auto-immunes médiées par des anticorps pathogènes, mais les échecs sont fréquents. Bloquer les facteurs de survie des plasmocytes au cours de la déplétion B devrait permettre d'améliorer le taux de succès de ces traitements.

Améliorer l'élimination des plasmocytes autoimmuns lors des déplétions B

L'objectif de ce projet est d'établir, dans un modèle murin, si, comme pour le purpura thrombopénique immunologique chez l'homme, la déplétion des lymphocytes B favorise l'émergence de plasmocytes à longue durée de vie dans la rate. Nous décrirons quels sont les facteurs de survie et les types cellulaires qui composent la niche des plasmocytes dans la rate de souris, et étudierons l'impact sur la persistence des plasmocytes d'anticorps anti- BAFF (une facteur de survie des plasmocytes) ou anti-CD40 (ciblant les cellules T, composants du microenvironnement plasmocytaire). Nous étendrons également le concept d'une persistence plasmocytaire induite par le traitement de déplétion des cellules B dans une autre maladie, l'anémie hémolytique auto-immune.

Les approches de profils d'expression génique seront utilisées pour identifier une signature plasmocytaire à longue durée de vie chez la souris, et pour évaluer un changement de programme transcriptionnel de plasmocyte à vie courte en plasmocyte à vie longue après déplétion B médiée par traitement anti-CD20. La microscopie confocale des tissus spléniques et l'analyse des cytokines exprimées seront utilisées pour identifier les populations cellulaires et les facteurs de survie composant la niche des plasmocytes spléniques, chez l'homme et chez la souris. Les facteurs ou les types cellulaires identifiés pourront être ciblés par des anticorps bloquants chez la souris, afin d'évaluer leur capacité à interférer avec la persistance des plasmocytes.

But: valider une stratégie thérapeutique d'interférence avec la survie des plasmocytes auto-réactifs dans le purpura thrombopénique immunologique, une maladie hémorragique causée par des auto-anticorps contres les plaquettes sanguines, et étendre sa faisabilité à une autre maladie auto-immune, l'anémie hémolytique.

Ce projet vise à valider la proposition qu'une option thérapeutique pour les maladies auto-immunes dues à des anticorps pathogéniques pourrait consister en la déplétion des cellules B simultanément à la suppression de facteurs de survie plasmocytaires. Si cette proposition était confortée dans le modèle murin développé dans cette étude, elle pourrait être généralisée à d'autres pathologies auto-immunes de forte prévalence, comme le lupus.

en cours

Un grand nombre de maladies auto-immunes sont couramment traitées par le rituximab (RTX), un anticorps anti-CD20 déplétant la majeure partie des lymphocytes B de l'organisme. La réponse à ce traitement varie considérablement en fonction de la maladie et du type de cellules lymphoïdes impliquées dans la réponse auto-immune. Nous avons montré récemment (Mahévas et al., 2013) que des patients atteints de purpura thrombopénique immunologique (PTI) ne répondant pas au rituximab présentaient dans leur rate des plasmocytes à longue vie secrétant des auto-anticorps, alors que ces plasmocytes n’étaient pas présents en l'absence de traitement par RTX. De plus, la rate de ces patients contenait un excès de la cytokine BAFF, celle-ci augmentant la longévité de plasmocytes mis en culture in vitro. Ce résultat suggère que la déplétion B, par l'excès de BAFF qu'elle provoque, induit cette différenciation en plasmocytes à longue vie. Cette observation revêt une importance clinique puisqu’environ 60% des patients atteints de PTI ne répondant pas au RTX sont des candidats à la splénectomie, celle-ci permettant dans la majorité des cas leur guérison.
Dans un premier temps, nous confirmerons cette observation dans un modèle murin. Nous avons développé une lignée de souris permettant de marquer irréversiblement (par le marqueur EYFP) les cellules B mémoires et les plasmocytes générés au cours d'une réponse immune donnée. Ce modèle nous a servi à étudier la complexité de la réponse mémoire B (Dogan et al., 2009) et nous permettra de tester la validité de notre hypothèse. En effet, après immunisation, les souris seront traitées par anti-CD20 et les plasmocytes EYFP+ spléniques persistants seront analysés 2-3 mois plus tard afin de définir la signature transcriptomique des plasmocytes à longue vie chez la souris. Nous analyserons ensuite le milieu splénique murin sur le plan cellulaire et cytokinique, afin de définir des cibles thérapeutiques permettant d'interférer avec la différenciation des plasmocytes à longue vie. Nous disposerons au cours de cette étude de prélèvements spléniques de patients atteints d’un PTI et splénectomisés après échec de RTX. Nous pourrons ainsi comparer l'environnement splénique des plasmocytes à longue vie dans ces deux modèles.
Notre hypothèse est que, en associant au RTX un anticorps ciblant la cytokine BAFF (tel que le belimumab déjà utilisé en clinique), nous pourrions prévenir l’apparition de ces plasmocytes à longue vie et ainsi promouvoir une réponse et éviter le recours à la splénectomie. Afin de transférer cette idée à la clinique, nous testerons sa validité sur la souris. Si l'anticorps anti-BAFF est le candidat le plus prometteur, le modèle murin nous permettra également de tester d'autres cibles, cytokines ou cellules accessoires, formant la niche des plasmocytes spléniques.
Enfin, nous aborderons d’autres maladies auto-immunes afin de voir si notre observation peut s’étendre au-delà du PTI. Notre premier candidat sera l’anémie hémolytique auto-immune à anticorps chauds dont environ 30% des patients ne répondent pas durablement au RTX et sont également candidats à la splénectomie. Ces patients sont également suivis dans le service des Pr Godeau et Michel, les partenaires cliniques de cette étude.
En conclusion, ce projet associe des équipes avec des compétences différentes ayant déjà noué des liens de collaboration étroits, impliquant des cliniciens, des chercheurs cliniciens et des chercheurs fondamentaux. Son but est de proposer une stratégie thérapeutique innovante ciblant les lymphocytes B et les plasmocytes permettant d’améliorer la prise en charge des patients en leur évitant potentiellement le recours à la splénectomie, un acte chirurgical irréversible et à risque sur le plan infectieux. Mais l’ambition de ce travail est également à terme, et si la bonne tolérance est avérée, d’étendre ces approches thérapeutiques ciblant des plasmocytes sécréteurs d’auto-anticorps à d'autres maladies auto-immunes.

Coordinateur du projet

Développement du système immunitaire (Laboratoire public)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

Développement du système immunitaire
Service de Médecine interne, Hôpital Henri Mondor
IMRB - Institut Mondor de recherche biomédicale

Aide de l'ANR 319 093 euros
Début et durée du projet scientifique : février 2014 - 36 Mois

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