JCJC SHS 2 - JCJC : Sciences humaines et sociales : Développement humain et cognition, langage et communication 2010

Réalité cognitive de l'hypothèse de la phonémicité gradiente – COREGRAPHY

Résumé de soumission

Le projet COREGRAPHY vise à tester l’hypothèse de la phonémicité gradiente, selon laquelle la différence entre deux sons dans une langue possède un statut cognitif qui n’est pas restreint à un choix binaire entre allophonie et contraste phonémique. L’inventaire phonologique d’une langue contient en effet des phonèmes qui, en raison d’un faible rendement fonctionnel ou d’une distribution lacunaire, sont loin de constituer de bons ‘exemplaires’ de phonèmes. À l’inverse, certaines différences phonétiques considérées comme allophoniques donnent parfois lieu à des contrastes ; par exemple certains mots polymorphémiques sont susceptibles de faire émerger ce qu’il est convenu d’appeler des contrastes dérivés. On observe donc dans les langues du monde des phonèmes et des allophones atypiques, et l’hypothèse de la phonémicité gradiente pose qu’à ce statut linguistique intermédiaire correspond un statut cognitif intermédiaire.

COREGRAPHY explore cette hypothèse à travers deux contrastes dérivés observables dans des variétés de l’anglais. Le premier, attesté sporadiquement en Irlande du Nord, survient notamment lorsque /t/, /d/ et /n/ précèdent /r/. En effet, chez certains locuteurs /t/, /d/ et /n/ présentent un lieu d’articulation dental (plutôt qu’alvéolaire) devant /r/ ; comme dans ladder. Cependant, cette articulation dentale ne survient que si le /r/ fait partie du même morphème ; ainsi, dans later, le /t/ est alvéolaire. Ce phénomène engendre un contraste entre flatter (verbe ‘flatter’, articulation dentale) et flatter (‘plus plat’, articulation alvéolaire). Le second contraste – typique de Glasgow – se manifeste à travers l’allongement des voyelles /i/, /u/ et /ai/ (avec modification de timbre pour cette dernière) devant un suffixe à dentale, /d/. Ainsi, 'side' (monomorphémique : ‘côté’) et 'sighed' (polymorphémique : ‘soupirer’ + passé) forment un contraste porté par la durée (notamment), paramètre qui, du reste, n’est généralement pas pris en compte dans l’analyse du système phonologique de l’anglais d’Écosse.

Le projet prévoit dans un premier temps une analyse phonétique acoustique et articulatoire (imagerie à ultrasons) des deux phénomènes étudiés. Des expériences de perception seront ensuite menées afin de mesurer les corrélats comportementaux et électrophysiologiques (potentiels évoqués) des contrastes dérivés et d’observer – en conformité avec l’hypothèse de la phonémicité gradiente – leurs particularités par rapport à des oppositions typiquement allophoniques ou phonémiques. Ces résultats expérimentaux seront mis en parallèle avec des calculs de fréquence d'usage sur des corpus d’anglais existants afin d’estimer dans quelle mesure la variation de l’information – au sens de Shannon – prédit la variation des données comportementales et électro-physiologiques.

Coordination du projet

Emmanuel Ferragne (UNIVERSITE DENIS DIDEROT PARIS 7)

L'auteur de ce résumé est le coordinateur du projet, qui est responsable du contenu de ce résumé. L'ANR décline par conséquent toute responsabilité quant à son contenu.

Partenariat

CLILLAC-ARP UNIVERSITE DENIS DIDEROT PARIS 7

Aide de l'ANR 125 000 euros
Début et durée du projet scientifique : - 24 Mois

Liens utiles

Explorez notre base de projets financés

 

 

L’ANR met à disposition ses jeux de données sur les projets, cliquez ici pour en savoir plus.

Inscrivez-vous à notre newsletter
pour recevoir nos actualités
S'inscrire à notre newsletter