L'évaluation rétrospective des risques collectifs. Le cas de l'impact sanitaire des essais nucléaires. – RETRORISK
La sociologie des risques collectifs a connu depuis une quinzaine d’années un renouvellement important. S’écartant des approches en termes de perception des risques, les travaux les plus innovants dans ce domaine ont abordé les risques collectifs sous l’angle plus large de problèmes publics dont l’émergence, le cadrage et le traitement institutionnel devaient être questionnés. Ces travaux ont notamment cherché à analyser les changements provoqués par la prise en compte de l’incertitude scientifique à l’égard de certaines menaces. Ce projet de recherche s’inscrit dans ce contexte renouvelé de la sociologie du risque. Mais son objectif est d’ouvrir une nouvelle piste de recherche en s’intéressant aux situations d’incertitude créées non pas par un futur menaçant mais par des dangers appartenant au passé. Son but est d’analyser les différentes évaluations rétrospectives qui permettent dans ces situations de « coloniser le passé », ainsi que les dispositifs imaginés pour faire affronter ces situations particulières d’incertitude. Le cas empirique choisi pour aborder les problèmes et les enjeux de l’évaluation rétrospective des risques est celui de l’impact sanitaire des essais nucléaires. Cette question fait l’objet de controverses en France mais aussi dans d’autres pays comme les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Pour analyser ces controverses, notre stratégie de recherche consiste à utiliser trois outils théoriques et méthodologiques : le premier est l’utilisation d’un raisonnement analogique qui prend appui sur l’analyse des situations d’incertitude liées à l’avenir pour interroger celles qui sont liées au passé ; le deuxième est le respect d’un principe de symétrie qui oblige à traiter avec autant de sérieux et à comparer les évaluations scientifiques du risques et d’autres types d’évaluation (témoignages, jugements des cours de justice) ; enfin le troisième est celui de la comparaison internationale qui doit notamment permettre d’expliquer la diversité des dispositifs mis en place pour traiter ces controverses. Le résultat attendu de cette recherche est notamment d’engager une réflexion générale sur un problème central qui, jusqu’à présent, n’a été traité que partiellement dans la littérature consacrée aux risques, celui de la temporalité et de la manière dont les acteurs investissent le temps dans ce domaine.
Coordination du projet
Université
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Partenariat
Aide de l'ANR 61 463 euros
Début et durée du projet scientifique :
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