Blanc SHS 2 - Blanc - SHS 2 - Développement humain et cognition, langage et communication

Corrélats neuraux de la parole intérieure – INNERSPEECH

InnerSpeech : Les neurosciences cognitives à l'écoute du langage intérieur

Vers un modèle neurocognitif de la parole intérieure<br />La parole intérieure joue un rôle bénéfique dans la mémoire, la pensée et la conscience de soi. Elle peut toutefois dysfonctionner et avoir un rôle négatif, comme dans la rumination mentale ou les hallucinations auditives verbales. Le but du projet INNERSPEECH est d’esquisser un modèle théorique de la parole intérieure via une démarche multi-paradigmes, rassemblant des mesures neurophysiologiques et des recueils de données introspectives

Esquisse d’un modèle théorique de la parole intérieure via une démarche multi-paradigmes

Le but du projet INNERSPEECH est d’esquisser un modèle théorique de la parole intérieure en abordant 4 questions :<br />1. « QUOI ?» ou la nature de la parole intérieure. Quels réseaux cérébraux sous-tendent la parole intérieure ? <br /> 2. « COMMENT ? » ou la façon dont la parole intérieure se manifeste. Quelles sont les différences entre parole intérieure délibérée et vagabondage mental ? <br />3. « QUI ? » ou l’agentivité en parole intérieure. Comment sait-on que la voix intérieure qu’on entend est auto-générée ? <br />« QUEL BUT ? » ou le rôle de la parole intérieure. La parole intérieure délibérée, le vagabondage mental ou la parole intérieure excessive améliorent ou perturbent-ils les performances ? La rumination ou les hallucinations auditives verbales peuvent-elles être réduites ?

Recueil de données d’imagerie fonctionnelle (IRMf) dans différentes conditions de parole intérieure : parole intérieure délibérée, vagabondage mental, imagerie auditive verbale en perspectives allocentrée et égocentrée.`

Recueil de données d’électroencéphalographie intracrânienne (iEEG) dans différentes conditions de parole intérieure : parole intérieure délibérée, vagabondage mental, imagerie auditive verbale en perspectives allocentrée et égocentrée, dialogue intérieur.

Recueil de données électromyographiques (EMG) lors de ruminations mentales verbales (parole intérieure excessive) induites et effet de la relaxation orofaciale sur ces ruminations

Recueil de données de TMS-EMG-EEG : en cours

Nos données d’IRMf fournissent les réseaux neuronaux de la production de parole intérieure avec notre propre voix vs. la voix d’autrui (imitation) ainsi que ceux de la perception de parole imaginée vs. la perception de parole réelle. Ils permettent aussi, en lien avec nos questionnaires introspectifs, de distinguer les réseaux de la parole intérieure délibérée vs. vagabonde.
Le recueil et l’analyse des données en iEEG chez quatre patients implantés sont encore en cours. Un protocole TMS est en cours.
Nos données d’EMG montrent que les ruminations induites sont associées à une augmentation de l’activité dans les muscles des lèvres (parole) et du front (émotions négatives). Une expérience de relaxation orofaciale subséquente a conduit à une diminution de l’activité EMG orofaciale ainsi qu’à une diminution des ruminations rapportées par les participants. Ces données suggèrent l’implication du système moteur labial lors de ruminations induites et fournissent des pistes pour réduire les ruminations par relaxation ou inhibition orofaciale.
Des données introspectives plus détaillées, recueillies dans le cadre du projet Monologuer (Univ. Paris Diderot), sont en cours de comparaison avec les données EMG collectées simultanément.
En nous appuyant sur l’ensemble de ces données, nous avons proposé une modélisation neurocognitive dans laquelle nous défendons l’hypothèse que la parole intérieure délibérée est un acte, impliquant des commandes motrices orofaciales et/ou manuelles et contrôlé dans le cadre du contrôle moteur prédictif. Elle implique aussi la réception de signaux sensoriels imaginés, incluant des voix, des mouvements faciaux ou des gestes manuels. En résumé, la parole intérieure délibérée consiste en des actes multimodaux accompagnés de percepts multisensoriels. La parole intérieure vagabonde serait la forme préliminaire de la parole délibérée, sans le processus de simulation motrice, ce qui expliquerait sa qualité évanescente et moins intense sensoriellement.

L’étude des ruminations mentales nous a permis d’initier une collaboration avec le LIP de Grenoble et le Psychopathology and Affective Neuroscience Lab de l’Univ. de Ghent.
Les retours des participants à l’expérience InnerSpeech – Monologuer (collaboration avec S. Smadja Univ. Paris Diderot) montrent l’effet bénéfique de la tenue de carnet journalier sur la parole intérieure (temps pour soi, prise de recul) et sur les entretiens guidés. Cette piste bénéfique voire thérapeutique nous semble intéressante et nous sommes en train de monter un projet en ce sens avec S. Smadja de l’univ. Paris Diderot (qui a fait une demande de financement ERC).
Ce projet ouvre également des pistes pour la remédiation des ruminations, par relaxation labiale ou l’inhibition labiale. Nous sommes en train de monter en ce sens un protocole de stimulation par TMS, en collaboration avec l’Univ. de Ghent pour chercher à réduire les ruminations par inhibition du système de planification motrice.
Ce projet offre également des perspectives pour la remédiation ou la prise en charge des hallucinations auditives verbales. Nous avons pris contact en ce sens avec Charles Fernyhough, de l’université de Durham, qui dirige le projet Hearing Voices et envisageons des collaborations futures. Nous avons également été contactés par l’équipe PsyCHIC du SCAlab, dirigée par Renaud Jardri, spécialiste des mécanismes neuraux de l’hallucination et envisageons des collaborations.
Le projet InnerSpeech ouvre enfin des perspectives à plus long terme sur le rôle bénéfique de la parole intérieure dans le développement de la conscience de soi et dans la performance cognitive. Dans ce domaine, nous continuons nos échanges avec S. Smadja de l’université Paris Diderot et démarrons de nouvelles collaborations avec Agustin Vicente de l’université du Pays Basque à San Sebastian.

Nous avons proposé une modélisation neurocognitive de la parole intérieure, publiée dans l’ouvrage Inner Speech: New Voices, sous presse chez OUP.
Nous avons contribué à plusieurs ouvrages ou numéros spéciaux, dont le traité de neurolinguistique de Pinto et Sato (2016), le numéro « Cognition Incarnée » de la revue Recherche sur la Philosophie et le Langage (sous presse), le numéro « Discours et espace intérieurs » de la revue Epistémocritique (soumis).
Nos données d’EMG sur les ruminations ont été publiées dans la revue Biological Psychology et présentées dans plusieurs congrès internationaux. L’expérience d’interférence motrice sur les ruminations est en cours de soumission dans la revue Psychological Research.
Nos données d’IRMf ont été présentées dans plusieurs congrès.
Nous avons été invités à faire des séminaires dans plusieurs universités européennes et avons donné des conférences grand public.
Nous avons participé à une émission de la télévision canadienne, à plusieurs émissions de radio française et canadienne et contribué à des articles dans des journaux de médiation scientifique.
Nous avons organisé un colloque international à Grenoble sur la parole intérieure le 7 juin 2016 ainsi qu’une journée scientifique du LPNC (avec des invités internationaux) sur le thème des formes, fonctions et dysfonctionnements du langage intérieur, le 23 juin 2017 à Grenoble. Nous avons également co-organisé avec S. Smadja un colloque commun Monologuer-InnerSpeech sur le thème des expériences de parole intérieure, à Paris en février 2017.

La parole intérieure (PI), ou la petite voix dans la tête, joue un rôle central dans la mémoire, la pensée et la conscience de soi. Elle peut toutefois être perturbée et avoir un rôle négatif. Dans la dépression ou les troubles anxieux, une PI excessive (rumination mentale) peut interférer avec les performances cognitives. Dans la schizophrénie, une PI perturbée peut conduire à des hallucinations auditives verbales (HAV), les propres pensées verbales du patient étant perçues comme des voix externes. Le but du projet INNERSPEECH est d’esquisser un modèle théorique complet de la PI en abordant 4 questions. Il aura des retombées cliniques et sociétales.
La première – « QUOI » - relève de la nature de la PI. La PI est-elle plus proche de la simulation mentale de parole à voix haute ou du rappel de traces mnésiques verbales (écoute de parole) ? Quels réseaux cérébraux sous-tendent la PI ? Quelles sont leurs dynamiques ?
La seconde – « COMMENT »- concerne la façon dont la PI se manifeste. La PI peut être délibérée, quand nous comptons mentalement, ou plus élusive, lorsque notre esprit vagabonde, durant le repos. Le vagabondage mental est-il neuralement différent de la PI délibérée?
La troisième – « QUI » - traite de l’agentivité en PI. Comment sait-on que la voix intérieure qu’on entend est auto-générée et non pas produite par autrui ? On peut avoir des dialogues imaginaires avec des proches et l’on entend alors leurs voix. Comment ne confond-on pas ces voix intérieures avec des voix externes ?
La dernière – « POUR QUOI » - est celle du rôle de la PI dans des tâches attentionnelles. Peut-on expliquer pourquoi la PI délibérée permet de résoudre certaines tâches ? Le vagabondage mental et/ou la PI excessive perturbent-ils les performances ? Quand et comment se fait le transfert d’une tâche cognitive à la PI ? Peut-on s’entraîner à réduire notre PI lorsqu’elle est excessive ? La rumination dans la dépression ou les HAV dans la schizophrénie peuvent-elles être réduites ?
Nous aurons une démarche multi-paradigmes, rassemblant des données d’imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), d’électroencéphalographie intracrânienne (iEEG), de stimulation magnétique transcrânienne (TMS) couplée à l’électromyographie (EMG) et l’EEG, et de comportement. Cinq tâches seront menées sur 4 ans. La Tâche 1 est dédiée à la gestion du projet. La Tâche 2 consiste en l’optimisation du protocole multi-paradigmes. Dans la Tâche 3, des études IRMf seront menées lors de divers types de PI, de résolutions de problème et du repos. Des analyses comportementales, fonctionnelles et de connectivité cérébrale permettront d’aborder les 4 questions. La Tâche 4 examine la dynamique neurale de la PI via l’iEEG. Elle nous informera sur l’origine des activations (cortex moteur ou sensoriel) lors de la PI. Des analyses dans le domaine fréquentiel ainsi que de la synchronisation entre régions nous permettront de révéler la dynamique cérébrale et la façon dont se font les transitions entre tâches cognitives et PI. La Tâche 4 répondra à Quoi, Comment, Pour Quoi. La Tâche 5 explorera la causalité. Des expériences TMS excitatrices et inhibitrices, couplées à l’EEG-EMG, nous permettront de tester quelles régions cérébrales (motrices et/ou sensorielles) sont causales dans la PI et le suivi de l’agentivité. La Tâche 5 répondra aux questions Quoi et Qui.

Notre partenariat est composé de façon à aborder ces questions ambitieuses de façon optimale. Il regroupe des spécialistes de l’IRMf (LPNC, IRMaGe, GIPSA-lab, Grenoble), de la connectivité (CNoS, , Canada), de l’iEEG (INSERM U1028 Dynamique cérébrale et cognition, Lyon; Labo. Neurophysiopathologie de l'épilepsie, CHU Grenoble), de la TMS et de l’électrophysiologie (Neurolab, Ferrara U., Italie; LPNC), du suivi de la source/agentivité (CNoS) et de la caractérisation de la PI (LPNC, GIPSA-lab, U1028). Le projet bénéficiera de la proximité géographique entre les partenaires rhônalpins et de collaborations antérieures fructueuses.

Coordination du projet

Hélène LOEVENBRUCK (Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenaire

LPNC Laboratoire de Psychologie et NeuroCognition
GIPSA-lab Grenoble Images Parole Signal Automatique
IRMaGe UMS IRMaGe
GIN - UJF Grenoble Institut des Neurosciences - Université Joseph Fourier
INSERM U1028 INSERM U1028 Dynamique cérébrale et cognition
Neurolab Neurolab - Section of Human Physiology - University of Ferrara - Italy
CNoS Cognitive Neuroscience of Schizophrenia Laboratory

Aide de l'ANR 262 995 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2014 - 48 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter