INEG - Métamorphoses des sociétés. Inégalité - Inégalités.

Marges et villes : entre exclusion et intégration. Cas méditerranéens – MARGES

Marges et villes : entre exclusion et intégration. Cas méditerranéens

Placées au cœur des compétitions économiques internationales, les villes sont les lieux privilégiés des nouvelles formes d’accumulation du capital. Elles connaissent ainsi une aggravation des processus de marginalisation socio-spatiale. L’objectif de cette recherche est d’analyser les rapports subtils entre, ces processus portés par les acteurs urbains dominants, les politiques de traitement des marges et les stratégies d’intégration et de résistances des populations.

Objectifs

Le premmier objectif s’appuie sur l’idée que les pouvoirs en place cherchant à accrocher les villes au système économique mondial et visant l’attraction des investissements étrangers ont engagé une mise aux normes des villes et des citadins, à travers une politique de reconquête des marges socio-spatiales (réhabilitations, rénovations, renouvellement, viabilisation, équipement et/ou transformation des quartiers non réglementaires au Sud et grands projets,) à l’origine de mobilités imposées et de nouvelles marginalisations socio-spatiales. Il s’agit de comprendre les mécanismes en jeu dans les processus de marginalisation socio-spatiale et de saisir les logiques des politiques publiques en direction des marges, sans omettre de comprendre le sens de leurs contradictions. <br />Le deuxième objectif se construit en opposition à l’idée tenace que les marges socio-spatiale sont les terriroires de l’anomie sociale. Ici, l’analyse portera sur les pratiques et les représentations des populations qui y vivent et y travaillent et leurs rapports aux autres territoires. Il s’agira de mettre en évidence l’inventivité sociale de ces territoires, leurs ressources, les sociabilités qui s’y déploient et comment ces facteurs jouent dans leurs rapports avec le reste de la ville. Ainsi, les formes d’interdépendances des territoires marginalisés avec les autres lieux de la ville, les formes d’imbrication, les modes de franchissement et « d’effacement des frontières » (flux, activités, réseaux, etc.) permettront une analyse renouvelée des reconfigurations territoriales. Le projet postule qu’apparaissent de nouvelles territorialités, qui peuvent être décalées par rapport aux desseins des politiques publiques. Elles se construisent dans la confrontation entre, d’un côté, la territorialisation des populations marginalisées et assignées à un espace et, de l’autre, les actions urbaines initiées par les pouvoirs en place qui tentent de maîtriser la morphologie socio-spatiale de la ville. <br />

Le programme de travail est organisé selon 3 axes :
1. Action publique et processus de marginalisation socio-spatiale.
2. Les stratégies d’intégration des populations des marges urbaines
3. Les interdépendances des territoires marginalisés avec la ville
Les enquêtes qualitatives croiseront plusieurs registres dont l’essentiel sera les entretiens semi-directifs avec les acteurs. La démarche comparatiste consistera à croiser les savoirs et les connaissances accumulés pour analyser chaque territoire, selon les 3 axes thématiques, en soulignant les processus récurrents à tous les cas et leurs spécificités et pour inscrire les processus de marginalisation au sein des reconfigurations territoriales des villes étudiées. Les villes étudiées correspondent à 3 échelles : les très grandes agglomérations (Le Caire et Istanbul), les grandes agglomérations (Alger, Barcelone, Turin, Marseille et Fès), les agglomérations moyennes (Grenade et Cagliari).

La recherche doit contribuer à renouveler la connaissance du fait urbain à partir des processus induits par la mondialisation des villes, en matière d’inégalités socio-spatiales. Elle vise une mise en cohérence méthodologique et scientifique des approches partielles et fragmentaires du fait urbain dans les différentes villes étudiées au Nord et au sud de la Méditerranée. Son caractère novateur réside dans une démarche résolument comparatiste, où les chercheurs doivent croiser les savoirs et les connaissances accumulées autour des différentes thématiques et des lieux étudiés, mais aussi travailler sur les constructions conceptuelles de phénomènes souvent dissociés. L’objectif de la confrontation scientifique entre chercheurs sur le Nord et sur le sud de la Méditerranée est de rouvrir le champ de l’interprétation, en réinterrogeant les concepts, nés à partir des contextes étudiés et en envisageant leur précision, voire leur révision. Dans cet esprit, les notions et les concepts doivent être envisagés dans leurs articulations avec les réalités sociales, économiques, politiques et culturelles des contextes étudiés.

Ce projet confortera la coopération tant à l’échelle méditerranéenne qu’avec des partenaires travaillant sur les villes du Sud de la Méditerranée. Il devra également mettre en exergue des paradigmes qui permettront de distinguer les villes exclusives de celles dont les politiques d’intégration sont manifestes, en caractérisant les modes de gouvernance, l’engagement des acteurs et le niveau et les formes de l’organisation collective. La diffusion des travaux issus de cette recherche auprès des acteurs publics des différentes villes étudiées aura pour objectif d’éclairer sur les effets sociaux de leurs actions qui peuvent être contradictoires avec les intentions de départ et sur les potentialités et les ressources des territoires marginalisés qui jouent un rôle important dans la dynamique de la ville et sur lesquelles il serait judicieux de s’appuyer.

b. Valorisation de la recherche
• Publication de Trois Cahiers d’EMAM sur les différentes thématiques traitées.
• Encouragement des chercheurs du groupement pour la publication d’articles dans des revues à comité de lecture et la communicati

Le projet MARGES porte sur les inégalités socio-spatiales et s’inscrit dans le troisième axe thématique du programme INEG : « Espaces et lieux des inégalités ». Au cours de ces dernières décennies, les différentes formes d’inégalités sociales (revenus, emploi, éducation, santé, environnement, accès aux services, au logement, etc.) se sont davantage inscrites et cristallisées dans l’espace, devenu l’une de leurs expressions la plus manifeste. Robert Castel en 1995 avait déjà souligné le déplacement de la question sociale vers la question urbaine. Le territoire et le lieu de résidence en particulier révèlent une exacerbation et un renouvellement des formes de ségrégations socio-spatiales, analysées par des chercheurs sur le Nord, comme des tendances à la « sécession urbaine » (Donzelot, Jaillet 2001) et, sur le Sud, comme relevant de fragmentation urbaine (Navez-Bouchanine, 2006). Dans tous les cas, les inégalités socio-spatiales actuelles suscitent l’inquiétude quant à une « guerre sociale de faible intensité » (Davis, 2003) et sont à l’origine de débats sur la dégradation de la cohésion sociale et sur comment « vivre ensemble » et « faire société ».
La mondialisation actuelle, en plaçant les villes et leurs territoires au cœur des compétitions économiques internationales et de la division internationale du travail, en a fait les lieux par excellence des nouvelles formes d’échanges et d’accumulation du capital (tourisme, patrimoine, éco-urbanisme, etc.). Elles connaissent alors des reconfigurations territoriales témoignant d’une aggravation des processus de marginalisation socio-spatiale qui accentuent le caractère de marge d’espaces résidentiels ou le développent sur d’autres. La crise actuelle exacerbe sans doute ces processus et en permet un éclairage particulièrement aiguisé. Dans cette recherche fondamentale, l’objectif est d’analyser les rapports subtils entre, les processus de marginalisation portés par les pratiques et les représentations des acteurs urbains dominants de l’aménagement des villes, leurs politiques de traitement des marges urbaines et les stratégies d’intégration urbaine et de résistances des populations. Placer la focale sur les marges urbaines, c’est saisir comment l’adaptation de la ville aux besoins actuels de l’économie néolibérale redessine les lignes de fracture socio-spatiale en reconquérant des territoires marginalisés et en marginalisant de nouveaux et, dans tous les cas, en mettant à mal le droit à la ville de nombreuses populations.
Les représentations de stigmatisation, comme les mots qui les accompagnent, portent simultanément sur un espace urbain et ses habitants, « en leur assignant une identité comme concentrée en un vocable » (Depaule, 2006). Conçus ainsi, la marge urbaine ou la marge socio-spatiale, ou encore le territoire marginalisé, recouvrent une population et son espace de vie désignés et représentés comme tels par les acteurs dominants. Située là où les pratiques et les représentations de stigmatisation ont construit historiquement son enclavement symbolique, la marge urbaine peut se trouver dans les centres, les péricentres et dans les périphéries. Socialement parlant, contrairement à la pensée hiérarchisante et globalisante de la stigmatisation, les marges urbaines abritent des populations diverses allant des plus pauvres aux couches sociales aux revenus moyens. Autrement dit, les marges urbaines sont des lieux mis à l’écart par les représentations et les pratiques des acteurs dominants ; des lieux qui peuvent correspondre à des situations plus ou moins stabilisées d’intégration ou d’exclusion sociales. Les marges urbaines, considérées ici comme révélatrices du fonctionnement sociétal et politique plus général, ont du sens par rapport à la capacité intégratrice et/ou exclusive de la ville.

Coordinateur du projet

Equipe Monde Arabe et Méditerranée (EMAM) de l'UMR CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés (Laboratoire public)

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Partenaire

Equipe Monde Arabe et Méditerranée (EMAM) de l'UMR CItés, TERritoires, Environnement et Sociétés
GRED Gouvernance, Risque, Environnement, Développement

Aide de l'ANR 250 000 euros
Début et durée du projet scientifique : janvier 2013 - 36 Mois

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